La Chine a durablement construit un réseau de dépendance des États d’Asie centrale via son projet de Belt and Road Initiative (BRI), Il y a désormais une véritable hégémonie chinoise avec l’imposition progressive des normes de Pékin. Il est désormais difficile pour d’autres partenaires comme l’Union européenne de pouvoir peser dans cette région entre Russie et Chine.
Nouvelles routes de la soie et Global Gateway : le dépassement chinois en Asie centrale
New Silk Routes and Global Gateway: The Chinese Takeover in Central Asia
China has built a long-lasting network of dependence with countries in Central Asia through its Belt and Road Initiative (BRI). It has resulted in clear Chinese hegemony and the gradual imposition of Beijing’s standards. It is now difficult for other partners such as the European Union to bear weight in this region between Russia and China.
En avril 2025, le premier sommet Union européenne-Asie centrale s’est ouvert sur un constat d’urgence : celui de sécuriser l’accès aux matières premières critiques indispensables à la souveraineté industrielle européenne. Si Bruxelles a réaffirmé les piliers de sa stratégie Global Gateway (connectivité, ressources, énergie, numérique), ce déploiement intervient dans une région où la Chine semble déjà avoir « dépassé le monde ». Depuis l’annonce de la création de la Belt and Road Initiative (BRI) à Astana en 2013, Pékin a transformé l’Asie centrale en un hinterland structurellement lié à son économie et est devenu à la fois le premier partenaire commercial de la région mais aussi son principal créancier.
Face à cette stratégie, l’UE tente de positionner le projet Global Gateway lancé en 2021 comme une alternative fiable, injectant notamment 10 milliards d’euros dans le corridor transcaspien (1). Sur le terrain l’asymétrie est cependant flagrante : là où la Chine livre des infrastructures clés en main, la lenteur des processus décisionnels et le manque de visibilité ont affaibli la capacité de l’UE à démontrer des résultats probants (2). La question n’est pas de savoir si la Chine a dépassé l’Occident en Asie centrale, mais d’évaluer dans quels domaines ce dépassement est structurellement irréversible, et dans lesquels il reste contestable. Cet article examine successivement le verrouillage systémique opéré par la BRI, la réponse normative et logistique de Global Gateway, et les stratégies d’arbitrage des États centrasiatiques face à une rivalité qui dépasse le cadre bilatéral sino-européen.
L’hégémonie des nouvelles routes de la soie : du dépassement au verrouillage
En une décennie, les échanges commerciaux de la Chine avec les cinq pays d’Asie centrale ont plus que doublé, passant de 43,5 à 106,3 milliards de dollars en 2025 (3), devenant le principal partenaire commercial de la région. La stratégie chinoise en Asie centrale repose sur trois leviers de verrouillage : matériel, numérique et financier. La Chine impose une vitesse opérationnelle que les mécanismes européens peuvent difficilement concurrencer. En août 2025, le Kirghizistan a par exemple annoncé la construction d’une autoroute reliant la région du lac d’Issyk-Koul à la frontière sino-kirghize par la China Road and Bridge Corporation (CRBC) dont les principaux travaux doivent être achevés en septembre 2029. Cette route permettra un gain de temps de 12 heures pour le transport de marchandises entre les deux pays (4). Le contrôle des axes de transport et des nœuds est une priorité comme l’illustre Khorgos, le projet vitrine de la BRI. Ce port à sec à la frontière kazakhstanaise, contrôlé par Pékin, transforme la zone franche en prolongement direct des chaînes d’approvisionnement chinoises. L’intégration de l’Asie centrale comme arrière-pays industriel s’est accélérée ces dernières années : en 2025, la Chine a exporté pour 40 Mds $ de machines et d’acier vers la région tandis que plus de 70 % du trafic conteneurisé du Corridor central provient désormais de provinces chinoises (5).
Il reste 82 % de l'article à lire
Plan de l'article






