La Chine entretient des relations approfondies avec l’Association des nations du Sud-Est asiatique en montrant un visage le plus positif possible. La mise en valeur d’intérêts communs permet à Pékin de développer des liens importants en insistant sur la notion de partenariat et non de domination. Pour autant, l’ASEAN veille à avoir une diplomatie ouverte vers d’autres acteurs.
Chine/ASEAN : une relation mutuellement bénéfique
China-ASEAN: a Mutually Beneficial Relationship
China maintains close relations with the Association of South-East Asian Nations (ASEAN) by offering the most favourable image possible. Highlighting common interests enables Beijing to develop important links by emphasising partnership, rather than domination. Nevertheless, ASEAN continues to ensure open diplomacy with other players.
Trente-cinq ans après son lancement, « l’offensive de charme » lancée par Pékin envers l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) (1) porte de nombreux résultats (2). La Chine se présente « comme la meilleure amie de l’ASEAN » et a mis en place un dispositif quantitatif et qualitatif impressionnant autour de l’Association. En parallèle à un soutien institutionnel valorisant, la Chine décline son discours « du bon voisinage » dans un langage pragmatique qu’acteurs publics et privés comprennent parfaitement. La jugeant comme l’option la plus « raisonnable », en raison des arguments imparables de la proximité géographique, des liens historiques et de la fiabilité de plus en plus incertaine des États-Unis, l’ASEAN et ses pays-membres seraient prêts à succomber à cette opération de charme si le comportement chinois en mer de Chine du Sud ne les incitait à la prudence. À ce titre, la conclusion des négociations Chine/ASEAN sur le code de conduite attendue en principe courant 2026 sera instructive. Cette relation, tissée à la fois de liens subtils et d’injonctions, d’attraction et de rejet, de dépendance et de méfiance, nous apprend beaucoup sur la manière dont la Chine se perçoit et agit comme puissance mondiale. Elle permet aussi d’entrevoir les compromis acceptés par Pékin qui veut faire de cette relation la vitrine d’une Chine « grande puissance pacifique » et d’un nouveau multilatéralisme.
La Chine, meilleure amie de l’ASEAN
Après la crise économique et financière de 1997 et l’intégration de nouveaux membres, l’ASEAN entrait dans une phase de vulnérabilité prolongée. Période pendant laquelle la Chine lançait une série d’initiatives pour « instaurer la confiance » à travers le Dialogue Chine-ASEAN (1991) et le partenariat de dialogue global (1996). En 2003, Pékin était le premier partenaire à signer le Traité d’amitié et de coopération (TAC) ainsi qu’un partenariat stratégique bilatéral. Ces initiatives ont justifié la mise en place de supports institutionnels et humains sur lesquels Pékin n’a pas lésiné. Au seul bureau ASEAN du ministère chinois des Affaires étrangères, on trouve plus de cinquante diplomates ; nulle part ailleurs dans le monde, ce chiffre n’est atteint. Aucun secteur de coopération n’est négligé : il existe 48 mécanismes fonctionnels Chine/ASEAN (23 pour la relation Inde/ASEAN et 10 pour la relation États-Unis/ASEAN).
La mission chinoise près l’ASEAN (établie en octobre 2012) prépare toutes les rencontres et les réunions ASEAN auxquelles la Chine participe : Sommet Chine-ASEAN, ARF (ASEAN Regional Forum), ASEAN + 3 (Chine, Japon et Corée du Sud), ADMM+ (Asean Defense Ministers’ Meeting Plus), EAS (East Asia Summit)… Le Partenariat stratégique global (CSP), établi en 2021, fait l’objet de plans d’actions mis à jour tous les ans. L’ambassadeur chinois près l’ASEAN (Pékin a été le premier État à nommer un ambassadeur (3)) est celui qui prend le plus souvent contact avec le Secrétariat général, à un rythme d’une fois par semaine (plus fréquemment que l’ambassadeur des États-Unis et beaucoup plus souvent que l’ambassadeur de l’Union européenne). Cet investissement diplomatique, inégalé dans sa densité, sa qualité et sa régularité, se retrouve dans le soin porté à entretenir de bonnes relations avec le pays-membre qui préside l’Association.
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