Les investissements chinois en Asie du Sud-Est sont en croissance exponentielle depuis un quart de siècle. Ces flux sont composites et mal identifiés, avec une opacité assumée par Pékin, entre les projets d’aide au développement et d’autres plus ambigus. D’où la nécessité d’une meilleure transparence dans la compétition économique en cours dans la région.
À propos de l’opacité des projets chinois - Géopolitique de la mesure des investissements de la Chine en Asie du Sud-Est (2000-2025)
On the Opacity of Chinese Plans—Geopolitics of the Extent of Chinese Investment in South-East Asia (2000-2025)
Chinese investment in South-East Asia has been growing rapidly for a quarter of a century. The investment flow has many, ill-identified forms—development aid projects and other, more ambiguous ones—all shaded within Beijing’s deliberate opacity. There is a need for greater transparency in current economic competition in the region.
Les investissements chinois en Asie du Sud-Est ont suscité bien des débats sur les intentions chinoises sous-jacentes. Le flou (voire l’opacité) des données est un thème récurrent de ces discussions. La mesure rigoureuse des flux financiers devient dès lors primordiale, mais lorsque l’on s’y attelle, la diversité des flux rend complexe l’objet que l’on pensait saisir. Cet article propose de déplacer la focale de la quantification vers le champ des producteurs des données qui retracent les montants des investissements de République populaire de Chine (RPC) vers l’Asie du Sud-Est. Pour clarifier le débat, lire les données et documenter les tendances depuis vingt ans, le caractère composite des investissements est établi puis les enjeux de leur mesure sont découpés en trois problèmes méthodologiques : la métrique des projets de construction chinois, la mesure des investissements directs étrangers ainsi que la progression de l’aide au développement venant de Pékin.
La nature composite des flux de capitaux chinois à l’international
Dès le début de la décennie 2000, l’ouverture d’opportunités commerciales favorisée par le cadre du traité de libre-échange ASEAN-Chine (CAFTA, 2002) alimente les flux de capitaux chinois motivés par l’appétit pour les ressources naturelles, notamment minières, puis nourris après 2012 par une quête d’assertivité. Rapide, l’implantation massive de la Chine via ses investissements dans les économies d’Asie du Sud-Est a fait l’objet d’un examen attentif des chercheurs, des experts et des gouvernements. Rapportée par les médias d’Asie du Sud-Est, elle se trouve relayée dans les journaux nationaux et locaux grâce à l’utilisation des dépêches gratuites de Xinhua, l’une des deux agences de presse nationales chinoises, formatant la diffusion de ses données par Pékin. L’image d’une Chine omniprésente dont l’influence s’étend bien au-delà de ses accords officiels est devenue plus ostensible depuis la Belt and Road Initiative (BRI). Néanmoins, les intentions des dirigeants chinois comme les conséquences non voulues et les acteurs non étatiques font partie du processus. Enfin, en plus de deux décennies, les abandons ou les conséquences industrielles des projets, avec leur sillage de désenchantement, ont commencé à être étudiés. Les interprétations contrastées d’une présence objective devenue massive, et parfois prépondérante, ont appelé la quantification précise du phénomène. Les différents flux financiers chinois vers les pays du Sud vont du don au swap de devises (1).
Tableau 1 : Flux d’investissement et d’aide chinois, terminologie et typologie
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