En 1997, la France décidait de liquider ses stocks de métaux stratégiques, faisant confiance au marché. En 2026, il n’est plus possible de rester dans une telle dépendance vis-à-vis de la Chine principalement. Il y a urgence à reconstruire ce stock, indispensable pour notre Base industrielle et technologique de défense (BITD) et donc notre souveraineté. La Direction générale de l’armement (DGA) pourrait coordonner cette politique.
Réarmement français et métaux critiques : l’angle mort stratégique
French Rearmament and Critical Metals: The Strategic Blind Spot
In 1997, and with confidence in the market, France took the decision to sell off its stocks of strategic metals. In 2026, it is no longer possible to remain so market-dependent—with respect to China in particular. There is an urgent need to rebuild the stock, essential both to our defence industrial and technological base (Base industrielle et technologique de défense—BITD) and to our independence. The Directorate general of armament (Direction générale de l’armement—DGA) could coordinate this policy.
Le 9 octobre 2025, la République populaire de Chine (RPC) a abaissé à 0,1 % le seuil de contenu en terres rares (1) chinoises déclenchant l’obligation de licence d’exportation. Toute entreprise étrangère doit désormais obtenir une autorisation préalable avant de vendre à un pays tiers un produit contenant des composants chinois en terres rares au-delà de ce seuil. Pékin a explicitement indiqué qu’elle refuserait les demandes liées à la défense.
C’est dans ce contexte que la France souhaite engager un effort de réarmement historique. Le projet de Loi de programmation militaire (LPM) actualisée porte les crédits de défense à 449 milliards d’euros et multiplie par quatre les commandes de munitions à l’horizon 2030 (2). Chacun des armements concernés, du Rafale aux missiles produits par l’industriel européen MBDA, repose sur des métaux que la France importe massivement. Hors d’éventuelles constitutions ciblées que l’État ne rend pas publiques, aucun stock stratégique national de métaux n’a été reconstitué depuis 1997, erreur stratégique que notre pays paie aujourd’hui. La LPM actualisée ne comporte aucune disposition relative à la sécurisation de ces approvisionnements.
Cette vulnérabilité constitue un angle mort du débat stratégique français. Les travaux existants abordent le réarmement sans traiter les métaux, ou alors les métaux sans les articuler aux besoins spécifiques de la programmation militaire. La présente contribution croise ces deux dimensions et intègre une cartographie prospective des risques de rupture susceptibles d’affecter l’exécution de la LPM. L’analyse établit d’abord la dépendance structurelle de l’armement français aux métaux critiques. Vient ensuite la confrontation de six scénarios des risques de rupture pour la LPM. Des leviers d’action mobilisables par décision politique sans modification législative sont proposés.
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