Récemment professionnalisées, les armées françaises ont des difficultés à recruter, former, fidéliser et reconvertir leurs sous-officiers et militaires du rang. La formation interactive (e-learning) est une réponse possible à ces défis. Une expérience réussie aux États-Unis, eArmyU, illustre l’impact positif de ces formations interactives sur la performance et la motivation des militaires. La transposition en France d’un projet de cette ampleur, vecteur d’attractivité, de valorisation des compétences utiles et de pilotage des flux de personnel, devrait s’inscrire dans une politique globale de ressources humaines.
Formations interactives et armées professionnelles
Moins de sept ans se sont écoulés depuis la suspension de la conscription : en quelques années une institution publique, dans un environnement budgétaire tendu, a dû trouver une parade à la disparition quasi instantanée d’un flux de recrutement certain, tout en répondant aux sollicitations de tous ordres — opérations intérieures (Opint) et extérieures (Opex). Cette performance a permis le passage à une armée professionnalisée. Ce constat équivaut-il pour autant à un satisfecit tous azimuts ? Au-delà du défi que représente le maintien des équipements, ce sont sur les ressources humaines que se concentrent les interrogations. Comment a-t-on négocié ce virage à 180 degrés que représenterait pour toute direction des ressources humaines (DRH) le passage d’un apport automatique d’environ 150 000 appelés militaires du rang (MDR) et sous-officiers, vers un recrutement annuel sollicité de 35 000 à 45 000 MDR et sous-officiers ?
Certes, le format des armées a été profondément repensé et des civils effectuent désormais certaines tâches précédemment dévolues aux appelés militaires. On constate cependant que les armées ont du mal à faire face simultanément au recrutement, à la formation, à la fidélisation et à la reconversion des sous-officiers et des MDR.
Tout d’abord, si chez les officiers, avec 3,6 candidatures pour un poste, la situation semble plutôt satisfaisante, le fléchissement à environ 2,5 candidats par poste de sous-officier, ou 2 candidats par poste de MDR est un signal préoccupant, le seuil de 2 candidats par poste étant généralement considéré comme une limite en deçà de laquelle la sélection du personnel devient problématique (1). Un signe parmi d’autres de l’insuffisante attractivité des forces armées sur le segment sous-officiers et MDR — même si ces chiffres recouvrent sans doute des situations très contrastées selon les armées.
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