Accord diplomatique, l’Entente cordiale est d’abord un partage de zones d’influence en Afrique. C’est l’Allemagne qui donne à l’Entente son caractère stratégique la transformant en alliance pendant la Première Guerre mondiale ; ce que confortera la Seconde, malgré des combats fratricides. L’affaire de Suez est le dernier avatar d’une Entente scellée par les armées. Le défi britannique est d’honorer la « relation spéciale » avec les États-Unis, tout en maintenant l’Entente cordiale avec la France. Publié conjointement avec le Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI).
L'Entente cordiale : Guerre et Empire
La Grande-Bretagne et la France sont des puissances voisines. Comme ce fut le cas entre l’Angleterre et l’Écosse, elles ne peuvent s’empêcher d’entretenir des relations qui, pour la majeure partie du dernier millénaire, se déroulèrent dans une ambiance d’hostilité. Il est indéniable que l’antagonisme envers l’Angleterre fut le ciment de la « Vieille Alliance » (1) entre la France et l’Écosse. Après l’union de l’Angleterre et de l’Écosse, ce furent les différences entre la nouvelle nation et la France qui donnèrent son identité à la Grande-Bretagne. D’un côté comme de l’autre, l’identité nationale avait de profondes racines. « Il en est des nations comme des individus » écrivait en 1833 Jules Michelet, le grand historien de la France « chacun établit et forge sa personnalité en résistant à ce qui le différencie des autres » (2). La Grande-Bretagne est protestante (malgré tous les efforts des Jacobins), a un gouvernement constitutionnel, et enfin a rejeté le despotisme monarchique.
Autosatisfaction britannique
Le XIXe siècle a vu le développement de l’autosatisfaction britannique. Sous le règne de Louis XIV, la France était le partenaire le plus puissant de l’Europe en termes de population, de croissance économique, de puissance militaire et d’influence intellectuelle. Après 1789, son industrialisation s’étiola, ses gouvernements se montrèrent peu solides et la révolution devint une habitude. Les guerres napoléoniennes confortèrent l’idée que la Grande-Bretagne se faisait de sa valeur, non seulement sur le plan maritime mais également dans le domaine des forces terrestres. Entre leur arrivée en gare de Waterloo et leur visite de la National Gallery, dans Trafalgar Square, les visiteurs français de Londres ne peuvent échapper à tous les symboles du triomphalisme régnant sous les derniers Hanovre.
Antagonisme sans combat
La Grande-Bretagne avait de nombreuses raisons d’être arrogante. Première nation industrialisée du monde, elle réussit à atteindre la stabilité politique sans avoir besoin de faire la révolution. En 1854, la Grande-Bretagne fit la guerre à la Russie mais elle continua à utiliser la menace potentielle française comme antidote à son autosatisfaction. Par trois fois, en 1846-1847, 1851-1852 et 1859-1860, elle se persuada — ou au moins fit tout pour cela — que la France se préparait à l’envahir. La défaite française devant la Prusse en 1870 aurait dû matérialiser son état déliquescent ; mais la Grande-Bretagne avait toujours besoin d’un voisin pour se définir elle-même. En 1888, tous ceux qui s’inquiétaient de l’état de la défense nationale britannique, lancèrent l’idée que le carriérisme très égocentrique du général Georges Boulanger générait une fois de plus un risque d’invasion. Boulanger fut peu suivi en France, même dans l’armée, et son coup d’État se termina dans le déshonneur. Dix ans plus tard en 1898 à Fachoda, le capitaine Jean-Baptiste Marchand et Sir Herbert Kitchener se disputèrent le contrôle des sources du Nil. Une fois de plus, les deux pays s’intéressèrent à leur défense côtière.
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