Au-delà des stéréotypes sur l’ennemi héréditaire, répandus jusque dans les élites, il existe une profonde convergence stratégique entre la France et la Grande-Bretagne. Les deux pays n’ont plus été en guerre depuis 1815 et l’Entente cordiale est le résultat d’une communauté d’intérêts qui a survécu à toutes les évolutions géopolitiques du XXe siècle. Il en sera encore ainsi au XXIe siècle. Publié conjointement avec le Royal United Services Institute for Defence and Security Studies (RUSI).
Cent ans de coopération stratégique franco-britannique
S’il suffisait d’intérêts communs pour bâtir une alliance, la politique internationale serait finalement assez simple et la géo-politique vraiment une science. Dans une telle logique, les relations franco-britanniques devraient être plus que cordiales, intimes ; l’alliance entre les deux pays spontanée et nécessaire, comme le proclamait le général de Gaulle en 1945 : « La France et l’Angleterre étaient alliées dans cette guerre comme dans la précédente et ceci a été en quelque sorte automatique… La France et l’Angleterre ont en commun certains caractères qui rendent utile et même nécessaire pour toutes deux de concerter leur action, et, à cet effet, de définir à l’avance les bases d’une politique conjuguée » (1).
Cependant, la politique internationale n’est pas une simple confrontation d’intérêts, elle est un mélange constant de passions et d’intérêts, les premières prenant souvent le pas sur les seconds à l’époque contemporaine du fait du poids des idéologies, des médias et de l’opinion publique. Les relations franco-britanniques en sont l’illustration parfaite, elles qui restent dominées par des stéréotypes irréductibles : en France, dès qu’on parle de l’Angleterre, surgissent aussitôt les images de la perfide Albion, de Jeanne d’Arc, de Trafalgar et de Mers el-Kébir. De l’autre côté du Channel on n’est pas en reste, la presse populaire colporte à loisir les images les plus simplistes, les plus caricaturales des Français, au point que l’anglophobie dont on taxe volontiers nos compatriotes paraît presque dérisoire au regard de la francophobie des tabloïds britanniques. C’est ainsi et il ne faut pas espérer la disparition de tels débordements avant longtemps.
Le problème réside moins dans ces mouvements d’opinion, somme toute assez banals et dont on trouverait sans peine de multiples équivalents dans tous les pays, que dans l’erreur de perspective qu’ils engendrent : aux yeux du plus grand nombre et même souvent d’observateurs cultivés ou avertis, cette image éclipse toutes les autres, au point de faire croire que c’est l’essence même des relations franco-britanniques que d’être en rivalité perpétuelle, en désaccord sur l’essentiel et sur le reste, hormis quelques périodes d’alliance où un ennemi commun a imposé sa loi. On connaît le mot célèbre du Premier ministre Lloyd George à Clemenceau qui s’étonnait de sa position très hostile à la France durant les âpres négociations du Traité de Versailles : « N’est-ce point la politique traditionnelle de l’Angleterre » ?
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