En 2004, la défense européenne est à un tournant de son évolution. Largement souhaitée par les citoyens, elle s’organise selon un axe franco-allemand avec l’appui décisif de la Grande-Bretagne, qui entretient des relations privilégiées avec les États-Unis mais qui sait que son avenir est désormais en Europe. La défense européenne se construit également au regard de la nouvelle doctrine stratégique américaine qui privilégie les alliances de circonstance au détriment des alliances classiques et prône la guerre préventive. C’est le moment d’oser la défense européenne.
2004 : oser la défense européenne !
En cette année 2004, l’Union européenne semble déterminée à progresser dans la voie de la sécurité et de la défense en développant des moyens propres, première ébauche d’une défense européenne.
Bilan 2003
L’année 2003 n’a pas vu se concrétiser, par l’adoption d’un texte, le vœu d’une Constitution européenne des États membres et de leurs futurs partenaires. Elle a cependant été celle d’indéniables avancées vers la mise en place d’un système de défense et de sécurité. Malheureusement, elle a mis en lumière des entre-déchirements lors de l’annonce américaine d’opérations militaires en Irak. Incapacité à parler d’une seule voix et à agir d’un seul mouvement sur la scène internationale, concurrence entre des États conduits par la Grande-Bretagne et favorables aux décisions américaines, et d’autres plus euro-centristes, entraînés par la France. Ces désillusions politico-militaires ont conduit les analystes à souligner l’importance d’une politique unique de l’Europe face aux événements internationaux majeurs. Finalement, elles ont pour conséquence l’élaboration de principes dynamiques lors du Sommet « défense » de Bruxelles réunissant le 29 avril 2003 la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg. Véritable relance de la défense européenne par le couple franco-allemand, cette initiative provoqua la réaction immédiate de la Grande-Bretagne qui ne souhaitait pas être exclue d’un processus européen de construction de l’Europe de la défense. On a pu constater les convergences françaises et britanniques tout particulièrement lors du Sommet de Londres du 25 novembre 2003.
Le Sommet de Bruxelles
Enfin, grâce à un apparent consensus entre les acteurs majeurs de la construction européenne (France, Grande-Bretagne et Allemagne), l’année 2003 s’est conclue par le rapport présenté au Sommet de Bruxelles le 12 décembre 2003 par la Présidence italienne. Le §89 du rapport concrétise la demande adressée au Secrétaire général-Haut Représentant pour la Pesc (SG/HR), M. Javier Solana, de « …proposer les mesures nécessaires pour : améliorer la préparation des opérations de l’UE avec recours aux moyens et capacités de l’Otan… (et de) mettre en place une cellule comportant des composantes civiles et militaires à même de répondre aux objectifs et de satisfaire aux principes énoncés dans le document » précisant les relations entre l’UE et l’Otan. Il s’agit là d’une mesure qui devrait conjuguer les aspirations des euro-centristes et des euro-atlantistes. Elle devrait donner le jour à une cellule apte à planifier et à conduire des actions autonomes décidées par l’UE seule, sans le soutien des moyens de l’Otan. Elle crée donc un organe, permanent mais léger, qui pourrait un jour donner vie à un véritable état-major de l’UE. Ce n’est là qu’une hypothèse attachée à la détermination de tous et sans doute surtout, à celle de la Grande-Bretagne. Cette nouvelle cellule, de nature mixte, civile et militaire, devrait être placée sous l’autorité politique du Conseil des ministres européens de la Défense et des Affaires étrangères et sous la responsabilité du SG/HR, vice-président de la Commission, organe administratif. Elle devrait être chargée de la mise en œuvre de la « stratégie européenne de sécurité », doctrine d’action élaborée par le même SG/HR à la demande du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement.
Il reste 88 % de l'article à lire
Plan de l'article





