À l'occasion de la guerre en Irak, la profondeur du divorce stratégique qui sous-tend les relations transatlantiques depuis la fin de la guerre froide a provoqué une rupture majeure entre les alliés. Et si, pour tous les protagonistes, l'année 2005 doit être celle de la réconciliation, les dissensions qui persistent autour de la gestion de l'instabilité du Proche et Moyen-Orient démontrent des tendances lourdes. Elles nourrissent un engrenage de crises transatlantiques.
Un engrenage de crise transatlantique au Proche et Moyen-Orient
L’intervention anglo-américaine en Irak a mis en évidence les limites de la cohérence stratégique qui existe, aujourd’hui, dans la relation transatlantique appliquée au Proche et Moyen-Orient. Depuis 1991, les intérêts des Occidentaux se croisent, mais de moins en moins se recoupent. Il n’y a pas de politique étrangère américaine monolithique dont la cohérence s’opposerait aux ambitions européennes dans la mesure où les 25 n’ont pas le sentiment de partager un destin commun ; et seul un consensus de principe réunit les Européens à propos du Sud. Toutefois, l’instabilité de cette relation interpelle régulièrement les États membres tant son impact sur leur identité européenne, leur sécurité, est important. Elle les oblige également à s’interroger sur leur qualité d’allié atlantique dans la mesure où les États-Unis y agissent en fonction d’un agenda très centré sur leurs seuls intérêts. Ainsi, bien que la question méditerranéenne ait toujours été seconde par rapport à d’autres qui ont occupé le devant de la scène stratégique et médiatique, la refonte de l’Otan et la création de l’Europe de la défense furent essentiellement conduites autour des défis posés par l’instabilité du Sud.
Les initiatives européennes et américaines ne se sont pas d’emblée heurtées, mais leurs divergences ont révélé des désaccords quant à l’appréhension des défis locaux, l’ordre de priorité à leur donner, leur inscription dans une stratégie régionale pour les Européens et mondiale pour les États-Unis, et les moyens militaires et financiers que chacun était prêt à leur consacrer. Le refus de certains pays de participer à la guerre en Irak a, en quelque sorte, constitué un point de rupture. Et malgré une Europe majoritairement atlantiste, l’engagement anglo-américain en Irak a mis en évidence le hiatus existant entre l’approche développée par les institutions de l’Union, suivies par les pays situés au cœur de la dynamique européenne pour la stabilisation de l’espace arabo-musulman, et les ambitions américaines et anglaises.
Les analystes, notamment américains, concèdent que la relation transatlantique appliquée au Proche et au Moyen-Orient pose problème. Nonobstant le désaccord sur la légalité de l’intervention et son utilité dans le cadre de la guerre contre la terreur, les divergences quant à la gestion post-conflit s’expliquent aussi par l’écart qui existe entre les fondements qui président à l’engagement américain et ceux sur lesquels se développent la sécurité européenne. Au lendemain de la visite du président George W. Bush en Europe, la communauté transatlantique a souhaité tourner la page ; mais le discours américain, selon lequel le manque de démocratie du Maroc à l’Iran est un danger pour la sécurité des États-Unis, pose de nouveau défis à la relation transatlantique.
Il reste 92 % de l'article à lire
Plan de l'article



_astronaut_Sophie_Adenot_(jsc2025e058846_alt).jpg)



