L'Union européenne (UE) s'est construite sur le refus de la haine. Avec l'adoption du Traité constitutionnel l'UE, qui aura son président élu, deviendra un acteur international, maître des arts de la paix. Appelée à jouer un rôle majeur dans la sécurité internationale, il lui appartiendra d'apporter des réponses aux problèmes nouveaux auxquels le monde d'aujourd'hui est confronté.
Une puissance inédite au service de la paix
L’un des paradoxes les plus surprenants de la construction européenne tient au fait que le continent s’unit sans le fédérateur habituel que représente un ennemi commun. L’Italie, l’Allemagne, les États-Unis d’Amérique ont forgé leur unité dans la guerre. L’Europe est une communauté de nations, dont chacune est attachée à son indépendance, et qui s’unissent, non point contre une menace extérieure, mais contre les horreurs de leur propre passé : « Plus jamais ça ! ». La guerre froide aurait pu pourtant se prêter à un scénario d’unification plus classique, mais le réflexe germanophobe était encore trop vif en France pour accepter la Communauté européenne de défense (CED), dont le rejet, en 1954 (« le crime du 30 août »), a renvoyé au siècle suivant le projet d’une « Europe européenne », capable de conduire sa propre politique extérieure et d’assurer elle-même sa défense.
Le mouvement d’intégration a donc commencé autrement, par le Marché commun. Il est navrant de constater que, cinquante ans après sa conception, la vertu première de celui-ci est oubliée dans le grand débat national qui déchire les Français à propos du projet de Constitution européenne. Le « Marché commun » n’avait pas seulement le mérite de permettre à nos entreprises de se reconstruire en bénéficiant d’emblée d’un marché de taille continentale : en mêlant nos intérêts commerciaux et économiques, d’une manière bientôt inextricable, il faisait disparaître l’une des causes majeures des antagonismes qui avaient conduit aux horreurs paroxystiques de la première moitié du siècle. L’engrenage vertueux de Jean Monnet, menant de l’union du charbon et de l’acier à l’union commerciale, puis à l’union économique, et à l’union monétaire, a fait disparaître, tour à tour, les guerres commerciales, les guerres économiques, et les guerres monétaires, qui conduisaient finalement à la guerre tout court. Le commerçant n’a pas bonne presse, mais avec ses épices, ses étoffes, ses articles de luxe et ses falbalas, il a besoin de la paix : c’est aussi la contagion de la paix qu’il transporte dans ses bagages.
L’Union, espace de vie
Un demi-siècle plus tard, voilà donc l’Europe organisée comme un espace de vie en commun. Un espace où il fait bon vivre, entre anciens ennemis héréditaires devenus en une génération les meilleurs amis du monde. Un espace dont, vis-à-vis de l’extérieur, les habitants se comportent volontiers comme des tribus gauloises : redoutables quand ils s’unissent, mais ne recourant à cette solution évidente qu’après avoir essayé toutes les autres. D’où l’image si contrastée qu’ils projettent sur l’extérieur : capables de supplanter la supériorité américaine dans l’aéronautique civile, ou d’imposer la création d’une Organisation mondiale du commerce à laquelle le Sénat des États-Unis s’était pourtant toujours opposé, ou encore de convaincre trente pays industriels de s’engager à réduire les émissions de gaz à effets de serre ; et, dans le même temps, malgré deux millions d’hommes sous l’uniforme, politiquement incapables de venir à bout, seuls, du modeste nationalisme serbe, impuissants à empêcher les Hutus du Rwanda de transformer leurs machettes en armes de destruction massive, et se contentant d’assister en spectateurs — élogieux ou critiques — de la politique américaine à l’est de la mare nostrum.
Il reste 77 % de l'article à lire
Plan de l'article



_astronaut_Sophie_Adenot_(jsc2025e058846_alt).jpg)



