De Maastricht à Amsterdam et de Nice à Rome, la construction européenne ne cesse de gagner en hauteur : elle augmente le nombre de ses membres et accroît l'étendue de ses compétences. De plus en plus éloignée de sa base de départ, et de plus en plus étrangère au monde nouveau où elle grandit, elle est condamnée à pratiquer le grand écart. La coiffer d'une Constitution en guise de clef de voûte a moins de chance de la verrouiller que d'en précipiter la chûte.
La Constitution européenne ou le grand écart
Étrange spectacle que celui de l’Union européenne aujourd’hui. Jamais elle n’a été plus étendue, n’a compté plus d’États membres, n’a été investie de compétences plus larges et plus variées ; jamais, pourtant, elle n’a paru moins sûre d’elle-même, de ce qu’elle est et de ce qu’elle vise.
Voici bientôt vingt ans que de l’Acte unique à la présente Constitution européenne elle cherche sa voie sans la trouver. C’est en vain que s’accumulent sur le bord de sa route comme autant de bornes milliaires les épais in-folio de ses traités. Chacun fut salué lors de son adoption comme une avancée historique, mais chacun à l’usage se révéla si dramatiquement insuffisant qu’il fallut d’urgence en mettre un autre en chantier pour corriger ou compléter le précédent. Ainsi se sont succédé les traités, tous plus historiques les uns que les autres, et tous également éphémères.
À la faible mobilisation populaire que suscitent les scrutins européens, on devine que l’opinion se lasse de suivre les épisodes à répétition de cet interminable feuilleton où la happy end est toujours promise mais ne vient jamais. L’Europe a beau multiplier les apparences, les solides réalités lui échappent. Elle a la Pesc et aura demain, ce qu’à Dieu ne plaise, un ministre des Affaires étrangères, mais elle n’a ni puissance ni influence. Elle est fière de son euro et de sa Banque centrale, mais sa production stagne et son chômage augmente. Elle promet pour 2010 une économie du savoir qui sera la première du monde, mais c’est ailleurs qu’on bat les records de croissance et d’efficacité économique. Elle a les dehors d’un empire, elle en a la masse, la population et les richesses ; elle en a même l’arrogance et jusqu’à la morgue, mais il lui manque d’en avoir l’autorité et la gloire.
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