Les succès politiques et militaires des trois dernières années en Afghanistan sont menacés par l’explosion de la culture et du commerce de la drogue. En dépit des risques importants que cela comporte, la communauté internationale, l’ONU doivent réagir en s’investissant résolument dans la lutte contre la drogue en Afghanistan. L’Otan elle-même, si elle ne veut pas voir la pérennité et la légitimité de son action remises en cause, devra assumer sa part du fardeau.
L'ONU, premier producteur mondial d'héroïne !
2004, une année plus que jamais ambivalente en Afghanistan : d’un côté, sur le plan politique, un grand pas a été franchi vers la démocratie avec la tenue de la première élection présidentielle de l’histoire de l’Afghanistan et la désignation du président Karzaï ; de l’autre, la culture de l’opium a franchi un nouveau seuil en s’étendant aux trente-deux provinces du pays et faisant de la drogue le moteur exclusif de la croissance économique. Cette situation, déjà inquiétante en elle-même, devient intolérable lorsque l’on considère que le pays est sous tutelle des Nations unies avec plus de 20 000 militaires occidentaux en opération sur son sol. Si rien n’est fait, les succès politiques et militaires des trois dernières années seront perdus.
Il est donc grand temps que la communauté internationale s’investisse résolument dans la lutte contre la drogue en Afghanistan en dépit des risques importants que cela comporte. Dans ce cadre, l’Otan si elle ne veut pas voir la pérennité et la légitimité de son action remises en cause ne pourra continuer à détourner les yeux et devra assumer sa part du fardeau.
Un narco-État sous tutelle internationale
L’Afghanistan est le premier producteur mondial de pavot — et donc d’héroïne — depuis de nombreuses années. Depuis plus de deux décennies, la production d’opium connaît une hausse constante. La seule interruption notable de cette tendance est intervenue en 2001 après la décision des taliban de rendre la culture de l’opium passible de la peine de mort. Cette décision étant motivée par la volonté de ce régime de remplir ses caisses en agissant artificiellement sur l’offre afin de valoriser ses stocks ! Pendant la longue guerre civile ayant opposé les taliban et l’Alliance du Nord, les deux camps étaient largement impliqués dans le trafic de drogue. Depuis que les États-Unis et leurs alliés de l’Alliance du Nord ont renversé les taliban à la fin de 2001 et chassé Al-Qaïda à la frontière pakistanaise, le commerce de la drogue n’a cessé de prospérer. Aujourd’hui, avec 4 200 tonnes (près de 75 % de la production mondiale d’opium), il représente environ 2,3 milliards de dollars, soit près de la moitié du PNB de l’Afghanistan.
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