Longtemps contestée dans son rôle d’armement principal par l’évolution des conditions du combat air-sol dans la seconde moitié du XXe siècle, la bombe d’aviation - ou plus exactement le corps de bombe qui en constitue la charge militaire - a finalement écarté tous ses concurrents grâce à l’apparition de kits de guidage et d’extension de portée de plus en plus performants. Pour de multiples raisons parfois très techniques exposées dans cet article, il convient d’être beaucoup plus exigeant qu’autrefois sur les performances, de même que sur la qualité de fabrication des corps de bombes destinés aux nouvelles générations d’armements air-sol qui ont pour caractéristique commune de ne plus obéir aux seules lois de la balistique. En France comme en Grande-Bretagne, où de tels armements sont sur le point d’entrer en service, cette question a fait et continue à faire débat, mais il ne semble pas que l’Europe de la défense dans son ensemble ait pris toute la mesure de l’enjeu politique et militaire que constitue pour elle l’existence d’une capacité autonome de conception et de production de corps de bombes.
La bombe d'aviation : enjeu stratégique pour la France comme pour l'Europe de la défense
On peut tourner et retourner la question dans tous les sens, c’est bien pour l’essentiel à leur potentiel inégalé de destruction ou de neutralisation des cibles terrestres que les forces aériennes doivent leur format actuel ainsi qu’une part significative des crédits qui leur sont alloués. Que cette capacité vienne à leur manquer, et c’est l’outil de défense tout entier — le nôtre, aussi bien que celui dont l’Europe a un besoin urgent pour exister — qui perd son principal moyen d’action. Ainsi, de la soute à munitions aux kits de guidage et d’extension de portée les plus élaborés en passant par tout ce qui est nécessaire à la mise en œuvre d’une aviation de combat moderne, c’est un ensemble considérable de moyens techniques, matériels et humains qui se trouvent, qu’on le veuille ou non, mis au service du moins prestigieux et du moins valorisant de tous les armements aéroportés : la bombe d’aviation.
Le principal objectif de cet article est de montrer qu’en tant qu’élément central de la plupart des armements air-sol modernes, le corps de bombe est devenu un produit très technique, et donc, que la non prise en compte de cette dimension nouvelle dans la construction de nos outils de défense nationaux et européens n’est rien moins que susceptible d’en ruiner la valeur militaire. Dans une telle optique, on admettra que chaque détail puisse avoir son importance, et que l’on n’abuse donc pas de l’indulgence du lecteur en abordant ici des questions qui, en d’autres temps et pour diverses raisons bonnes ou mauvaises, auraient pu être considérées comme subalternes.
Histoire récente du corps de bombe
L’histoire de la bombe d’aviation, longtemps constituée d’un corps de bombe, d’un empennage stabilisateur et d’une ou deux fusées de mise à feu est presque aussi ancienne que celle de l’aviation militaire. Ce n’est qu’au début des années 90, avec l’arrivée du GPS et des centrales inertielles « bas coût », que le corps de bombe s’est finalement imposé dans les principales forces aériennes occidentales et plus particulièrement en France, comme la base quasi unique de tous les armements air-sol conventionnels de portée inférieure à celle des missiles de croisière.
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