Poursuivant la traque des maux du monde moderne, l'auteur étudie les maladies de la société de l’information et tente un diagnostic, préalable nécessaire à toute action curative. Formatée selon les normes du flux tendu, la société tend à réagir comme un banc de poissons. Après qu’ait été mis en place le compliance officer – initialement destiné à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme – c’est toute la société qui a été « mise en conformité », qui est devenue « monochrome », aveuglant les acteurs de la médiatisation, comme les consommateurs. L'auteur recommande alors la vigilance, revendique le non-conformisme, encourage la dissidence afin de ne pas être dupes des professionnels de la conformité.
Géopolitique et criminologie - Décèlement précoce des menaces et « mise en conformité »
Dans un premier article (1), nous avons tenté de répondre à la question « Où faut-il être, que faut-il faire, pour déceler à temps et analyser les dangers concrets du monde réel ? » Notre réponse a été : s’établir à l’intersection de la criminologie et de la géopolitique ; de là, penser les menaces à l’aide de ces deux outils conceptuels associés. Ce, notamment pour la géopolitique, à la lumière des travaux d’Aymeric Chauprade, Michel Korinman et François Thual (2).
Ce second article de la rubrique « Géopolitique et criminologie » aborde un autre thème de réflexion au moins aussi important que le premier, sinon plus. Quel est l’état de santé de l’Union européenne (UE), où nous vivons ? Quelle est sa capacité de résister aux dangers issus du chaos mondial ? En tant qu’organisme social, quelles sont ses « défenses naturelles » ? Ce préalable bilan de santé est important, car qui entreprend de soigner doit certes avoir identifié la maladie, mais aussi avoir jaugé l’état du patient, avoir vu quel type de médication celui-ci peut supporter. Ce diagnostic doit être fait pour le présent, comme dans la perspective de l’avenir, selon la logique de prévision, d’anticipation qui est la nôtre.
Monochromie et flux tendus
Pour élaborer ce diagnostic, partons des travaux d’une conférence tenue le 11 mai 2005 à l’Université Paris II. Elle associait le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (MCC) de l’Institut de criminologie de Paris, et l’École nationale supérieure des télécommunications (ENST) (3), sur le thème « Monde numérique : menaces et vulnérabilités nouvelles. Quelles protections ? Quelles perspectives ? ». Dans leur commune invitation, le MCC et l’ENST présentaient ainsi la problématique de la conférence (encadré page suivante).
Il reste 94 % de l'article à lire
Plan de l'article







