On assiste depuis une quinzaine d’années au recul des espaces sous contrôle au Moyen-Orient, tandis qu’un processus de morcellement territorial est à l’oeuvre. L’objectif prioritaire de lutte contre le terrorisme impose une réappropriation de l’espace terrestre, une entreprise que les États souverains sont les mieux placés pour conduire avec succès.
Moyen-Orient : contrôler l'espace
The Middle East: territorial control
For the last fifteen years we have seen a reduction in the territory under control in the Middle East, while a process of territorial subdivision has been taking place. The prime objective of the fight against terrorism requires a reappropriation of territory, a task which sovereign states are best placed to undertake successfully.
La lutte engagée aujourd’hui contre le terrorisme international vise les circuits financiers, les systèmes politiques, les fondements idéologiques qui alimentent le fanatisme. Au-delà de la nécessaire bataille des idées, cette stratégie, appliquée à la région du Proche-Orient, doit aussi intégrer une dimension géographique : il importe d’exercer un contrôle physique sur l’espace terrestre, afin de ne pas laisser l’instabilité ou le terrorisme se propager à partir de zones de non-droit. Or l’État, dont la vocation première est de garantir la sécurité, y traverse actuellement une profonde période de remise en cause. Sa légitimité est souvent contestée, alors que de profondes réformes ont été engagées de la Méditerranée orientale au golfe Arabo-Persique. Que craindre d’un recul continu de l’État, alors que des forces centrifuges sont à l’œuvre pour disputer son action sur l’espace ? Existe-t-il une solution alternative pour maîtriser l’environnement ?
Le recul des espaces sous contrôle
Depuis le début du XXe siècle, les espaces du Moyen-Orient ont fait l’objet d’une laborieuse conquête par les autorités nées du démantèlement de l’empire ottoman, des mandats et autres protectorats occidentaux. Les néo-États, arabes, mais aussi turc, hébreu et persan, sont parvenus progressivement à administrer et à sécuriser des territoires parfois immenses, et alors faiblement peuplés, à l’intérieur de frontières largement artificielles. Pour ce faire, ils ont mené une politique centralisatrice d’assimilation qui s’est appuyée, selon les cas, sur la religion, sur la redistribution de la rente pétrolière, ou encore sur le « quadrillage » de la société par un parti unique et de puissants services de renseignement. Que ce soit par l’adhésion ou par la contrainte, ces puissantes administrations sont parvenues à canaliser les forces vives de la société, mettre au pas les minorités réfractaires, et enfin imposer leur autorité sur la plus grande partie de ces territoires. Ce lent processus d’appropriation est parvenu à un point d’inflexion au cours des dernières années du XXe siècle, depuis lequel le contrôle de l’État semble refluer : zones grises, frontières informelles et ingérences étrangères s’enracinent et font reculer son autorité.
Conflits internes et zones grises
Si les nations du Moyen-Orient ont cessé, au moins provisoirement, de se faire la guerre, les conflits n’ont pas disparu pour autant, mais basculent progressivement dans la sphère interne. Au-delà des simples tensions communautaires qui parcourent la région, plusieurs États doivent faire face à des situations de rébellions d’intensité limitée, tandis que l’Irak a basculé dans la guerre civile.
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