Attaché à bâtir sa puissance économique et financière, le Japon a donné l’impression de se penser stratégiquement par le prisme des États-Unis. Sa vision stratégique et le modèle qui en découle s’en sont trouvés conditionnés, et l’outil militaire, bien qu’important sur le papier, était jusqu’à il y a peu strictement consacré à la défense de l’archipel. Aujourd’hui, la crise identitaire provoquée par la fin du cycle de croissance et la remise en question du modèle de société ont amené les dirigeants japonais à repenser leur modèle stratégique. La révision constitutionnelle proposée par le Parti libéral-démocrate vise à répondre aux défis qui se posent au Japon dans les années à venir ; elle amoindrit le pacifisme constitutionnalisé qui était sa marque dans le domaine de la défense, ce qui ne va pas sans soulever l’inquiétude des pays de la zone.
Le projet japonais de révision constitutionnelle
Japan’s proposed Constitutional revision
With eyes fixed on increasing its economic and financial power, Japan has been giving the impression of reflecting the United States in its strategic thinking. This strategic vision, and the model which follows, is clearly conditioned by such reflection. Its military forces—on paper, not inconsiderable—have until recently been strictly limited to the defence of the Japanese archipelago.
Le 22 novembre 2005, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa naissance le Parti libéral-démocrate (PLD), son président et Premier ministre, Junichiro Koizumi, a proposé une réforme de la Loi fondamentale censée permettre au Japon d’assumer une stature politique à la mesure de son envergure économique. Ce texte remet en cause de manière radicale le paradigme du pacifisme constitutionnel, unique en son genre et clef de voûte de la politique de défense nippone. La Constitution de 1947, rédigée à la hâte par une équipe de collaborateurs du général MacArthur, prohibe dans son article 9 l’usage de la guerre dans la résolution des différends internationaux ; ôtant au Japon son droit de belligérance et la possibilité de reconstituer ses forces armées (1). De cette disposition de la Loi fondamentale découlent d’autres principes qui constituent un cadre juridique contraignant pour les forces qualifiées d’autodéfense. Un modèle stratégique dont le pivot était le pacifisme constitutionalisé vit ainsi le jour. Il connaîtrait un amoindrissement significatif dans son contenu si d’aventure la réforme de la Loi fondamentale était adoptée ; d’effectif il deviendrait déclaratoire (2).
En effet, si le texte du PLD conserve la première partie du libellé de l’article 9 sur la renonciation à la guerre comme moyen de résolution des différends internationaux, les deux éléments précédemment cités qui lui donnaient toute sa portée matérielle disparaissent. Au-delà de l’évolution sémantique — les Forces d’autodéfense (FAD) seraient rebaptisées « forces armées d’autodéfense » — les FAD seront autorisées à participer aux opérations de sécurité collective. Il s’agit de mettre fin aux contorsions juridiques et casuistiques auxquelles le gouvernement japonais devait se livrer afin de permettre aux FAD de participer aux missions sous l’égide des Nations unies ou à des coalitions (comme actuellement en Irak). Dès lors, même si des incertitudes pèsent sur son adoption, il convient de mettre en perspective ce projet de révision constitutionnelle avec les évolutions de la politique de défense japonaise de ces dernières années.
Logique tant au regard des contraintes géostratégiques qui s’imposent au Japon qu’à l’aune de la tendance de fond qui anime sa politique de défense, le projet de révision constitutionnelle soulève l’inquiétude de certains États environnants, alors même que le système de représentations nippon (3) est en crise.
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