La politique chinoise des États-Unis offre le spectacle d’une ambivalence, qui oscille entre le désir d’affirmer un partenariat stratégique et la tentation de faire de la Chine l’ennemi suprême pour les prochaines décennies. Ces hésitations, qui mettent en avant le décalage entre une vision teintée d’idéologie et les réalités de la relation avec la puissance émergente, tant dans les domaines économiques que militaires, peuvent être qualifiées d’« endigagement », traduisant cette politique faite de méfiance et de pragmatisme, et expliquant les stratégies parfois contradictoires de Washington.
Entre partenariat et endiguement : le casse-tête chinois de Washington
Partnership or containment? Washington’s Chinese puzzle
US policy towards China is a spectacle of ambivalence, oscillating between the desire to declare a strategic partnership and the temptation to make China enemy number one for decades to come. This vacillation underlines the discrepancy between a somewhat ideological vision and the realities of relations with an emerging power, from both economic and military points of view. It could be seen as a policy of containment-cum-engagement, a combination of suspicion and pragmatism, which might explain Washington’s sometimes contradictory strategies.
Les relations entre les États-Unis et la Chine sont pour le moins ambivalentes. Elles se sont, comme le rappelle Jean-Luc Domenach, « développées et se développent encore avec un dynamisme qui n’a guère d’équivalent dans le monde actuel » (1), et elles ont évolué, depuis la fin de la guerre froide, d’une logique d’endiguement (certes moins marquée que dans le cas de l’URSS, en particulier après 1971) à un partenariat aux contours encore mal définis. Derrière cette volonté légitime de rapprochement de la part de Washington, déjà souhaitée par MM. Nixon et Kissinger, se cache une inquiétante identification de la Chine comme le futur adversaire stratégique.
Au milieu des années 90, plusieurs experts américains mirent en avant le risque d’une confrontation future avec Pékin, arguant de la montée en puissance de l’économie chinoise, et des velléités expansionnistes de la Chine qui, tôt ou tard, s’opposeraient aux intérêts de Washington. Dans un ouvrage au titre retentissant, La future guerre avec la Chine, deux politologues annonçaient ce qui était selon eux une confrontation inévitable (2). Après la première élection de George W. Bush en novembre 2000, le discours sur l’aide militaire apportée à Taïwan en cas de crise avec Pékin, puis la crise de l’avion espion américain (EP-3) en avril 2001, vinrent renforcer la méfiance réciproque entre les États-Unis et la Chine. Plus récemment, il semble au contraire que les autorités américaines se montrent plus favorables au statu quo, comme l’illustre le refus de soutenir les initiatives en faveur de l’indépendance du président taïwanais Chen Shui-bian. La question taïwanaise continue de peser de tout son poids sur la politique américaine dans la région, mais les États-Unis considèrent aujourd’hui la Chine comme la priorité de leur politique en Asie, et les deux États semblent être « d’accord pour ne pas être d’accord » (3).
Entre méfiance et pragmatisme, la relation Washington-Pékin offre ainsi le spectacle d’une certaine schizophrénie qui, si elle permet à la Chine de tabler à la fois sur une forte croissance économique que les grandes puissances ne peuvent négliger et une rigueur stratégique sur des questions telles que le détroit de Formose, embarrasse les États-Unis, en particulier en raison des différentes approches proposées dans les cercles d’influence américains. C’est ainsi que se superposent les notions de strategic partner et de strategic competitor qui, en fonction des circonstances et des influences politiques et idéologiques, définissent la perception de la Chine à Washington. C’est donc une réflexion définie en vase clos aux États-Unis qui, en se heurtant aux réalités de la relation avec Pékin, crée cette situation difficile où Washington ne peut imposer ni un partenariat durable, ni l’acceptation de la Chine comme étant l’ennemi suprême.
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