Quelle est la gravité de la menace criminelle pour l’Union européenne ? La réponse de cette dernière est-elle à la hauteur de l’enjeu ? Mis pour la première fois en perspective dans cette étude, des chiffres et des faits incontestables ; et aussi un diagnostic, et quelques regrets.
Crime organisé : un péril stratégique sous-estimé par l'Union européenne
Organised crime: a strategic peril underestimated by the EU
How grave is the criminal threat to the European Union? Is the latter’s response proportionate to the importance of what is at stake? Put into perspective for the first time in this study: some statistics and facts which are undeniable; a diagnosis; and some regrets.
En janvier 2005, M. Franco Frattini (1) annonçait une série de mesures destinées à combattre l’emprise grandissante du crime organisé sur l’Europe (2). Une mobilisation explicable par un rapport d’Europol, qui signalait peu auparavant que 4 000 gangs, comptant au total 40 000 criminels, opéraient dans l’UE, en forte augmentation par rapport aux 3 000 gangs dénombrés l’année précédente. D’où ces mesures nouvelles qui, telles qu’énoncées par la presse, sont soit rétrospectives (peines plus lourdes pour les chefs de gangs) soit administratives (coopération renforcée entre polices et justices de l’UE).
Hormis cette mention par Europol d’un nombre (exprimé en chiffres ronds) d’entités criminelles opérant dans l’UE, nul diagnostic ni bilan ne semble avoir été fait — du moins publiquement — par cette dernière sur la gravité du crime organisé, planétaire d’abord (ce phénomène étant désormais mondialisé), puis à l’échelle de l’Europe. De façon regrettable, la dimension criminelle des grands flux et trafics illicites à la surface du globe — et notamment en direction de l’UE — paraît même oubliée dans nombre de rapports ou textes de travail produits par l’Union. De cela, deux exemples choisis parmi bien d’autres :
• Le rapport annuel 2005 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies ne consacre pas une ligne (sur 87 pages) à la dimension criminelle et même mafieuse du problème. Comme s’il s’agissait là d’un simple problème de santé publique ; comme si « la drogue » était une fatalité de type météorologique (la grêle a ravagé le vignoble X), surgissant par génération spontanée ; comme si les 135 tonnes d’héroïne infiltrées puis consommées chaque année dans l’UE (selon le rapport Europol 2005) se fabriquaient, se transportaient et se distribuaient par magie.
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