Révolutions chinoises
Le 3 septembre 1945, quelques jours après la capitulation japonaise, l’on pouvait voir, des hauteurs de Tch’ong-k’ing (1) (promue capitale de la Chine nationale, pendant l’invasion), la rivière hors de son lit, les fourmis humaines fuyant la crue dans la vallée, des maisons juchées sur échasses et comme raccourcies. Tandis que des embarcations innombrables voguaient, parmi les débris de l’inondation, vers la ville, éclataient appels des sirènes et pétards. Une canonnière — rafiot de la « flotte » chinoise — célébrait, en tirant son canon, la victoire acquise sur le Japon. Étonnants contrastes de la Chine où l’homme, toujours menacé par les calamités naturelles, se demande le matin s’il mangera l’écuelle quotidienne (de grains, plutôt que de riz — nourriture de luxe), et où les pétards des fêtes exaltent sa volonté de vivre.
Des rapports de l’Organisation des Nations Unies constatent que la guerre contre le Japon, qui a duré de 1937 à 1945, a entraîné d’immenses destructions de voies ferrées, de matériel de transport, de bateaux et de jonques. On négligera d’aligner les chiffres, et l’on s’inspirera de comparaisons, dont se montrent friands les lecteurs de magazines américains, pour dire que la Chine, grande comme l’Europe, ne possède plus, à proprement parler, de chemins de fer ; que son réseau routier est inférieur à celui de l’Illinois ou de l’Italie ; que son réseau télégraphique n’équivaut pas au tiers de celui de la France ; que sa production industrielle (Mandchourie incluse) n’atteint pas celle de la Belgique. Et le pays chinois ne dénombre pas sa population qui représente le cinquième de l’humanité.
Statistiques, comparaisons, à travers des verres fumés américains, ne mentionnent cependant pas l’essentiel, à savoir que le pays n’est pas industriel mais agricole ; que sa manière de vivre, que ses mœurs diffèrent profondément de celles des États-Unis ; que les conséquences de la guerre civile (postérieure à 1945) sont plus graves que les longues hostilités qui la précédèrent. On comprendra donc que les Américains hésitent, selon les besoins de leurs interprétations, entre la pauvreté de la Chine et. les richesses que proposent à leurs imaginations ses ressources agricoles ; ses réserves minières, réelles mais inexploitées. C’est de l’étranger que la Chine doit obtenir les investissements nécessaires à sa mise en valeur.
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