Politique et diplomatie - Qui a peur des mauvais Allemands ?
Les prises de position de la France sur la modernisation des forces de l’OTAN — déclarations nuancées et susceptibles d’interprétations diverses — ont suscité des réactions et réveillé un débat ancien dont il me semble possible d’élucider quelques données. Certains des interlocuteurs ne contribuent guère en effet à l’éclairer, et l’on en vient à s’interroger ici ou là sur la logique, les objectifs et les chances de la politique française en la matière. Avant d’analyser la position française, ou plutôt avant de tenter d’en dégager les raisons, je prendrai à titre d’exemple la controverse qui a opposé Pierre Lellouche à Gabriel Robin (1).
L’argumentation de Pierre Lellouche fait état d’une « donnée » qui, selon lui, constituerait l’une des constantes de l’attitude française en matière de relations extérieures : la méfiance à l’égard de l’Allemagne. La politique de M. Giscard d’Estaing et avant lui celle de M. Pompidou et du général de Gaulle auraient ainsi été inspirées par la conviction que la menace, aujourd’hui comme hier, se situe de l’autre côté du Rhin. Cette constante serait un thème « maurassien » qui expliquerait une certaine complaisance à l’égard de la Russie, qu’elle soit ou non soviétique, contrepoids irremplaçable à la pression qu’exerce l’Allemagne au centre de l’Europe. Dans le contexte actuel, la crainte des tenants de cette thèse, qui se situeraient de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, serait que l’Allemagne soit un jour en mesure de négocier sa réunification et qu’elle réussisse à disposer pour elle-même de l’arme nucléaire.
Il n’est pas douteux que le destin de l’Allemagne intéresse tous les Français, quel que soit le parti politique auquel ils accordent leurs suffrages. Il est tout aussi évident que la situation qui résulte de la victoire alliée dans la Seconde Guerre mondiale, à savoir, la division de l’Allemagne est, qu’on le dise ou non, acceptée sans regret par la quasi-totalité des Français, même si elle a pour condition la présence de troupes soviétiques au-delà de l’Elbe. Force est d’ailleurs de constater que cette division est aujourd’hui acceptée par la très grande majorité des Allemands qui souhaitent beaucoup plus aménager au mieux la situation actuelle que revenir au Reich unifié de Weimar et de l’État national socialiste. Les Allemands comprennent fort bien que dans le contexte actuel, un tel retour en arrière est impossible. L’« Ostpolitik » est pour eux la solution de rechange — la seule qui soit envisagée — à une réunification qui est exclue.
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