Rita aux États-Unis : choix techniques et industriels
Au cours des années 70, la France avait donc lancé le programme qui ne s’appelait pas encore RITA alors que les pays anglo-saxons, Grande-Bretagne, États-Unis, Canada et Australie, avaient commencé à avoir une pensée commune sur le futur réseau tactique. Cela s’était traduit par un certain nombre de projets d’études qui avaient successivement été nommés Obart puis Mallard. Mais à la fin de la décennie 60-70, la Grande-Bretagne se retirait du groupe pour concevoir son propre système : les États-Unis restaient à côté du Canada et de l’Australie devenus simples observateurs, les premiers voulant bâtir eux-mêmes leur programme. Donc, tandis que la France s’engageait dans le RITA, la Grande-Bretagne s’appliquait à mettre au point le Ptarmigan et les États-Unis étudiaient le Tritac.
Autant pourrait-on dire que le Ptarmigan et le RITA sont destinés à répondre à des besoins à peu près identiques, autant il était évident que le programme Tritac était d’une tout autre portée : d’ailleurs, son nom suffit à s’en rendre compte, puisque Tritac signifie la desserte simultanée de l’armée de l’air, de l’armée de terre et du marine corps.
Le RITA ayant à cette époque fait quelques progrès et acquis une certaine notoriété chez ITT, puisque LCT qui développait la partie commutation du système RITA était en liaison avec ITT, les Américains décidèrent de lancer réellement le programme Tritac, et on me demanda d’aller aux États-Unis pour participer à la réponse à l’appel d’offres. J’ai été fort surpris par les moyens mis en œuvre : il y avait à peu près 55 ingénieurs militaires et officiers qui travaillaient sur ce projet Tritac. Lorsque je suis arrivé à ITT, j’ai trouvé une structure prête à répondre à l’appel d’offres, 40 ingénieurs, chacun spécialisé dans un domaine bien précis. Cela dépassait très largement ce que j’avais l’habitude de voir en France. Mais j’ai également été très surpris de l’ampleur des problèmes que le Tritac aurait à résoudre et des contraintes qu’il aurait à prendre en compte : ce système était destiné d’abord à desservir les trois armées, mais de plus à couvrir le monde entier et à prendre en charge absolument tout l’existant américain. Alors que nous avions eu la chance en France de décider la réalisation d’un système complet en faisant abstraction de tout, les Américains étaient englués : il y avait, par exemple, 40 terminaux différents avec 40 signalisations différentes. Le central que nous avons été obligés de proposer comportait un commutateur analogique, pour tenir compte de tout ce qui fonctionnait en analogique, et un commutateur numérique pour desservir le peu de numérique qui existait, en se disant que l’évolution était normalement la disparition de l’analogique !
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