Diplomatique - La session des Nations unies : colonies italiennes et Espagne franquiste - Les États-Unis et le Pacte - Conseil de l'Europe et Organisation européenne de coopération économique (OECE) - Reprise des entretiens à quatre sur l'Allemagne
Malgré un bilan plutôt négatif, la session de l’Assemblée générale des Nations unies qui s’est prolongée à Lake Success du 5 avril au 20 mai a permis de constater à nouveau la vitalité de l’organisation internationale. Celle-ci se mesure à l’imprévisibilité du résultat de votes qui, sur des questions importantes ont encore bousculé les pronostics fondés sur le prestige et les pressions des grandes Puissances.
En particulier, le règlement du sort des anciennes colonies italiennes donna lieu à des surprises. L’affaire avait été traitée à Londres entre le Comte Sforza et M. Bevin. Ces entretiens avaient abouti à un compromis donnant une relative satisfaction au gouvernement italien tout en consolidant les avantages obtenus par la Grande-Bretagne dans cette région. L’Italie devait, en 1951, reprendre la souveraineté sur la Tripolitaine. Jusqu’à cette date, la Grande-Bretagne administrerait le pays. Quant à la Cyrénaïque, la Grande-Bretagne en conserverait la tutelle pendant dix ans, au terme desquels la Cyrénaïque pourrait devenir indépendante avec l’assentiment des Nations unies. Même solution pour le Fezzan dont la tutelle était confiée à la France. Enfin, l’Érythrée devait être partagée entre l’Éthiopie et le Soudan égyptien. Alors que ces projets avaient été acceptés par les Commissions compétentes, l’Assemblée générale de Nations unies refusa – une voix manquant pour que la majorité requise des deux tiers soit atteinte – d’accepter le principe du retour de la Tripolitaine à l’Italie. L’équilibre du projet ayant été ainsi détruit, l’ensemble fut rejeté par une nette majorité à laquelle s’associa la France – favorable au retour à l’Italie de certaines de ses colonies – avec les pays arabes et slaves. Le 18 mai, l’Assemblée décida d’ajourner à sa prochaine session ordinaire tout nouvel examen de la question. Cependant, on apprenait, le 2 juin, que nonobstant cette décision et le vote antérieur des Nations unies, la Grande-Bretagne reconnaissait un gouvernement autonome de la Cyrénaïque sous la souveraineté de l’Émir El Senoussi. Souveraineté plutôt nominale ; cette reconnaissance a plutôt pour effet de rendre officielle et légale l’autonomie administrative créée par les Anglais depuis leur occupation du pays, en créant une nouvelle « TransJordanie ». Cette création a aussi pour effet de consacrer le morcellement de la Libye, auquel certains pays arabes, l’Égypte en tout premier lieu, étaient et restent résolument hostiles. L’existence d’une Cyrénaïque indépendante, sous contrôle britannique, et la perspective d’une Tripolitaine indépendante mais conservant avec l’Italie des liens étroits – M. de Gasperi s’engage à favoriser l’indépendance des anciennes colonies africaines de l’Italie et à collaborer avec elles – n’a pas, en effet, rencontré dans le monde arabe, un accueil favorable. M. Khachaba Pacha, ministre des Affaires étrangères d’Égypte, annonçait aussitôt son intention de soumettre à la prochaine session des Nations unies ce qu’il considère comme « un défi à l’autorité des Nations unies ».
À Paris, on a constaté avec une certaine amertume que, sur les questions nord-africaines, comme sur les questions proche-orientales, des décisions unilatérales étaient prises par nos alliés, conformes sans doute à leur politique traditionnelle et à leurs intérêts, mais susceptibles d’avoir, une fois de plus pour nous, de fâcheuses conséquences.
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