Diplomatique - Les États-Unis et l'Indochine - La proposition française du 9 mai - Premières réactions - La Conférence de Londres - Efforts de médiation par les Nations unies
Les conversations diplomatiques du mois de mai ont, pour une fois, justifié l’intérêt que leur portaient les spécialistes, non pas tant par les résultats acquis – nous n’en sommes pas là – que par un certain renouvellement, dont elles ont témoigné, des positions respectives des grandes puissances occidentales. Arrivé à Paris le 7 mai, M. Dean Acheson, Secrétaire d’État des États-Unis, s’entretenait aussitôt avec M. Robert Schuman des problèmes de l’Allemagne, de l’Indochine et de la Communauté occidentale. Le surlendemain, M. Acheson partait pour Londres où il devait avoir avec son homologue britannique M. Bevin des conversations préliminaires à la réunion tripartite qui commença le 11 mai.
Sur la question indochinoise, les conversations entre MM. Schuman et Acheson se terminèrent par une déclaration de ce dernier constatant son « accord en général » avec les points de vue exposés par notre ministre des Affaires étrangères. La déclaration de M. Acheson disait encore : « Les États-Unis reconnaissent que la solution de la question indochinoise dépend à la fois du rétablissement de la sécurité et du développement d’un nationalisme authentique, et que l’aide des États-Unis peut et devrait contribuer à la réalisation de cet objectif important. Le gouvernement des États-Unis, persuadé que ni l’indépendance nationale, ni l’évolution démocratique ne peuvent exister en aucun pays dominé par l’impérialisme soviétique, estime que la situation justifie l’octroi de sa part d’une aide économique et de matériel militaire aux États associés d’Indochine et à la France, dans le dessein de les aider à ramener la stabilité de ces États et de leur permettre de poursuivre leur développement pacifique et démocratique. » En ce qui concerne l’aide économique, une mission américaine va étudier sur place les modalités de sa délivrance. Elle aura son siège près de la Légation des États-Unis à Saïgon. Dirigée par M. Robert Blum, elle devra d’abord élaborer les traités que les États-Unis concluront avec chacun des trois États associés. L’importance de l’aide économique serait de l’ordre de 15 à 30 millions de dollars et l’administration de ce programme serait confiée à un organisme spécial dépendant de l’Economic Cooperation Administration (ECA). Quant à la répartition de l’aide militaire entre les autorités vietnamiennes et les forces françaises, il ne semble pas que cette question ait encore été tranchée.
La proposition française du 9 mai
Si la déclaration de M. Acheson n’apporte à vrai dire, rien de nouveau dans les données du problème indochinois – on n’y trouve rien de plus que dans les précédentes déclarations des personnalités officielles américaines – il n’en est pas de même de la déclaration faite par M. Robert Schuman le 9 mai 1950 sur les relations franco-allemandes. L’importance de la proposition française d’une mise en commun par la France et par l’Allemagne de leur production de charbon et d’acier est aussitôt apparue telle que ce projet a fait passer au second plan toutes les autres questions figurant à l’ordre du jour de la réunion des Trois, puis de la réunion des douze membres du Pacte atlantique dont la conférence s’ouvrit à Londres le 15 mai. Rappelons les termes essentiels de la déclaration française : « …La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques… le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée… Dans ce dessein, le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une haute autorité commune dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe… La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la fédération européenne, et changera le destin de ces régions, longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre, dont elles ont été les plus constantes victimes… La production de cette unité économique sera ouverte à l’ensemble du monde sans distinction ni exclusion pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix… L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles, le développement du continent africain… La haute autorité devra mettre en œuvre des dispositions comportant l’application d’un plan de production et d’investissement, l’institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d’un fonds de reconversion, facilitant la rationalisation de la production… L’organisation projetée assurera la fusion des marches et l’expansion de la production et non l’exploitation des marchés nationaux et la limitation de la production… la constitution de la haute autorité fera l’objet d’un traité entre les États, soumis à la ratification des Parlements et un représentant des Nations unies siégera auprès de cette autorité et rendra compte à l’ONU du fonctionnement du nouvel organisme. »
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