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  • Comprendre la politique étrangère de l’Iran (T 1788)

Comprendre la politique étrangère de l’Iran (T 1788)

Louis Mercator, « Comprendre la politique étrangère de l’Iran (T 1788)  », RDN, 13 janvier 2026 - 10 pages

L’Iran est une théocratie qui se situe entre résilience et contradictions. Malgré les sanctions internationales, les crises internes, les manifestation populaires et l’isolement, le régime théocratique iranien, pour le moment, persiste, mêlant nationalisme ambitieux, pragmatisme géopolitique et idéologie de la révolution islamique. Sa politique étrangère, complexe et parfois incohérente, oscille entre défense des intérêts nationaux, rivalité régionale et alliances tactiques tant avec la Chine qu'avec la Russie.

Understanding Iran's foreign policy

Iran is a theocracy caught between resilience and contradictions. Despite international sanctions, internal crises, popular protests, and isolation, the Iranian theocratic regime, for the time being, persists, blending ambitious nationalism, geopolitical pragmatism, and the ideology of the Islamic Revolution. Its foreign policy, complex and sometimes inconsistent, oscillates between defending national interests, regional rivalry, and tactical alliances with both China and Russia.

Il y a un paradoxe au sujet de l’Iran. Ce pays paraît faire l’objet de menaces existentielles constantes depuis l’instauration de la République islamique, en 1979. La plus grande puissance mondiale n’a eu de cesse de l’isoler (hormis durant la Présidence Obama). Il vit sous le coup des sanctions américaines depuis plus de quarante ans. Le mécontentement interne persiste, comme on le voit ces jours-ci avec les manifestations qui s’étendent dans tout le pays, et a connu son paroxysme lors de celles de 2009 puis de septembre 2022 – à la suite de la mort brutale de la jeune Mahsa Amini –, qui furent férocement réprimées. Pourtant le régime iranien fait la preuve d’une remarquable versatilité et d’une réelle capacité à s’adapter aux situations les plus éprouvantes sans donner véritablement de signe d’affaiblissement, du moins jusqu’à présent.

Iran : quelques constats s’imposent

Le mécontentement de la population iranienne est immense. Cependant, malgré l’usure du régime, la multiplication des cas de corruption grave, les querelles internes au pouvoir, la médiocrité des performances économiques, la République islamique paraît survivre. Grande est la défiance à l’égard de l’establishment politico-religieux. Les fondements de la théocratie iranienne sont quasi oubliés. Même au sein du régime, on ne se réfère plus vraiment aux grands préceptes du khomeynisme. Dans cette population majoritairement jeune et née après la révolution islamique de 1979, il y a une grande lassitude vis-à-vis de l’idéologie islamiste qui paraît si éloignée des aspirations de la jeunesse iranienne. À cette lassitude s’ajoute un mépris mêlé d’irritation à l’encontre des dirigeants qui se sont montrés incapables d’améliorer la situation économique.

Les religieux n’ont pas cédé le pouvoir qu’ils contrôlent. Ils mènent un travail de sape vis-à-vis des milieux laïcs modérés et ont établi une alliance objective avec le « Sepâh », c’est-à-dire les Gardiens de la Révolution. Il y a maintenant une nouvelle génération de conservateurs religieux radicaux avides de pouvoir, réduisant la marge de manœuvre dont le président Pezeshkian dispose pour ses réformes.

Le mécontentement de la population face au régime ne fait que croître face à une corruption endémique et à un renchérissement du coût de la vie, débouchant sur la précarité de larges segments de la société. Seule la nomenklatura s’enrichit, créant une classe de courtisans et de rejetons du régime (les « aghazadeh »).

Les manifestations (essentiellement urbaines) sont nombreuses en Iran. D’après les sondages, la population compterait jusqu’à 75 % d’insatisfaits et 30 % de personnes convaincues que le régime ne peut pas être réformé. L’attitude des dirigeants consiste à témoigner d’une certaine forme de compréhension (plus ou moins sincère) et à ouvrir les vannes de temps en temps (tolérance pour les femmes non voilées) tout en réprimant les manifestants, surtout en cas d’émeutes.

Le recours au clientélisme est endémique. Dès sa fondation, la République islamique a essayé de former une clientèle qui lui soit fidèle à toute épreuve. Pour cela, contrairement aux pratiques du clergé chiite, il a fonctionnarisé une grande partie du clergé et a fondé des institutions révolutionnaires – milices « bassidj », Gardiens de la Révolution, familles de « martyrs », etc. – où ceux qui y occupent des fonctions, ainsi que leurs familles et proches, sont bien conscients qu’ils sont redevables entièrement au régime pour leurs avantages économiques et sociaux. Tous ces gens (sans doute plusieurs millions de personnes) peuvent être mobilisés, si nécessaire, en vue, par exemple, d’organiser des contre-manifestations quand la population descend dans les rues pour contester les agissements du pouvoir.

Une crise écologique et hydrique dure depuis plus de vingt ans. Au-delà du réchauffement climatique général, la détérioration de la situation écologique en Iran est aussi la conséquence de la mauvaise gestion du territoire et surtout du gaspillage des ressources en eau du pays. La construction de barrages sans études préalables, la corruption, le favoritisme comme le détournement des ressources en eau vers les régions d’origines de tel ou tel autre président de la République islamique… La question écologique est source de protestations dans les campagnes les plus touchées et les provinces les plus délaissées.

L’Iran a tenté de rebâtir son économie après la suspension des sanctions qui a découlé de la signature du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA – Accord de Vienne sur le nucléaire iranien) de 2015. Le retrait des États-Unis de l’accord en 2018 et la réintroduction des sanctions ont rétabli sa dépendance aux exportations pétrolières et gazières, qui représentent plus des trois-quarts des exportations du pays. Les sanctions précédentes ont eu des effets délétères permanents sur l’économie, parce qu’elles n’ont jamais été complètement levées. Les sanctions financières qui isolent un pays sont destructrices et, s’il est impossible d’y mettre vraiment fin, elles finissent par anéantir toute tentative de négociation corrompue, les facilitateurs se livrant à la recherche de profits et de solutions de rechange. Les Gardiens de la révolution, qui étaient opposés au dialogue avec les États-Unis, ont gagné en influence pendant la période où les premières sanctions étaient en vigueur. Avec leur rétablissement, l’économie risque de nouveau d’être mise à mal, à court et à long terme.

Face à l’échec des négociations sur le programme nucléaire iranien, les sanctions de l’ONU contre l’Iran ont été formellement rétablies le 28 septembre 2025 (mécanisme de « snapback » au Conseil de sécurité). Les trois pays européens (Royaume-Uni, France, Allemagne) à l’origine de cette décision reprochent à l’Iran son manque de coopération avec l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). Les autorités refusent, en effet, de divulguer l’emplacement des 400 kg d’uranium enrichi à 60 %. Pour rappel, l’Iran, signataire du Traité de non-prolifération (TNP), est tenu à se limiter à un programme nucléaire à finalité purement civile.

La Russie, la Chine et l’Inde s’intéressent aussi aux relations économiques avec l’Iran. La Chine et l’Inde ont besoin de pétrole et la Russie est un partenaire en matière de technologie nucléaire. Du fait des sanctions occidentales, le régime iranien a amorcé un tournant de sa politique étrangère en direction de ces pays. Toutefois, le partenariat russo-iranien (qui date de 2005) n’offre guère de garanties de sécurité suffisantes et n’est nullement une alliance militaire, quand bien même l’Iran livre des drones à la Russie. Du côté de la Chine, qui achète la majeure partie des exportations iraniennes de pétrole, on note qu’un accord de coopération stratégique a été signé en 2021, prévoyant durant 25 ans des investissements chinois conséquents en matière d’infrastructure (de l’ordre de 400 milliards de dollars), en échange d’un prix avantageux pour l’achat de pétrole iranien. Cet accord ne s’est pas (encore) traduit par un soutien de la Chine à l’Iran dans le domaine de la défense.

La politique étrangère de l’Iran est dominée par la nécessité de préserver des marchés pour son pétrole et par son désir de projeter son influence dans tout le Moyen-Orient. Comme le pays occupe une part essentielle du pont continental entre l’Europe et l’Asie et qu’il est au cœur de nombreux affrontements au Moyen-Orient, ses partenaires commerciaux ont intérêt à favoriser sa stabilité.

La République islamique a soutenu le régime Assad en Syrie, mais la victoire d’al-Charaa s’est traduite par la fin brutale de toute implication de l’Iran en Syrie et le gel des relations diplomatiques. C’est un revers majeur de la stratégie iranienne du « croissant chiite ».

Après les événements qui ont suivi le 7 octobre 2023 et les opérations militaires israéliennes à Gaza, contre le Hezbollah au Liban et contre les Houthis au Yémen, l’axe de la résistance (Téhéran-Bagdad-Damas- Beyrouth) est brisé, il n’est plus un levier stratégique pour l’Iran, qui est isolé. Le corridor terrestre reliant l’Iran au Liban via la Syrie n’existe plus. Le nouveau « gendarme du Golfe » (expression naguère accolée à la politique étrangère de l’ancien Shah) est Israël.

La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran n’a pas toujours existé. Les deux pays ont longtemps été dans la même sphère d'influence américaine. Toutefois, la révolution islamique a exacerbé les tensions entre Saoudiens et Iraniens. Avec l’affaiblissement de l’Irak après la Guerre du Golfe, l’Arabie saoudite et l’Iran deviennent les deux principales puissances régionales. Riyad voit comme une menace pour sa propre sécurité l'influence régionale grandissante de l’Iran, avec les guerres en Irak et en Syrie, et la poursuite du programme balistique iranien. L’Iran, pour sa part, s’estime encerclé par des pays alliés des États-Unis et hostiles à son rôle régional. La première cause des tensions est liée à l’affrontement par intermédiaires entre l’Iran et l’Arabie saoudite : on peut citer l’Irak, naguère la Syrie, et le Yémen, autant de pays où se déroulent – ou se déroulèrent – des « wars by proxies », des guerres par procuration. La rivalité saoudo-iranienne est devenue encore plus marquée avec l’affaiblissement de Daech en Irak et en Syrie. Cette rivalité est devenue le principe organisateur des alliances au Moyen-Orient, un peu à l’instar de la guerre froide, qui partageait les pays en deux camps. Toutefois, il convient de souligner l’importance cruciale pour Téhéran de cultiver une baisse de tensions avec l’Arabie saoudite. Cet élément semble être une clé de lecture déterminante pour comprendre les différents segments de l’évolution du Moyen-Orient. Le 10 mars 2023, Riyad et Téhéran ont ainsi annoncé, à Pékin, le rétablissement de leurs relations diplomatiques après sept ans de rupture.

Si cette réouverture des discussions entre les deux pays, engagée par Riyad et ses alliés depuis 2019 et les attaques iraniennes contre les installations énergétiques saoudiennes, va dans le sens de la désescalade avec Téhéran, elle constitue aussi une victoire symbolique pour la Chine et illustre le recul de l'influence américaine dans la région. La rupture trouvait son origine dans l’attaque contre les installations diplomatiques saoudiennes à Téhéran en 2016.

L’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2017 a libéré les énergies anti-iraniennes dans la péninsule arabique car Washington a pris fait et cause pour son allié saoudien et contre l’Iran. Une attitude américaine tranchant avec celle de l’administration Obama, marquée par la signature du JCPOA un an et demi auparavant.

La position géopolitique de l’Iran, charnière entre l’Asie et l’Europe, en fait un pôle de stabilité sensible pour tous ses partenaires. Il constitue un élément essentiel du programme « Une ceinture, une route » (les Nouvelles routes de la soie) de la Chine et est relié géographiquement au Caucase. Pour l’Inde, l’Iran est un point d’entrée dans les territoires du Moyen-Orient et de l’Europe. L’Union européenne (UE) veut préserver le JCPOA pour éviter une course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient.

Le retrait des États-Unis du JCPOA a comme conséquence imprévue d’accroître l'influence de la Russie et de la Chine sur l’Iran et sur le Moyen-Orient en général. Cela pourrait pousser le pays à adopter une orientation encore plus conservatrice et autoritaire.

La guerre dite « des douze jours » menée par Israël et les États-Unis en juin 2025 a mis à nu les défaillances de la défense aérienne de l’Iran et a révélé le degré d’infiltration des services israéliens au sein du régime iranien.

Intérêt national et aspiration à un rôle régional prépondérant

Si la politique étrangère de l’Iran paraît parfois énigmatique, tortueuse ou incohérente, la défense de l’intérêt national constitue, malgré tout, l’un des fils conducteurs principaux de sa politique.

Le nationalisme iranien extrêmement marqué et la conscience partagée des dirigeants et de la population d’appartenir à un pays au passé prestigieux expliquent pourquoi cet intérêt national est conçu de manière très ambitieuse, et se confond, dans l’esprit des autorités iraniennes avec la défense et la promotion d’un rôle régional central pour la République islamique. Ce rôle apparaît d’autant plus légitime aux yeux des Iraniens que l’Iran avait déjà occupé cette place avant la révolution islamique, lorsqu’il était devenu, avec le soutien des États-Unis, le « gendarme du Golfe ». La défense inlassablement répétée, par les dirigeants iraniens, des « droits » de la République islamique dans le domaine nucléaire s’inscrit dans cette perspective : en cherchant par tous les moyens à devenir un « pays du seuil » (ou davantage), l’Iran cherche à s’affirmer comme la puissance régionale prépondérante du Moyen-Orient.

Complexe obsidional du régime

L’Iran occupe une position géographique particulière, à l’intersection du monde arabe, de la Turquie, de l’Asie centrale, du Caucase et du sous-continent indien (Pakistan). Cette situation géographique est perçue non comme un atout, mais comme un danger, pour une raison simple : l’histoire tourmentée de l’Iran. L’attitude de l’Iran est en effet incompréhensible si l’on néglige le poids de l’histoire et la place centrale qu’occupe celle-ci dans l’imaginaire et dans la représentation du monde des dirigeants iraniens. Sans remonter à la conquête du pays par les Arabes, au VIIe siècle – traumatisme profondément enraciné dans la psyché iranienne et que ce peuple n’a jamais réellement surmonté – l’histoire de ces deux derniers siècles est, pour les dirigeants iraniens, celle d’une suite ininterrompue d’interventions étrangères et d’humiliations, de la perte de la Transcaucasie jusqu’à l’attaque irakienne de 1980 en passant, entre autres, par les capitulations accordées aux grandes puissances, l’écrasement de la révolution constitutionnelle par les troupes tsaristes, l’occupation du pays par les Britanniques et les Soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale et le coup d’État contre le Premier ministre Mossadegh.

Le sentiment d’encerclement des autorités iraniennes est d’autant plus vif que, même si le pays n’a plus connu de conflit armé direct depuis 1988 (hormis la guerre « des douze jours » de 2025), il doit néanmoins faire face, depuis lors, à une situation de crise permanente à ses frontières : invasion du Koweït et guerre du Golfe (la « seconde guerre du Golfe » pour les Iraniens), guerre civile en Afghanistan et intervention américaine dans ce pays en 2001, renversement de Saddam Hussein en 2003 et guerre civile par la suite, troubles endémiques à la frontière pakistanaise et dans la province du Sistan-Baloutchistan, où les combats avec les trafiquants de drogue se font à l’arme lourde, etc. Même si les Iraniens reconnaissent aujourd’hui ouvertement que les interventions américaines en Irak et en Afghanistan leur ont été bénéfiques, cette situation d’instabilité permanente crée chez les dirigeants iraniens un profond sentiment d’insécurité, encore davantage renforcé depuis une dizaine d’années par l’exacerbation de l’antagonisme entre chiites et sunnites, qui rappelle à la République islamique que, malgré ses prétentions à la direction du monde musulman, elle défend une variante minoritaire de l’Islam, perçue comme une hérésie par la majorité sunnite.

Fondements idéologiques de la politique étrangère

À la volonté farouche de défense des intérêts nationaux se mêlent des éléments spécifiques au régime actuel.

Rhétorique islamiste révolutionnaire

Cette rhétorique s’est très vite heurtée aux faits et aux réalités géopolitiques, et l’isolement complet de l’Iran auquel ont mené certains comportements (prise d’otages de l’ambassade des États-Unis, terrorisme iranien à l’étranger, affaire Rushdie) a contraint la République islamique à réorienter sa politique et à entamer une certaine normalisation de ses relations diplomatiques, d’abord sous le Président Rafsandjani, puis durant les deux mandats du Président Khatami et ceux du Président Rohani et, enfin aujourd’hui, avec un Président Pezeshkian s’efforçant de restaurer l’image de l’Iran après les années de provocations répétées d’Ahmadinejad. Cette présentation de l’Iran comme le défenseur du monde musulman contre les puissances de l’« Arrogance mondiale » continue cependant d’être au centre de la propagande du noyau dur du régime. Le Guide suprême en particulier, à rebours des discours lénifiants du Président Rohani et de l’actuel Président, dénonce inlassablement les « puissances dominatrices » et leurs innombrables machinations contre le monde musulman, que l’Iran aurait vocation à émanciper. Il importe peu évidemment que les développements dans la région – et en particulier l’antagonisme entre chiites et sunnites – viennent contredire de manière flagrante ce discours : il s’agit là de l’un des fondements de l’idéologie de la République islamique, que le premier cercle du régime estime essentiel de défendre. La présentation des révoltes arabes comme un « réveil islamique » inspiré par la République islamique d’Iran s’inscrit bien évidemment dans cette logique.

Un antisionisme et un antiaméricanisme institutionnalisés

Ils s’expriment de manière d’autant plus virulente qu’ils sont conçus comme le corollaire de la prétention de l’Iran à être le principal défenseur des peuples opprimés, au premier rang desquels les Palestiniens. Cet antisionisme et cet antiaméricanisme constituent des fondements idéologiques essentiels du régime. En ce sens, ils semblent bel et bien irréductibles. On a, cependant, vu aussi que l’Iran peut faire preuve de pragmatisme comme ce fut le cas lors des négociations du JCPOA.

Multiplicité des acteurs et extrême complexité du mécanisme de prise de décision en politique étrangère

Le processus de décision en matière de politique étrangère se caractérise en Iran par l’intervention, à des degrés divers, d’une multitude d’institutions et d’organes aux compétences enchevêtrées. Les grandes lignes des relations extérieures de l’Iran sont ainsi définies par le « Conseil suprême de sécurité nationale » dont les décisions doivent recevoir l’aval du Guide. Ce « Conseil suprême » dispose d’un « Secrétaire » qui intervient lui-même dans la politique étrangère, parallèlement au président de la République et au ministre des Affaires étrangères.

Le Président Rohani a, certes, entrepris un effort de rationalisation et d’unification de la politique étrangère en supprimant le poste de vice-président pour les affaires internationales et le Secrétariat du Mouvement des non-alignés créé par le Président Ahmadinejad. Il a, en outre, obtenu du Guide suprême que les négociations dans le dossier nucléaire soient confiées au ministre des Affaires étrangères et non au Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, comme c’était le cas auparavant. À noter cependant que le Guide suprême, Ali Khamenei, s’implique personnellement dans ce dossier et est très réticent à toute concession. La maîtrise du dossier nucléaire, selon certains échos, avait été transférée du ministère des Affaires étrangères au Conseil suprême de la sécurité nationale à l’occasion de la nomination d’Ali Larijani, son secrétaire. À la lumière des mois passés, il semble que ceci ne se soit pas concrétisé. Le Conseil, comme ceci a été rappelé à diverses reprises, est le maître d’œuvre et architecte (sous la direction du Guide et de son Bureau) de la politique extérieure et le ministère des Affaires étrangères est prié de n’être que l’exécutant – il s’agit pour les durs de solder le dossier de l’ancien ministre des Affaires étrangères Zarif, dont ils ont obtenu la mise à l’écart.

Dans les faits il apparaît que les négociations nucléaires sont toujours menées par le ministre Araqchi et le moins médiatique vice-ministre Takht Ravanchi. La raison est assez évidente. Araqchi maîtrise le dossier sur le bout des doigts et c’est un redoutable négociateur. De ce fait, le Guide a sans doute estimé à juste titre qu’il serait imprudent de changer cette équipe de vieux routiers…

À cela s’ajoute le phénomène du factionnalisme, qui a aussi des conséquences en politique étrangère puisque les diverses factions qui se disputent le pouvoir en Iran ne sont pas d’accord sur l’attitude internationale que doit adopter le pays. Ces différends entre factions ont non seulement un aspect politique et idéologique (l’isolement favorise toujours les radicaux), mais aussi une importante dimension économique, puisque les groupes qui contrôlent les réseaux de contrebande ont tout à gagner d’un maintien des sanctions internationales. Le Guide suprême doit donc arbitrer entre ces factions et trouver un compromis qui satisfasse tout le monde, ou du moins qui ne porte pas atteinte de manière trop flagrante aux intérêts jugés essentiels par l’un ou l’autre groupe du premier cercle du pouvoir. Les solutions de consensus ainsi trouvées sont donc très souvent davantage dictées par le rapport de force du moment en Iran que par une volonté de défendre, de manière cohérente et structurée, la position iranienne.

Au-delà de la multitude d’institutions à l’intérieur du pays, le Président et le gouvernement doivent aussi tenir compte d’autres acteurs institutionnels iraniens qui agissent directement à l’extérieur du pays, tels que les Gardiens de la révolution ou le clergé chiite. Ces réseaux transnationaux constitués d’une part par les religieux chiites et, d’autre part, par la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution ont certes permis à l’Iran d’exercer une influence sur certains pays, dont le Liban et l’Irak, sans commune mesure avec celle dont Téhéran disposerait en se limitant à l’action diplomatique traditionnelle. Le fait cependant que ces instances parallèles agissent de manière autonome, en dehors du contrôle du gouvernement et sans parfois l’en informer, contribue indéniablement à l’absence d’unité de la politique étrangère iranienne.

Tout ce qui précède explique donc que l’Iran semble souvent poursuivre des objectifs incompatibles et que, si la défense des intérêts nationaux permet d’expliquer pour partie la politique extérieure de l’Iran, dans de nombreux autres cas, les autorités iraniennes, tiraillées entre les intérêts divergents des factions au pouvoir, aveuglées par leur obsession de l’encerclement, hantées par les traumatismes du passé, handicapées par un mécanisme de prise de décision lent et tortueux et concurrencées sur le terrain par des acteurs autonomes, mettent parfois en œuvre une politique étrangère contradictoire et qui, dans certains cas, confine à l’incohérence.

La République islamique partage des frontières avec des aires culturelles très dissemblables et doit donc déployer sa politique étrangère régionale dans quatre directions différentes : les pays arabes de la région (Irak, pays du Golfe et Levant), les voisins du Nord-Ouest (Turquie et Transcaucasie), le Nord-Est (Asie centrale) et le flanc oriental (Afghanistan et Pakistan). Au-delà de sa politique à l’égard de son voisinage immédiat, l’Iran essaie également de se profiler comme une puissance sur la scène internationale, et essaie de développer sa politique étrangère au-delà de la région, en essayant de nouer des liens avec les pays d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine. Quant aux relations avec les pays de l’UE, l’Iran est tiraillé entre la volonté d’ouverture de la majorité de la population et de la frange réaliste du régime, d’un côté, et les réticences prononcées du noyau dur du régime, de l’autre. La politique à l’égard des États-Unis, elle, n’a pas énormément varié, à une exception près : le dossier nucléaire, dans le cadre duquel des contacts directs ont eu lieu, ce qui a suscité un intense débat en Iran.

L’Iran a récemment adhéré aux BRICS+ et à l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), l’ancien président Raïssi qualifiant l’adhésion à l’OCS de « geste stratégique et de succès diplomatique incontestable ». Toutefois, au-delà de la rhétorique de « soft balancing » par rapport aux États-Unis on ne voit pas pour le moment les avantages diplomatiques et géopolitiques d’une telle adhésion pour l’Iran, supposée sortir le pays de son isolement.

Le diplomate occidental est amené, à différentes occasions, à négocier avec le régime iranien, dans un cadre multilatéral ou bilatéral. À la lumière de tout ce qui précède, voici ce qu’il doit savoir.

Négocier avec l’Iran : trois erreurs à ne pas commettre

Une négociation soumise à des délais très stricts (deadlines)

En imposant aux Iraniens des dates-butoirs au-delà desquelles ils s’exposent à un redoublement des pressions et des sanctions, les Américains ont une approche antagoniste. En Iran, on répugne à la précipitation. On associe la lenteur à la patience. La lenteur incarne la noblesse d’une administration plurimillénaire, la majesté des institutions. Tenter de bousculer le rythme tranquille de la négociation diplomatique est contre-productif.

Imposer une négociation directe

En Iran, on préfère la négociation oblique, indirecte, via des intermédiaires. Les Américains ont tout intérêt à passer par des intermédiaires, comme le Qatar ou Oman. Par ailleurs, le langage direct et souvent agressif de Donald Trump est aux antipodes de la manière de communiquer des Iraniens. Les chiites, pour survivre dans un environnement hostile (l’Iran a souvent été envahi dans son histoire), ont dû longtemps masquer leur foi religieuse, ce que l’on appelle la taqiya (dissimulation, en arabe). D’où une culture du secret, un culte du langage indirect, allusif. Les négociateurs iraniens pratiquent les discours à demi-mot, ce qui est totalement à l’opposé du style direct et sans ambages des Américains.

Ne pas comprendre l’amour de la rhétorique

On ne peut pas reprocher aux Américains de ne pas connaître la littérature persane mais elle est révélatrice de l’univers mental des Iraniens : fleurie, emphatique même, pleine de circonvolutions. On est donc très loin des tweets de 280 caractères, concis et souvent brutaux. D’où l’incompréhension des Iraniens quand on leur reproche de faire durer les négociations en longueur. Pour eux, rien de substantiel ne peut être dit si on ne passe pas par toutes les nuances de la rhétorique. Ils en conçoivent une forme de supériorité vis-à-vis des Occidentaux qui s’expriment avec un vocabulaire réduit et schématique. Mais combien de négociateurs occidentaux parlent le persan ?

Conclusion

Faut-il s’attendre à des changements ou ce système est-il appelé à durer ? Selon un analyste, il s’agit d’un régime théocratique et révolutionnaire dont les éléments de continuité sont remarquables, même s’il existe différentes phases politiques dans l’histoire de la République islamique : une phase très courte dite démocratique du « printemps de la révolution de 1979 », un État aux ambitions totalitaires (1981-1989), une phase thermidorienne (1989-2005) et, depuis 2005, le retour à un régime théocratique décomplexé. Rien n’indique a priori que ce régime soit près de s’éteindre. D’aucuns imaginent que le régime iranien évoluera vers une forme de théocratie militaire. Si l’impact des sanctions américaines provoque des troubles internes, on peut craindre une radicalisation du régime. On pourrait cependant tout aussi bien concevoir un mouvement de la même ampleur que celui des aspirations de l’ensemble de la société seraient prises en compte. L’Iran est entré dans une phase post-révolutionnaire, qui a généré des attentes et une volonté de changement. Pourraient y contribuer une jeunesse nombreuse et éduquée, une société civile en cours de gestation, des comportements électoraux qui savent utiliser les espaces de liberté. Au cœur de cette aspiration il y a la notion de dignité (keramat en persan), c’est-à-dire la volonté de décider soi-même de son avenir sans se le voir dicté de l’extérieur, comme ce fut souvent le cas aux XIXe et XXe siècles. ♦

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