Après quatre ans de guerre et malgré 1,2 million de pertes et environ 20 % du territoire ukrainien occupé, la Russie n’a pas atteint ses objectifs (capitulation, changement de régime). L’Ukraine résiste, transformée en nation unie, tandis que l’Europe, réveillée, réarme face à la menace russe et aux ambiguïtés américaines. Un conflit qui a redessiné les équilibres géopolitiques, au prix d’une brutalité inouïe.
Éditorial – 4 ans de guerre en Ukraine : le fiasco de Poutine (T 1805)
Image générée à l'aide de l'IA (farhan / Adobe Stock)
Editorial —Four years of war in Ukraine: Putin's fiasco
After four years of war, and despite 1.2 million casualties and the occupation of approximately 20% of Ukrainian territory, Russia has not achieved its objectives (capitulation, regime change). Ukraine resists, transformed into a united nation, while Europe, awakened, is rearming in the face of the Russian threat and American ambiguities. A conflict that has reshaped the geopolitical balance, at the cost of unprecedented brutality.
Le 24 février 2022, mon téléphone vibre dans la nuit : BFM TV m’appelle pour m’annoncer que la Russie attaquait l’Ukraine et que la chaîne passait en édition spéciale à 6 h. Une stupeur généralisée, un sentiment de saut dans l’inconnu, des images de bouchons géants, les habitants de Kyiv cherchant à fuir au plus vite face à l’invasion russe ; la guerre sur le continent européen et la quasi-certitude que l’Ukraine allait connaître le triste sort de Budapest en 1953 ou de Prague en 1968, avec une Europe impuissante.
Vladimir Poutine était persuadé de sa victoire rapide et qu’il mettrait l’Occident devant le fait accompli. Il tenait enfin sa revanche pour effacer l’humiliation du 9 novembre 1989, quand le Mur de Berlin fut abattu par la contestation de la population est-allemande. Vladimir Poutine, trentenaire, était alors en poste pour le KGB à Dresde.
Pour le Tsar du Kremlin, l’objectif était simple : la capitulation de l’Ukraine, le changement de régime et la réintégration de ce « non-pays » dans l’orbite russe ; un État satellite comme au bon vieux temps de l’URSS. Las, rien n’a fonctionné comme prévu. Après quatre ans d’une guerre de haute intensité, avec des pertes évaluées à environ 1,2 million de soldats (tués, blessés, disparus, prisonniers…), Moscou ne parvient pas à gagner son « opération spéciale militaire ». Certes, les forces russes occupent environ 20 % du territoire ukrainien, bombardent toutes les nuits des cibles civiles, avec plus de 15 000 civils tués en quatre ans, mais pour quel but ? Les Ukrainiens tiennent et résistent. La ligne de front est quasi figée, avec des grignotages de quelques centaines de mètres çà et là sur une ligne de front d’environ un millier de kilomètres. L’omniprésence des drones et de la guerre électronique a transformé ce front en un no man’s land quasi infranchissable.
La rupture du front exigerait de la part de la Russie une mobilisation conséquente de forces au printemps. Cela n’est pas à exclure, mais Moscou en a-t-il encore les moyens ? Car, quoiqu’il arrive, l’Ukraine ne cédera pas. Après quatre ans d’une guerre du XIXe siècle dans son objectif de conquête territoriale, du XXe siècle dans sa brutalité et son intensité et du XXIe siècle pour l’accélération technologique, même en cas de cessez-le-feu et d’un processus de paix, l’Ukraine ne reviendra pas dans l’orbite russe. Au mieux connaîtrions-nous une paix glaciale.
Pour les Européens, tout a changé depuis quatre ans. Le temps des dividendes de la paix s’est définitivement effacé. L’heure est au réarmement face à la menace russe qui s’exprime sous forme de guerre hybride, Moscou et ses affidés sachant très bien cibler chaque pays européen pour cliver les opinions publiques, diviser l’Union européenne (UE), manipuler les processus électoraux, appuyer des soi-disant patriotes réclamant haut et fort une paix bâclée et prétendant que l’avenir est à une alliance avec la Russie.
À cette incertitude stratégique, appuyée régulièrement par la menace nucléaire, s’est ajoutée le chaos provoqué et assumé par l’administration Trump depuis désormais plus d’un an, alternant le chaud et le froid avec l’Ukraine et l’Europe. Entre le discours du vice-président J. D. Vance, il y a un an à la Conférence pour la sécurité de Munich et le sommet d’Anchorage en août dernier, la question s’est posée de savoir vers qui Washington penchait. Vers Poutine ? La réponse reste toujours ambigüe. L’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, s’est rendu à huit reprises à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine ; il n’est jamais allé à Kyiv, allant même reprocher à Voldymyr Zelensky de défendre son pays et de ne pas accepter les termes de la reddition voulue par Moscou et portée par Washington.
Vladimir Poutine a semé le chaos et n’a pas récolté grand-chose depuis quatre ans. Certes, le narratif du Kremlin est de faire croire que la Russie gagnera inexorablement et obligera à la capitulation, mais la réalité est toute autre. Certes, il y a déjà des compromissions par ceux qui voudraient retrouver le business as usual avec Moscou, sans parler des États-Unis de Donald Trump, il faut évoquer la lâcheté de la FIFA et du Comité international olympique (CIO) où l’argent est roi et qui souhaitent réintégrer au plus vite la Russie. Certes, les opinions publiques se lassent d’un conflit interminable et sans solution. Certes, le coût du soutien à l’Ukraine est élevé et exigeant pour les Européens, mais il y va de l’avenir de notre sécurité.
Quatre ans d’une guerre qui a changé à jamais la configuration de l’Europe, a créé une véritable nation ukrainienne, a montré que le courage d’une nation est la condition essentielle pour se défendre.
Quatre ans d’une guerre qui nous oblige à voir la réalité d’un monde brutal où le rapport de force est devenu la règle au détriment du droit international, où les empires prédateurs se partagent le reste du monde, où la démocratie semble désemparée et méprisée par les hommes forts comme Xi Jinping ou Vladimir Poutine.
Quatre ans d’une guerre idéologique voulue et assumée par un dirigeant russe nostalgique de l’URSS.
Quatre ans d’une guerre pour les enfants ukrainiens dont 684 ont été tués par les frappes russes et plus de 2 000 blessés. ♦
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