L’Iran est devenu l'épicentre d’un séisme géopolitique. Depuis le 28 février 2026, les frappes américano-israéliennes et les répliques iraniennes ont plongé la région dans une guerre de haute intensité : détroit d’Ormuz bloqué, pétrole à +200 %, Liban déstabilisé par le Hezbollah… Malgré l’élimination de Khamenei, Téhéran résiste, exploitant ses proxys et une base chiite fidèle. Donald Trump et Benjamin Netanyahou misent sur une victoire éclair, mais risquent l’enlisement face à un régime aguerri.
Éditorial – La semaine qui a changé le monde
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Editorial —The week that changed the world
Iran has become the epicenter of a geopolitical earthquake. Since February 28, 2026, US-Israeli strikes and Iranian retaliation have plunged the region into a high-intensity war: the Strait of Hormuz is blocked, oil prices have risen by 200%, and Lebanon is destabilized by Hezbollah. Despite the elimination of Khamenei, Tehran is resisting, exploiting its proxies and a loyal Shiite base. Donald Trump and Benjamin Netanyahu are counting on a swift victory, but risk getting bogged down against a seasoned regime.
Déjà aux lendemains du 24 février 2022 avec le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et d’une « opération spéciale militaire » qui ne devait durer que quelques semaines, les équilibres en Europe étaient bousculés avec la fin des « dividendes de la paix » qui avaient bercé les Européens durant trois décennies dans une douce euphorie et un désarmement plus ou moins totale. Le réveil a été pénible mais est devenu peu à peu une réalité avec une reprise des investissements dans la défense et la prise de conscience que le monde avait changé et était devenu instable et dangereux.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a accéléré le processus d’autant plus que ce dernier n’a pas fait grand cas des Européens, les a régulièrement méprisés, voire humiliés comme sut le faire son vice-président J. D. Vance lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025.
L’année 2026 a démarré sur les chapeaux de roues avec l’opération spectaculaire au Venezuela début janvier ayant permis la capture de Nicolas Maduro et de son épouse par un raid spectaculaire, dont les motivations restent peu claires puisque, visiblement, Washington s’accommode très bien des nouveaux maîtres de Caracas, tous issus du premier cercle de Nicolas Maduro… Dans la foulée, Donald Trump a cru pouvoir faire de même au Groenland avec, là encore, des motivations confuses, obligeant les Européens à une réaction forte et déterminée ; mais la crise fut chaude pour des terres glaciales.
Le mois de février a été marqué par la montée en tension autour de l’Iran, dont le programme nucléaire est une réalité, malgré la guerre des 12 jours en juin dernier, qui était censée mettre fin au projet iranien autour de la bombe. Montée en tension après un soulèvement de la population iranienne en janvier marquée par une terrible répression de la part du régime des Mollahs, luttant depuis 47 ans pour s’assurer de sa pérennité, au prix de la répression de son opinion publique régulièrement martyrisée.
Le déclenchement des frappes samedi 28 février par les États-Unis et Israël a provoqué une forte sidération. Certes, le dispositif militaire n’avait cessé d’augmenter avec notamment deux groupes aéronavals de l’US Navy, un renforcement constant des capacités militaires américaines au Proche et Moyen-Orient. Cependant, des négociations par l’intermédiaire du sultanat d’Oman pouvaient laisser croire à une option diplomatique, même si les termes d’un accord auraient passé sous silence les aspirations d’un changement de régime souhaité par les Iraniens.
Passé le choc, dix jours d’une guerre de haute intensité ravagent désormais le Proche et Moyen-Orient, de la mer d’Arabie à la Méditerranée, impliquant près d’une quinzaine de pays de la région. Chypre, membre de l’Union européenne, a été touché. Le détroit d’Ormuz est quasi bloqué, avec toutes ses conséquences sur le trafic maritime, pourtant essentiel au commerce mondial. Le prix du baril de pétrole s’est envolé en l’espace d’une semaine, plongeant le monde dans l’inquiétude d’un choc économique de grande ampleur. Téhéran résiste et agresse ses voisins, pourtant interlocuteurs réguliers des autorités du régime des Mollahs. Le Hezbollah libanais, proxy de Téhéran, en frappant Israël, a ouvert un deuxième front donnant à Tel Aviv l’argument pour déclencher une opération de grande ampleur, au risque de déstabiliser le Liban, déjà si fragile, mais qui semblait sur la voie d’une possible reconstruction.
Les frappes aériennes se sont succédé, avec un succès initial incroyable marqué par l’élimination du Guide suprême, le très détesté Ali Khamenei. Pour autant, le pouvoir iranien bien que partiellement décapité, continue à exercer son pouvoir de nuisance et de déstabilisation. Washington entretient l’illusion d’une campagne qui se déroule comme prévu où les succès militaires ne cessent de s’allonger. Le problème reste toutefois l’objectif politique. Donald Trump exige la capitulation inconditionnelle d’un régime, certes terroriste, mais qui conserve encore une base solide dans une partie de l’opinion publique iranienne, notamment chez les chiites ; exigence d’une capitulation qui rappelle, hélas, les termes employés par Vladimir Poutine à l’égard de l’Ukraine, qui continue à résister avec brio après plus de quatre ans de guerre.
Il est difficile de prévoir les jours à venir. Combien de temps le régime des Mollahs peut-il tenir dans sa capacité de nuisance ? Quels impacts sur l’économie mondiale avec le risque d’une récession brutale ? Quelle sortie de crise avec un changement de régime, ou non, à Téhéran ? Quelles conséquences humanitaires pour le Liban, impliqué contre son gré dans cette guerre ? Quelles marges d’action pour l’Europe afin d’essayer de contribuer à la désescalade d’un conflit plus que régional ?
À titre personnel, je vois une similitude avec la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Une brèche dans la nuit permettant aux Est-Allemands d’aller à Berlin-Ouest. Un effondrement du système soviétique que personne ne pouvait entrevoir le matin du 10 novembre. Qu’en sera-t-il du Proche et Moyen-Orient demain ? Très certainement, un tremblement de terre géopolitique majeur… ♦






