Après 46 jours de guerre, l’Iran résiste, l’économie mondiale suffoque et l’Otan se fracture. Donald Trump, surestimant sa force, n’a ni changé le régime ni libéré le peuple iranien. L’Europe, fragilisée, doit repenser sa sécurité sans les États-Unis, tandis que la France, malgré ses faiblesses budgétaires, doit émerger comme un leader.
Éditorial – Le nouveau « dés-ordre » du monde (T 1820)
Editorial —The new "dis-order" of the world
After 46 days of war, Iran is holding out, the global economy is suffocating, and NATO is fracturing. Donald Trump, overestimating his strength, has neither changed the regime nor liberated the Iranian people. Europe, weakened, must rethink its security without the United States, while France, despite its budgetary weaknesses, must emerge as a leader.
Le président américain n’a cessé de vanter son nouvel ordre mondial, se targuant de ses succès et de sa victoire contre l’Iran. Au point de critiquer avec ardeur le pape Léon XIV et ses nombreux messages pour la paix par la diplomatie et non par les armes. Communiquant à longueur de journée, sauf durant le week-end suivant la destruction d’un avion F 15 et la course contre la montre pour récupérer le second membre de l’équipage, Donald Trump estime que le nouvel ordre du monde qu’il a engendré est à la hauteur de ses ambitions et qu’il a enfin « ressuscité » les États-Unis.
Force est de constater que, quarante-six jours après le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le compte est loin d’être positif. Certes, l’appareil militaire iranien est très affaibli, mais le régime a survécu ; régime qui a exécuté 1 639 personnes en 2025 – un record sinistre depuis la révolution islamique de 1979 –, et qui se sent re-légitimé après plus d’un mois de bombardements. Au Liban, le Hezbollah, fidèle allié des mollahs, a précipité le pays dans le chaos et la misère, alors même que sa situation était déjà très fragile. Tandis que le blocage du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz précipite le monde dans une crise de l’énergie sans précédent et aux conséquences dramatiques, en particulier pour le Sud-Est asiatique très dépendant des hydrocarbures provenant du Golfe. La pénurie de kérosène pour l’aviation devient peu à peu une réalité et pourrait bientôt toucher l’Europe. Le coup de frein sur la croissance et le retour de l’inflation risquent de pénaliser nos économies.
Alors que le blocus naval de l’US Navy se met en place, la question de la stratégie militaire est directement posée. Quelle est-elle, en l’absence de stratégie politique clairement définie ? C’est bien la difficulté que doit affronter la Maison Blanche par manque de clairvoyance et d’anticipation. Comme pour la Russie de Vladimir Poutine – mais avec la différence fondamentale que le Kremlin était derrière son Tsar – là encore, le pouvoir politique, en l’occurrence Donald Trump, a surestimé ses forces et sous-estimé l’adversaire. Faute majeure qui se paye cher. Et ce n’est pas la décapitation surprise du 28 février qui a fait capituler le régime iranien, organisé pour résister quoiqu’il en coûte. Il est donc bien difficile aujourd’hui de pouvoir identifier des scénarios précis de sortie de crise. Washington était persuadé d’une capitulation. Il n’en sera rien, mais pour autant, Téhéran a vu son appareil militaro-industriel très fortement détruit. Les objectifs initiaux dont le changement de régime et la liberté pour le peuple iranien ne sont plus atteignables. Il faut donc rester très prudent quant aux résultats des négociations à venir, entre l’impatience trumpienne américaine et la patience hypocrite iranienne.
Par ailleurs, il faut bien admettre que la rupture est consommée au sein de l’Otan, entre les États-Unis et les autres membres. Il va falloir maintenant en mesurer toutes les conséquences et comprendre que les temps ont définitivement changé ; et que la France, malgré des finances publiques fragiles, est, de fait, en position de leader, avec ses partenaires britanniques. Un chantier complexe s’érige entre l’urgence de la guerre en Iran et au Liban, le soutien à l’Ukraine face à une Russie hostile, le besoin de redéfinir une architecture de sécurité européenne crédible avec un partenaire américain pour le moins fantasque.
À défaut d’ordre mondial, c’est bien le « dés-ordre » mondial qui domine. En attendant les prochaines rodomontades de la Maison Blanche. ♦
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