Auteur : Serge Gadal

Docteur en histoire (École pratique des Hautes Études), ancien directeur de séminaire au Collège interarmées de Défense (« Géopolitique des espaces aériens ») et directeur de travaux à l'École de Guerre. Il est l’auteur de Forces Aériennes Stratégiques (Economica, 2009) et Théories américaines du bombardement stratégique (Astrée, 2015).

98 résultats (22 articles - 1 Tribune - 75 e-Recensions)

Recension - 17-01-2022

Marc Ambroise-Rendu, Paris en guerre, 1914-1919 – Comment la capitale a géré le conflit et la victoire - Économica, 2020 ; 352 pages. - Serge Gadal

Marc Ambroise-Rendu, Paris en guerre, 1914-1919 – Comment la capitale a géré le conflit et la victoire
- Économica, 2020 ; 352 pages.

Paris est « le cœur – au moins politique et symbolique – du système de défense de la nation », nous explique Marc Ambroise-Rendu qui évoque dans son ouvrage la vie dans la capitale en guerre, de l’attentat de Sarajevo à la signature du traité de Versailles. Le début est connu. Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914 au soir par Raoul Villain, un étudiant nationaliste de vingt-neuf ans qui sera acquitté en 1919. Le lendemain la mobilisation générale est ordonnée pour le 2 août. L’exode des Parisiens commence vers la province. Les collections du Louvre sont évacuées à Toulouse. Le gouvernement part à Bordeaux. Lire la suite

Recension - 13-01-2022

Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise : VIe-XXIe siècle - Collection « Références », Belin, 2021 ; 680 pages. - Serge Gadal

Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise : VIe-XXIe siècle
- Collection « Références », Belin, 2021 ; 680 pages.

Il se forme très tôt en Italie, dès le XIIIe siècle, une sorte d’opinion commune admirative à propos du régime politique vénitien, avec des institutions qui résisteraient aux crises et des élites politiques qui parviendraient à durer. Modèle évident de bon gouvernement, les contemporains relevaient notamment le fait qu’elle fut l’une des seules villes libres italiennes à avoir résisté au choc des guerres d’Italie. Émergeant au Xe siècle, la république de Venise ne disparaît en effet qu’en 1797 à la suite de l’entrée des troupes françaises de Bonaparte. Cette stabilité n’en fait pas nécessairement un système politique moins « démocratique » que celui qui régit la plupart des communes italiennes. En effet, nous explique Élisabeth Crouzet-Pavan, auteur de ce magnifique volume illustré sur l’histoire de cette vieille république adriatique, « il n’est pas certain que le regimen, c’est-à-dire le groupe de ceux qui pouvaient participer à la vie politique, ait été plus large dans la Florence « populaire » que dans la Venise « aristocratique ». Lire la suite

Recension - 11-01-2022

Arnaud Blin, Les Conquérants de la steppe – D’Attila au khanat de Crimée – Ve-XVIIIe siècle - Passés Composés, 2021 ; 368 pages. - Serge Gadal

Arnaud Blin, Les Conquérants de la steppe – D’Attila au khanat de Crimée – Ve-XVIIIe siècle
- Passés Composés, 2021 ; 368 pages.

Outre les Turcs et les Mongols, les Iraniens (Scythes, Sarmates et Alains) sont le troisième peuple à lancer des armées de cavaliers-archers contre les populations sédentaires d’Europe ou d’Asie. À terme, toutefois, les cavaliers iraniens se sont vus rapidement absorbés par les sociétés sédentarisées. Les grands empires nomades sont donc soit turcs, soit mongols. C’est leur histoire que nous raconte ici Arnaud Blin. L’histoire des conquérants de la steppe se conjugue essentiellement à travers celle de quelques chefs emblématiques : Attila, Alp Arslan, Gengis Khan, Kubilaï Khan, Tamerlan, Toktamitch, Babur… En effet, en l’absence d’un État constitué et d’institutions pérennes, les empires des steppes ne pouvaient s’articuler qu’autour d’individus d’exception capables de fédérer ces peuples belliqueux, et constamment en guerre les uns avec les autres, autour d’un projet militaire ou politique commun. Le découpage du livre tient compte à la fois de ces grandes figures, et des peuples ou coalitions de peuples qu’ils dirigèrent. Lire la suite

Recension - 16-12-2021

Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte (dir.), La Guerre d’Indochine. Dictionnaire - Perrin et ministère des Armées, 2021 ; 1008 pages. - Serge Gadal

Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte (dir.), La Guerre d’Indochine. Dictionnaire
- Perrin et ministère des Armées, 2021 ; 1008 pages.

La guerre d’Indochine est une guerre longue (plus de neuf années) qui se déroule à 12 000 kilomètres de la métropole dans des conditions climatiques, topographiques et humaines souvent difficiles. Elle repose sur le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) aux moyens chichement limités par tous les gouvernements qui se succèdent au pouvoir depuis 1945. Il existait déjà deux dictionnaires s’intéressant à la guerre d’Indochine, mais leurs ambitions étaient beaucoup plus modestes que celui-ci. Ce gros ouvrage (plus de 1 000 pages) est l’œuvre d’une cinquantaine de chercheurs, civils et militaires, qui ont en commun d’être, chacun dans son domaine de compétence, des spécialistes de ce conflit quelque peu oublié aujourd’hui. Leur ambition ici est de faire véritablement œuvre scientifique en rassemblant en un seul volume toutes les connaissances les plus récentes sur un thème dont l’historiographie a largement évolué depuis une vingtaine d’années. Lire la suite

Recension - 13-12-2021

Jean Tulard (dir.), L’Europe au temps de Napoléon - Éditions du Cerf, 2020 ; 640 pages. - Serge Gadal

Jean Tulard (dir.), L’Europe au temps de Napoléon
- Éditions du Cerf, 2020 ; 640 pages.

Dans une Europe de 167 millions d’habitants, l’Empire napoléonien à son apogée englobe 44 millions de sujets et les États vassaux de la France 38 millions. Jusqu’en 1814, la moitié de l’Europe se trouve donc soumise à l’Empereur (essentiellement l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, les Pays-Bas et la Pologne). « Durant deux décennies, la France a ainsi dominé l’Europe. Une suprématie qui s’explique par le poids de la démographie de notre pays, l’universalité de sa langue, le caractère national de ses armées, ses innovations techniques… On parle de la “Grande nation”, puis du “Grand Empire”. Rome, Bruxelles, Hambourg, Cologne, Amsterdam sont françaises en 1811 », nous rappelle Jean Tulard, le maître d’œuvre de ce gros ouvrage collectif, dont les neuf auteurs (qui incluent notamment les historiens Jacques Godechot et Jean Béranger) évoquent et analysent tous les aspects de la domination française en Europe, mais aussi la vie politique et l’économie des différentes nations européennes (au sens large, car incluant la Russie). Lire la suite

Recension - 26-11-2021

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Les Maréchaux de Staline - Perrin, 2021, 544 pages. - Serge Gadal

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Les Maréchaux de Staline
- Perrin, 2021, 544 pages.

Fin décembre 1917, les dirigeants bolcheviques abolirent les grades militaires, les dignités, les épaulettes et les décorations de l’ancien régime. Jusqu’en 1935, l’Armée rouge ne comptait plus ainsi dans son encadrement que des « commandants » de différents niveaux : kombrig (commandant de brigade), komdiv (commandant de division), etc. Dans ce système la fonction primait le rang. Un décret du 22 septembre 1935 réinstaura les grades militaires, mais seulement à partir des lieutenants jusqu’aux colonels. Les généraux attendront 1940… Ce qui n’empêchera pas Staline de nommer la même année ses cinq premiers maréchaux : Vorochilov, Boudienny, Egorov, Bliukher et Toukhatchevski. Il faut noter que, comme dans l’armée allemande, et à la différence de la nôtre, en Russie le maréchalat représente un grade autant qu’une dignité. Lire la suite

Recension - 05-11-2021

Jean Verdon, Étonnant Moyen Âge - Perrin, 2021 ; 368 pages. - Serge Gadal

Jean Verdon, Étonnant Moyen Âge
- Perrin, 2021 ; 368 pages.

« En étudiant des cas particuliers, on peut atteindre l’universel. » Jean Verdon applique cette maxime scolastique à son domaine d’étude, le Moyen Âge, et remet en question, chemin faisant, une cinquantaine de lieux communs relatifs à cette période. Nous n’en évoquerons ici, bien évidemment, que quelques-uns. La vie quotidienne tout d’abord. La nourriture est, comme on s’en doute, répartie de façon inégalitaire dans la société de l’époque. Si les milieux aisés et les ecclésiastiques bénéficiaient de plus de 5 000 calories par jour, le petit peuple se contente quant à lui de pain et de légumes. Par contre, le vin et la vigne sont omniprésents. La consommation moyenne quotidienne de vin s’élève à deux litres. Elle concerne d’ailleurs les hommes comme les femmes ! La ration quotidienne de vin allouée aux religieuses du monastère de La Celle s’élève ainsi à 1,40 litre. Au niveau micro-économique, pour la population, le vin représente finalement le poste de dépenses le plus important. Lire la suite

Recension - 27-09-2021

Général Henri Bentégeat, Les Ors de la République – Souvenirs de sept ans à l’Élysée - Perrin, 2021, 224 pages. - Serge Gadal

Général Henri Bentégeat, Les Ors de la République – Souvenirs de sept ans à l’Élysée
- Perrin, 2021, 224 pages.

Le général Henri Bentégeat a rejoint l’État-major particulier (EMP) du président Mitterrand le 4 mai 1993 en tant qu’adjoint Terre. Après un bref interlude aux Antilles, il est devenu ensuite le chef de celui de son successeur Jacques Chirac de 1999 jusqu’en 2002, avant de terminer sa carrière militaire comme chef d’état-major des armées (Cema). Son témoignage nous fait partager ces sept années passées, dans l’ancien bureau de Murat, aux côtés de deux chefs d’État qui ont certainement marqué leur époque. Époque éprouvante s’il en est, car ce fut celle des guerres dans l’ex-Yougoslavie, du Rwanda, de l’intervention en Côte d’Ivoire, de la crise irakienne au moment de la seconde guerre du Golfe, mais ce fut aussi l’époque des grandes décisions : la fin des essais nucléaires, de l’abandon du plateau d’Albion et de la fin du service militaire. On trouvera dans ces mémoires peu de révélations, devoir de réserve oblige, mais un certain nombre de réflexions et de témoignages précieux sur l’exercice du pouvoir sous la Ve République. Lire la suite

Recension - 18-08-2021

Stéphane Bourdin et Catherine Virlouvet, Rome, naissance d’un empire. De Romulus à Pompée, 753-70 av. J.-C. - Collection Mondes Anciens, Belin, 2021, 800 pages. - Serge Gadal

Stéphane Bourdin et Catherine Virlouvet, Rome, naissance d’un empire. De Romulus à Pompée, 753-70 av. J.-C.
- Collection Mondes Anciens, Belin, 2021, 800 pages.

La période embrassée dans ce nouveau volume de la magnifique collection « Mondes Anciens » chez Belin est vaste : près de sept siècles séparent la fondation de Rome (en 753 av. J.-C. selon la tradition) du consulat de Pompée en l’an 70 de notre ère. Une grande partie de cette période, de 509 à 27 av. J.-C., relève de la République romaine. Si les auteurs n’ont pas choisi comme butée cette date de 27 av. J.-C. c’est afin de mettre l’accent sur l’expansion romaine, thème dominant de l’ouvrage. L’année 70 voit en effet l’enregistrement au nombre des citoyens romains de tous les Italiens et marque donc la fin de la conquête, en Italie tout au moins, et pratiquement sur tout le pourtour méditerranéen. Lire la suite

Recension - 09-08-2021

Rémi Monaque, Trafalgar, 21 octobre 1805 - Passés Composés, 2021 ; 400 pages. - Serge Gadal

Rémi Monaque, Trafalgar, 21 octobre 1805
- Passés Composés, 2021 ; 400 pages.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, « décrire la bataille de Trafalgar deux cent ans après son déroulement n’est pas chose facile [nous avertit l’amiral Rémi Monaque dont l’ouvrage de référence sur la bataille vient enfin d’être réédité]. La multitude des récits et témoignages dont on dispose complique la tâche [poursuit-il], tant il est malaisé pour beaucoup d’entre eux d’y démêler l’histoire de la légende ». Dans l’histoire de la pensée navale, l’événement tient une place très importante. Sur le plan stratégique beaucoup moins car, contrairement à ce que l’on peut lire parfois, Trafalgar n’a pas sauvé la Grande-Bretagne d’une invasion française, le projet de débarquement ayant été abandonné bien avant. Dès le 23 août, Napoléon décide en effet de lever le camp de Boulogne et de marcher sur Vienne avec la Grande Armée, abandonnant ainsi son « Grand Dessein », la conquête de l’Angleterre. Le 31 octobre, Napoléon est déjà en Autriche et conduit la campagne qui culminera le 5 décembre avec le triomphe d’Austerlitz. Trafalgar représente donc selon les mots de l’amiral Monaque une « tragédie inutile »… Lire la suite

Recension - 05-08-2021

Florent Quellier (dir.), Histoire de l’alimentation – De la Préhistoire à nos jours - Belin, 2021 ; 800 pages. - Serge Gadal

Florent Quellier (dir.), Histoire de l’alimentation – De la Préhistoire à nos jours
- Belin, 2021 ; 800 pages.

C’est autour de la production et du contrôle de la nourriture que se sont originellement organisés tous les groupes humains, à travers les tabous alimentaires, les périodes de jeûne, les rituels culinaires ou les rites d’abattage. Les denrées alimentaires sont évidemment choisies en fonction de leur disponibilité et de critères économiques, mais aussi selon « des raisonnements diététiques et des références symboliques propres à une culture et à un milieu social ». L’acte de manger (et de boire) est ainsi un « fait social total » pour reprendre le concept de Marcel Mauss. Cette nouvelle Histoire de l’alimentation, s’inscrit donc dans les pas d’une histoire culturelle redevable aux apports des autres sciences humaines et sociales. Ce livre richement illustré ouvre une nouvelle collection chez Belin, intitulée « Références » et qui portera sur « des thématiques historiques majeures inscrites dans la longue durée ». Lire la suite

N° 842 Été 2021 - Renseigner au XXIe siècle : hier ne meurt jamais ? - Recensions - p. 152-154

À qui profite le djihad ? - Serge Gadal

L’émergence de l’organisation qui s’est autoproclamée « État islamique » (ou plus succinctement ici EI) a donné lieu dès le début à des controverses sans fin. Née de la destruction, mal gérée, du régime de Saddam Hussein en 2003, et du licenciement des cadres du parti Baath et des membres de son armée, cette organisation a bénéficié initialement, on s’en souvient, d’une étrange mansuétude de la part de l’Administration américaine, laquelle en rendait responsable le « manque de souplesse » du gouvernement irakien à dominante chiite. Xavier Raufer ne s’inscrit pas ici dans cette ligne et ne s’intéresse guère dans son dernier ouvrage à la tolérance occidentale dont a bénéficié l’organisation, mais soutient la thèse selon laquelle l’EI aurait été aidé par le régime syrien à son début, en s’appuyant notamment sur le fait que lorsqu’elle s’engage en Syrie, il combat principalement les djihadistes du Front Al-Nosra (anciennement Al-Qaïda). Dans un livre conçu comme un « travail de déchiffrement des normes et règles stratégiques moyen-orientales » – ce qui en fait tout l’intérêt ; le spécialiste du terrorisme évoque également le rôle de l’Iran. Lire la suite

Recension - 25-06-2021

Antoine Boulant,  Le Tribunal révolutionnaire. Punir les ennemis du peuple - Perrin, 2018 ; 320 pages. - Serge Gadal

Antoine Boulant,  Le Tribunal révolutionnaire. Punir les ennemis du peuple
- Perrin, 2018 ; 320 pages.

La plupart des révolutions, anciennes ou modernes, suivent un schéma assez similaire aboutissant à une épuration, de ses adversaires d’abord, puis des différentes factions de ses partisans. L’ouvrage qu’Antoine Boulant a consacré au Tribunal révolutionnaire reste ainsi parfaitement actuel en ce début de XXIe siècle, en ce qu’il décrit parfaitement les mécanismes de ce processus. Instauré pour juger les « crimes politiques », le Tribunal révolutionnaire inaugure une longue tradition nationale, annonçant les cours prévôtales de 1815, les cours martiales de Vichy, les cours de justice de la Libération et la Cour de sûreté de l’État instituée en 1963. Le grand historien qu’était François Bluche en rappelait les limites : « La justice révolutionnaire est évidemment révolutionnaire avant d’être justice. » Lire la suite

Recension - 16-06-2021

Didier Raoult, La Science est un sport de combat  - HumenSciences, 2020 ; 456 pages. - Serge Gadal

Didier Raoult, La Science est un sport de combat 
- HumenSciences, 2020 ; 456 pages.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, a priori, ce llivre du médiatique professeur Raoult n’évoque nullement la controverse pour le moins clivante que nous avons connue au printemps 2020 autour de la chloroquine et de la crise sanitaire actuelle. Il s’agit plutôt pour lui, après quelques pages autobiographiques où transparaissent sa curiosité intellectuelle, son esprit de contradiction, et son goût pour la philosophie et la littérature, de nous livrer une vaste réflexion sur les conditions nécessaires de la recherche scientifique et sur les acquis de la biologie moderne. Lire la suite

Recension - 08-06-2021

Jean-Marc Le Page, La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump - Passés Composés, 2021 ; 320 pages. - Serge Gadal

Jean-Marc Le Page, La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump
- Passés Composés, 2021 ; 320 pages.

Contrairement à ce que son titre semble suggérer, ce livre n’est pas une histoire du développement de la bombe atomique, de la dissuasion ou de la prolifération, mais une histoire des différentes crises atomiques qui se sont succédé depuis 1945, ce qui en renforce d’ailleurs l’intérêt. Une crise nucléaire se définit pour Jean-Marc Le Page comme « un moment qui met la dissuasion nucléaire à l’épreuve d’une situation de tension, qu’elle soit intentionnelle ou accidentelle ». Ces crises ont connu des durées variables de treize jours (crise de Cuba) jusqu’à plusieurs années (crise des euromissiles qui s’étend de 1979 à 1987). De 1945 jusqu’à nos jours, on peut répertorier 28 épisodes de tension particulièrement aigus, les années de guerre froide étant bien sûr les plus intenses (surtout les décennies 1950 et 1960), alors que les années 2000 sont les plus calmes. Lire la suite

Recension - 04-06-2021

Gérard Chaliand, Des guérillas au reflux de l’Occident - Passés composés, 2020 ; 656 pages. - Serge Gadal

Gérard Chaliand, Des guérillas au reflux de l’Occident
- Passés composés, 2020 ; 656 pages.

« Depuis la guerre américaine au Vietnam (1965-1973)… les Occidentaux n’ont, dans les guerres révolutionnaires, connu que des non-victoires qui sont des échecs politiques. C’est à ce reflux […] que j’ai assisté depuis plus d’un demi-siècle », nous explique Gérard Chaliand dans son ouvrage, intitulé justement Des guérillas au reflux de l’Occident. Il y fait le bilan de son itinéraire d’« observateur-participant » dans un certain nombre de guérillas depuis les années 1960. Ce terme peut intriguer même si l’auteur s’en explique brièvement (« quant au maniement des armes, l’observateur-participant n’a pas à s’en servir, sauf quand il faut rompre un encerclement où il n’y a plus, pour ceux d’en face, que des cibles »). Il s’agit à l’origine d’une méthode d’observation ethnographique visant à atteindre « la compréhension de l’autre dans le partage d’une condition commune » (Alain Touraine). Lire la suite

Recension - 01-06-2021

Isabelle Davion et Béatrice Heuser (dir.), Batailles. Une histoire des grands mythes nationaux - Belin, 2020 ; 320 pages. - Serge Gadal

Isabelle Davion et Béatrice Heuser (dir.), Batailles. Une histoire des grands mythes nationaux
- Belin, 2020 ; 320 pages.

L’Europe est à l’évidence un continent guerrier et la conflictualité traverse toute son histoire. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, environ 160 guerres et 600 grandes batailles s’y sont déroulées sur trois principaux théâtres d’opérations : l’axe Varsovie-Moscou, l’espace situé entre la Seine et le Rhin, la région située entre la Thrace et Salonique. Quelles en furent les causes ? Comme le remarque Béatrice Heuser, « les monarchies européennes ont probablement connu plus de guerres en raison de successions dynastiques contestées et de conflits religieux que pour toute autre raison ». Lire la suite

N° 841 Juin 2021 - La France, acteur stratégique ? - Recensions - p. 141-145

La Guerre. La penser & la faire - Serge Gadal

Les armées françaises sont confrontées de plus en plus fréquemment, considère Benoist Bihan dans son nouveau livre La Guerre. La penser & la faire, « au dilemme d’avoir davantage de missions stratégiques à remplir que de moyens pour les conduire simultanément dans de bonnes conditions opérationnelles et tactiques », alors que les conséquences politiques d’un revers seraient profondes. Or, « préparer des forces armées à la guerre future dans un contexte économique difficile, et ne disposer pour cela ni des effectifs ni des budgets minimaux nécessaires, est un scénario auquel les armées françaises seront très certainement confrontées d’ici peu », estime-t-il. Lire la suite

Recension - 31-05-2021

Jean-Pierre Arrignon, Une Histoire de la Russie - Perrin, 2020 ; 590 pages. - Serge Gadal

Jean-Pierre Arrignon, Une Histoire de la Russie
- Perrin, 2020 ; 590 pages.

Le dernier livre du professeur Jean-Pierre Arrignon est le résultat de cinquante années de recherches sur le monde russe, et notamment sur la Russie médiévale et l’influence byzantine. Le livre se distingue d’autres histoires de la Russie à deux égards. En premier lieu, Arrignon est parti de l’approche que les Russes se faisaient eux-mêmes de leur histoire. Ce parti pris assumé se ressent d’ailleurs souvent à la lecture du livre. En second lieu, il nous propose une « histoire globale » qui s’étend à l’art, à la littérature et à la culture en général, et qui rompt ainsi avec les approches événementielles souvent rencontrées. L’ouvrage comprend notamment quelques excellents paragraphes sur la littérature russe en son âge d’or (1860-1930). Lire la suite

Recension - 27-05-2021

Gilles Ragache, Juin 1940 - Perrin, 2020 ; 384 pages. - Serge Gadal

Gilles Ragache, Juin 1940
- Perrin, 2020 ; 384 pages.

D’un strict point de vue opératif, la bataille de France fut perdue lorsque le premier panzer allemand atteignit les côtes de la Manche, le 20 mai 1940. À la fin du mois de mai, après trois semaines de combat, l’armée française se retrouve presque seule face à la Wehrmacht. Le 28 mai, l’armée belge avait capitulé, en ayant prévenu ses alliés deux heures auparavant. Le rembarquement de l’armée britannique à Dunkerque (seules deux divisions resteront en France) et l’encerclement en Belgique de la meilleure partie de l’armée française, nous laissaient en forte infériorité numérique face à 139 divisions allemandes en ligne et 20 en réserve. Mais contrairement à ce que prétend l’historiographie anglo-saxonne qui arrête pratiquement le déroulé des opérations le 14 juin, date de l’entrée des Allemands dans Paris, l’armée française s’est battue jusqu’au bout, et même au-delà comme on le verra. C’est donc tout le mérite de Gilles Ragache de nous le rappeler dans son dernier livre, paru à l’occasion des quatre-vingts ans de la bataille de France. Lire la suite

Recension - 26-05-2021

Jacques-Olivier Boudon, Les Quatre sergents de La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie - Passés Composés, 2021 ; 288 pages. - Serge Gadal

Jacques-Olivier Boudon, Les Quatre sergents de La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie
- Passés Composés, 2021 ; 288 pages.

Quelque peu tombée dans l’oubli aujourd’hui, la conspiration des quatre sergents de La Rochelle sous la Restauration a véritablement cristallisé l’opinion libérale, puis républicaine, alors qu’à aucun moment les conspirateurs n’ont manifesté la volonté de renverser la monarchie. Celle-ci, à l’apogée du mouvement des ultras, se considéra toutefois comme directement menacée et sa réaction fut à la mesure de cette crainte, ce qui explique que la répression fut sévère et brutale. Lire la suite

Recension - 19-05-2021

Jean Lopez (sous la direction), La Wehrmacht, La fin d’un mythe  - Perrin, 2019 ; 448 pages. - Serge Gadal

Jean Lopez (sous la direction), La Wehrmacht, La fin d’un mythe 
- Perrin, 2019 ; 448 pages.

Ce grand volume réunit une cinquantaine d’articles déjà publiés dans le magazine Guerres et histoire par une dizaine de contributeurs, plus quelques articles inédits, sur le thème de l’armée allemande au combat pendant la Seconde Guerre mondiale. L’ouvrage commence par « ancrer la Wehrmacht dans son passé prussien et impérial, qui lui a légué, d’une part, une culture militaire originale, d’autre part, une faiblesse de la pensée opérationnelle et, plus encore, stratégique ». Lire la suite

Recension - 18-05-2021

François Kersaudy, De Gaulle. Stratège au long cours  - Collection « Maîtres de guerre », Perrin, 2020 ; 336 pages. - Serge Gadal

François Kersaudy, De Gaulle. Stratège au long cours 
- Collection « Maîtres de guerre », Perrin, 2020 ; 336 pages.

Ce dernier livre de François Kersaudy, directeur de la collection « Maîtres de guerre » chez Perrin, s’intéresse principalement au « de Gaulle stratège ». « Sous l’homme d’État, le politicien, l’érudit et l’écrivain, on trouvera invariablement le militaire », nous fait observer Kersaudy. Nous évoquerons surtout ici les aspects les moins explorés par ailleurs, en mettant surtout l’accent sur les idées stratégiques du général plus que sur les épisodes emblématiques de sa biographie, comme sa conduite de la 4è DCR en mai et juin 1940, et la mise en place de la France libre à Londres et à Alger. Et parmi sa pensée stratégique, nous privilégierons ses réflexions sur le commandement et sur la sélection des individus habilités à l’exercer. Ce sont en effet des réflexions qui sont toujours d’actualité. Lire la suite

Recension - 10-05-2021

Jean-Yves Boriaud, La Fortune des Médicis. Le siècle d’or de Florence - Perrin, 2019 ; 380 pages. - Serge Gadal

Jean-Yves Boriaud, La Fortune des Médicis. Le siècle d’or de Florence
- Perrin, 2019 ; 380 pages.

« La Renaissance florentine fut, à l’échelle de l’histoire occidentale, un instant miraculeux : au cœur d’une cité réduite à 50 000 habitants par la peste noire, apparut en effet, en l’espace de trois générations, ce qu’il fallait d’hommes de lettres, de philosophes, de philologues, d’artistes et d’architectes pour la faire briller aux yeux de l’Europe entière, comme la “nouvelle Athènes”. » Lire la suite

Recension - 07-05-2021

Owen Matthews, traduit de l’anglais par Martine Devillers-Argouarc’h, Richard Sorge, Un espion parfait. Le maître agent de Staline - Perrin, 2020, 480 pages. - Serge Gadal

Owen Matthews, traduit de l’anglais par Martine Devillers-Argouarc’h, Richard Sorge, Un espion parfait. Le maître agent de Staline
- Perrin, 2020, 480 pages.

Né à Bakou, alors en Russie, en 1895 d’une mère russe et d’un père allemand, Richard Sorge deviendra bientôt selon les mots de Ian Fleming, le créateur de James Bond, « l’espion le plus exceptionnel de l’histoire ». Il avertira Moscou en juin 1941 du déclenchement de Barbarossa, ce qui ne l’empêchera pas d’être parfois considéré par les Russes comme un agent double. Espion mythique s’il en est, la constitution de son réseau à Tokyo sera étudiée à la loupe par le contre-espionnage américain au début de la guerre froide afin de prévenir la survenance de cas similaires sur le territoire des États-Unis. Cette toute nouvelle biographie, due à un journaliste britannique, Owen Matthews, spécialiste de la Russie, n’en présente donc que plus d’intérêt. Et ceci du fait que son auteur a eu accès à des sources soviétiques capitales, telles que les télégrammes envoyés par Sorge et décodés par ses chefs, à un moment où ces sources étaient encore accessibles. Lire la suite

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