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  • Revue n° 354 Avril 1976
  • Défense dans le monde - La politique de défense du Sénégal et ses forces armées - États-Unis : le voyage de M. Kissinger en Europe - Argentine : le litige anglo-argentin sur les îles Falkland - République fédérale d'Allemagne : rapport du gouvernement fédéral sur l'état de la Nation - Espagne : le programme de réformes de M. Aris Navarro - Portugal : tensions séparatistes aux Açores

Défense dans le monde - La politique de défense du Sénégal et ses forces armées - États-Unis : le voyage de M. Kissinger en Europe - Argentine : le litige anglo-argentin sur les îles Falkland - République fédérale d'Allemagne : rapport du gouvernement fédéral sur l'état de la Nation - Espagne : le programme de réformes de M. Aris Navarro - Portugal : tensions séparatistes aux Açores

Jacques Tilhère, Pierre Fauthous, « Défense dans le monde - La politique de défense du Sénégal et ses forces armées - États-Unis : le voyage de M. Kissinger en Europe - Argentine : le litige anglo-argentin sur les îles Falkland - République fédérale d'Allemagne : rapport du gouvernement fédéral sur l'état de la Nation - Espagne : le programme de réformes de M. Aris Navarro - Portugal : tensions séparatistes aux Açores  » Revue n° 354 Avril 1976 - p. 149-158

Sénégal : politique de défense et forces armées

« Sénégal, comme toi, comme tous nos héros.
Nous serons durs sans haine et les deux bras ouverts.
L’épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau
Car le travail sera notre arme et la parole.
Le Bantou est un frère, et l’Arabe et le Blanc. »
Léopold Sedar Senghor

Les aspirations de paix, de travail et de dialogue contenues dans ces vers constituent sans nul doute les grands principes que le Sénégal s’efforce d’appliquer tant dans sa politique de défense que dans ses rapports avec le monde extérieur.

Il n’en reste pas moins vrai que cette épée que le chef de l’État sénégalais souhaite conserver « dans la paix du fourreau » pourrait, si les nécessités l’imposaient, défendre avec efficacité l’indépendance et la sécurité de la nation sénégalaise.

Or, bien qu’à l’heure actuelle aucune menace précise d’invasion ne pèse sur le Sénégal, ce pays ne peut pour autant s’estimer à l’abri des bouleversements et des conflits qui depuis quinze ans n’ont cessé d’affecter la majeure partie du continent.

Les menaces

Bien que diffuses, certaines menaces contre la stabilité politique du Sénégal, son intégrité territoriale et son indépendance économique et politique persistent encore en 1976.

Aux yeux des Sénégalais, elles justifient l’élaboration d’une politique de défense et la réalisation progressive des moyens militaires nécessaires pour mener à bien cette politique. Par ailleurs, l’exemple dramatique tout récent de l’Angola est révélateur du danger encore plus inquiétant que les ambitions d’une superpuissance en mal d’hégémonie peuvent faire courir à des pays africains faibles et isolés, mais présentant un certain intérêt stratégique.

– Au niveau régional, la rivalité qui depuis plusieurs années oppose le Sénégal à la Guinée s’estompe progressivement. Sans doute certaines séquelles des tensions anciennes demeurent, mais la volonté que, depuis peu, la Guinée manifeste pour sortir de son « splendide isolement » peut favoriser à moyen terme une réconciliation des deux pays.

Pour le Sénégal, la situation sur ses frontières Sud constitue cependant son souci majeur, l’éventualité d’actions subversives ne pouvant être encore totalement écartée.

Les préoccupations suscitées par les autres voisins apparaissent négligeables, aucun ne manifestant d’intentions belliqueuses à son égard. Il s’agit plutôt pour le Sénégal de maintenir dans cette région un équilibre des forces destiné à conserver le statu quo actuel.

– Au niveau de la stratégie mondiale, il est évident que le Sénégal et plus spécialement le port de Dakar présentent un intérêt que n’ignore aucune des grandes puissances. Le chef de l’État sénégalais en est parfaitement conscient et il ne cache pas sa crainte de voir s’exercer sur son pays des pressions extérieures pour s’y faire accorder, sinon une base, du moins des facilités pouvant compromettre à terme l’indépendance politique et le « non-alignement » du Sénégal. À cet égard, le maintien à Dakar, sous contrôle sénégalais, d’une présence militaire française, lui paraît offrir, pour l’instant, la meilleure garantie.

La politique de défense

Face à ces menaces, le Sénégal a fondé sa défense d’une part sur une politique extérieure à qui la personnalité éminente du chef de l’État confère des dimensions et un prestige qui vont bien au-delà de l’importance du pays, d’autre part sur un appareil et un dispositif militaires sans cesse améliorés.

– Par l’ardeur et l’habileté qu’il met en toutes circonstances à défendre les intérêts des pays du Tiers-Monde, le président Senghor est devenu très vite le porte-parole de la plupart des chefs d’État africains. Par ailleurs, ses efforts pour prendre totalement en main son économie et ses ressources naturelles ainsi que ses ouvertures en direction des pays de l’Est ne peuvent le faire suspecter de soumission aux puissances occidentales.

Ainsi, grâce à une diplomatie à la fois active et nuancée, le Sénégal occupe sur la scène africaine une position particulièrement privilégiée.

– Dans le domaine militaire, le danger d’actions subversives apparaissant plus vraisemblable qu’une violation délibérée des frontières par un pays étranger, l’appareil et le dispositif sénégalais sont plutôt orientés vers des missions de protection de la sécurité intérieure du pays. L’importance accordée à la gendarmerie nationale aussi bien sur le plan des effectifs que sur celui des matériels est à cet égard significative.

Fidèle à ses grands principes de paix et de conciliation, et ne pouvant être accusé d’aucune ambition territoriale, le Sénégal vise, de toute manière, à faire de ses forces armées un instrument de dissuasion plus qu’un moyen d’intervention.

Par ailleurs, conscient que la défense d’un pays concerne de plus en plus tous les secteurs d’activité, le chef de l’État sénégalais estime que le développement économique contribue pour une grande part au renforcement de ses moyens de défense. À ce titre, il ne fait aucun doute que l’expansion économique assez remarquable du Sénégal au cours des dernières années joue un rôle important dans l’amélioration de son potentiel de défense.

Les forces armées

Les missions, l’articulation et les moyens des forces armées traduisent les divers aspects militaires de la politique de défense du Sénégal.

Créée en 1960, à partir d’éléments de l’armée de la communauté française, l’armée sénégalaise a depuis quinze ans largement rempli son contrat. Dès sa mise sur pied, elle a su acquérir rapidement son autonomie, sans renier pour autant son passé fait d’épreuves endurées ensemble pendant de longues années. Héritière des traditions de courage, de loyauté et de discipline qui furent celles des troupes noires de l’armée française, l’armée sénégalaise a su conserver et même développer ces qualités et devenir ainsi l’instrument sur lequel le gouvernement et le pays peuvent compter.

Mais à un moment où certains de ses voisins développent leur potentiel militaire, le Sénégal se doit à son tour d’améliorer la capacité opérationnelle de ses propres armées. Cette volonté se traduit par l’évolution très nette du budget des armées qui a plus que doublé en trois ans et par la réalisation d’un plan septennal d’équipement militaire qui doit donner au Sénégal, dans les prochaines années, une armée plus moderne, plus nombreuse et mieux équipée.

À l’heure actuelle, l’armée de terre est articulée en trois groupes de forces distincts. Les bataillons d’infanterie et les groupements régionaux constituent les unités territoriales et sont essentiellement chargés du maintien de l’ordre public et de la sauvegarde de l’indépendance nationale au niveau des cinq zones militaires existantes (Ouest, Centre, Nord, Sud et Est). Les unités de réserve générale, composées d’éléments parachutistes, de groupements commandos et de blindés légers ont, quant à elles, la mission plus spécifique de réagir contre toute atteinte à l’intégrité du territoire. Elles apportent en outre leur contribution au maintien de la paix au Proche-Orient en fournissant un bataillon aux forces de l’ONU.

Le troisième volet de cet ensemble est constitué par les unités de soutien. Les formations du génie revêtent pour leur part une grande importance tant par leur volume que par leur participation au développement économique et social du pays et méritent une mention spéciale.

La formation des cadres et des divers spécialistes de l’armée de terre est en partie assurée par trois écoles dont la renommée a largement dépassé les frontières du Sénégal : Prytanée militaire, École nationale de sous-officiers et École Polytechnique.

La marine avec 7 bâtiments et l’armée de l’air (se reporter aux chroniques aéronautique et marine dans le présent numéro) avec une quinzaine d’appareils demeurent modestes, mais vont connaître dans un proche avenir un développement important.

La gendarmerie nationale, enfin, issue des deux premières brigades créées en février 1943, constitue avec ses légions territoriales, de sécurité et d’intervention, l’élément de l’appareil militaire sénégalais dont dépend en grande partie la stabilité du pays.

Partisan du dialogue et de la négociation, le Sénégal entretient d’excellentes relations avec la plupart de ses voisins ou s’efforce de les améliorer quand subsistent encore certains différends. Mais la zone géographique à laquelle il appartient, aussi calme soit-elle à l’heure actuelle, n’est pas à l’abri de tout danger. L’existence au Sénégal d’un potentiel militaire encore modeste mais sérieux contribue à maintenir l’équilibre dans les rapports des forces en présence.

Pierre Fauthous

États-Unis : le voyage de M. Kissinger en Europe

Du 20 au 25 janvier, M. Kissinger, après une brève escale à Copenhague (1), a successivement rencontré à Moscou les plus hautes personnalités soviétiques, à Bruxelles la majorité des ministres de l’Alliance atlantique, à Madrid enfin, le ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement.

Ce premier voyage accompli à l’étranger en 1976 par le chef de la diplomatie américaine s’est déroulé dans un climat n’incitant guère à l’optimisme. Sur le plan international en effet, l’enlisement des SALT (Strategic Arms Limitation Talks), le développement de la crise angolaise, les incertitudes pesant sur le flanc sud de l’Otan constituent autant de menaces pour la détente. À l’intérieur des États-Unis, l’opposition croissante du Congrès à l’égard d’un exécutif contesté sinon mis en accusation, son refus catégorique notamment d’autoriser une quelconque intervention en Angola, affectent sensiblement la crédibilité du secrétaire d’État.

En dépit de l’étroite marge de manœuvre dont ce dernier disposait au moment d’aborder sur le fond les dirigeants soviétiques, le bilan de sa récente tournée ne s’avère pas totalement négatif.

Relance des SALT

Sans doute, M. Kissinger n’est-il pas parvenu à faire reconnaître par les Soviétiques le lien, à ses yeux évident, entre la crise angolaise et le sort de la détente. Dans ce dernier domaine, essentiel aux relations entre les deux super-puissances, la relance prévisible des SALT apporte toutefois un élément favorable. Sans obtenir d’emblée l’accord de principe, objectif maximum annoncé au départ de son voyage, le secrétaire d’État, accompagné cette fois par un expert militaire (2), a reçu, en échange des propositions américaines, des contre-projets soviétiques jugés significatifs et instructifs.

Les accords SALT II, qui doivent couvrir la période comprise entre 1977 et 1985, pourraient s’ordonner autour d’une parité de vecteurs stratégiques inférieure d’environ 10 % à celle des SALT I (2 200 au lieu de 2 400). L’abaissement du plafond, qui pourrait marquer aux yeux de l’opinion mondiale un premier pas vers la réduction réciproque des armements nucléaires offensifs, ira de pair avec l’acceptation d’un certain nombre de conditions portant notamment sur la définition et la mise en œuvre des vecteurs litigieux : bombardiers Tu-22M Backfire soviétiques et cruise missiles américains.

L’ajustement des propositions soviétiques et américaines nécessitera quelques semaines d’études et donnera lieu à un nouvel échange diplomatique, peut-être même à une nouvelle entrevue de MM. Kissinger et Brejnev, avant d’être mis en forme par les experts de Genève.

Les problèmes intérieurs qu’ils ont à affronter respectivement placent les dirigeants américains et soviétiques dans une situation d’alliance objective de nature à faciliter la conclusion des SALT II. Mais, plutôt que sur une telle situation d’ailleurs précaire, les espoirs de voir aboutir les négociations avant l’été 1976 reposent surtout sur le désir de poursuivre sur la voie de la détente, désir que les Soviétiques ont manifesté par des concessions importantes aux Américains, de l’avis même de M. Kissinger.

Accord hispano-américain

Les perspectives ouvertes par l’étape madrilène du secrétaire d’État sont beaucoup plus nettes. Elles marquent sans détour l’appui que les États-Unis ont décidé d’accorder au nouveau régime. Aux précédents executive agreements reconduits tous les cinq ans pour traiter essentiellement du sort des bases américaines en Espagne, succédera désormais un traité d’amitié et de coopération, recouvrant les domaines économique, scientifique, technique, culturel et militaire. Signé par M. Kissinger et le comte de Motrico, le traité devra recevoir l’approbation du Sénat.

Couvrant une période de cinq ans, le traité prévoit en particulier :

– la création d’une instance politique, le conseil hispano-américain, réunissant deux fois par an les ministres des Affaires étrangères, chargé de veiller au développement de la coopération entre les deux pays ;
– l’attribution de 450 millions de dollars d’aide économique ainsi qu’une assistance militaire comprenant 600 M de prêts (achats de matériels) et 130 M de dons (modernisation du système de défense aérienne notamment).

En échange de ces crédits et dons qui atteignent 1 220 M $ (3), les Américains voient renouvelées les facilités dont ils bénéficient pour utiliser leurs quatre bases (base navale de Rota, bases aériennes de Torrejon, Moron et Saragosse). Ils s’engagent cependant à retirer leurs sous-marins nucléaires de la base de Rota dans les six premiers mois de 1979 et à réduire de 32 à 5 le nombre des avions ravitailleurs qui quitteront Torrejon pour Saragosse.

Enfin, dans le domaine de la défense, l’accord prévoit la création d’un « état-major permanent de coopération et de planification » chargé de coordonner les actions qui pourraient être entreprises par les deux parties, en cas d’attaque générale contre l’Occident, dans une zone d’intérêt commun couvrant largement le territoire espagnol et ses approches atlantiques et méditerranéennes.

L’ensemble des dispositions de cet accord, intervenant très tôt après l’avènement du nouveau régime, apporte un important soutien à la démarche de l’Espagne vers l’Europe et l’Otan.

Les satisfactions obtenues sans grand effort à Madrid, les espoirs réels mais fragiles rapportés de Moscou, n’affermissent guère la position diplomatique américaine au seuil de 1976. La politique étrangère conduite par l’Exécutif repose sur la détente. Or, l’attitude de l’URSS dans la crise angolaise démontre à l’évidence la profonde différence existant entre les acceptions américaines et soviétiques de cette notion. C’est une déception pour M. Kissinger qui, depuis son retour, a déjà souligné à plusieurs reprises les menaces que font peser les actions intempestives du Congrès tant sur la crédibilité de la diplomatie des États-Unis que sur l’unité nationale.

Pour mettre en garde une opinion que la campagne présidentielle tend à diviser, le secrétaire d’État a publié au début du mois de février un document (4) rappelant l’importance de la politique des États-Unis à l’égard de l’URSS pour le maintien de la paix.

Argentine : le litige anglo-argentin sur les îles Falkland

Le début de l’année 1976 a marqué une nouvelle étape de la très vieille querelle qui oppose la Grande-Bretagne et l’Argentine à propos des îles Falkland.

L’archipel des Falkland (appelées aussi Malouines ou Malvinas) a été conquis en 1832 par la Grande-Bretagne aux dépens de l’Argentine, en vue de s’assurer une base sur la route maritime du Cap Horn. Auparavant, ces îles avaient été successivement occupées par les Anglais, les Français (corsaires malouins), les Espagnols et enfin les Argentins.

Les Falkland, qui ont une superficie de 16 000 km2, comptent 2 000 habitants, tous d’ascendance britannique. L’économie de l’archipel repose sur la production de laine provenant de l’élevage du mouton. Les Falkland constituent depuis 1833 une colonie britannique administrée directement par Londres.

Les premières revendications de Buenos Aires sur ce territoire datent de 1925 et se sont accentuées depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Argentins estiment avoir été chassés par la force des Falkland, et réclament ces îles en se fondant sur « l’appartenance historique ». Mais les Britanniques restent intraitables sur le problème de la souveraineté, la population de l’archipel n’étant pas disposée à devenir argentine.

À la suite d’une recommandation de l’ONU de novembre 1965, Londres a accepté d’engager des conversations avec Buenos Aires pour améliorer les communications entre l’archipel et le continent. En juillet 1971, un accord sur ce point a été signé entre les deux pays. L’Argentine a pensé qu’il s’agissait là d’une première étape vers l’intégration des îles à son territoire : mais la position de la Grande-Bretagne n’a pas varié.

Le litige entre Londres et Buenos Aires s’est brusquement ranimé en 1976. Une mission économique britannique est arrivée le 3 janvier aux Falkland pour étudier les possibilités de développement de l’archipel, en particulier dans le domaine pétrolier. L’Argentine aurait souhaité l’envoi d’une mission conjointe, proposition jugée inacceptable par le gouvernement de Londres. En représailles, Buenos Aires a provoqué, le 13 janvier, le retrait des ambassadeurs des deux pays.

Il est certain que Buenos Aires utilise les derniers développements de son litige avec Londres pour détourner temporairement l’attention de son opinion publique des graves problèmes internes. Mais l’action menée par l’Argentine à propos des Falkland se rattache aussi à celle menée par l’Amérique latine dans son ensemble à l’égard des possessions coloniales résiduelles.

République fédérale d’Allemagne : rapport du gouvernement fédéral sur l’état de la nation

Le Chancelier a prononcé le 29 janvier 1976 un discours ouvrant le débat que le Bundestag consacre chaque année à l’examen de « l’état de la nation ». M. Helmut Schmidt a présenté un tableau d’ensemble de la situation, en sept points : la nation, la violence dans le monde, l’espoir de coopération internationale, la détente, les relations entre les deux Allemagne, la justice sociale, les droits de l’homme et les libertés fondamentales.

Il a tout d’abord affirmé en termes nuancés sa conception des responsabilités incombant à la RFA à l’égard de la nation allemande en soulignant la part prépondérante qu’elle doit prendre à la solution de la question allemande. L’évocation des relations entre les deux Allemagne lui a donné l’occasion de rappeler les bénéfices de la politique de détente, de pratique délicate, mais à ses yeux essentielle au maintien de la paix en Europe. Il a longuement développé les accords concernant les relations économiques, les transports, les télécommunications, la délimitation des frontières entre les deux Allemagne.

En matière de coopération internationale, M. Schmidt a insisté sur les questions économiques. Il a, d’une part, expliqué le comportement de la RFA durant la crise, d’autre part, démontré les progrès de la Communauté Européenne en dépit de la récession, et enfin mis en relief la contribution de la RFA à l’aide aux pays en voie de développement (5).

Abordant le problème de la détente, le Chancelier a précisé les conditions qu’elle implique pour l’Allemagne fédérale : stabilité des structures démocratiques, coordination des politiques alliées et allemande face à l’Est et notamment vis-à-vis de la RDA, sécurité en Europe occidentale et à Berlin, c’est-à-dire maintien de l’équilibre des forces. Réaffirmant son attachement au concept de la détente, il a exposé les résultats positifs des traités signés avec Moscou et Varsovie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Bulgarie, sans lesquels la RFA serait isolée tant à l’Est qu’à l’Ouest.

Dans le domaine plus spécifiquement intérieur, le Chancelier a accordé une attention particulière aux problèmes de la justice sociale, dont les dispositions déjà exemplaires peuvent encore être améliorées. M. Schmidt a ensuite rappelé les hommes politiques à la bonne tenue des élections en leur recommandant d’éviter qu’elles ne se transforment en « chasse aux électeurs ». Il a enfin développé les thèmes de l’égalité des chances dans l’enseignement.

Le Chancelier de la RFA a conclu son rapport en faisant appel au sens national, « condition élémentaire de l’existence de la nation ».

Le débat provoqué par le « rapport sur l’état de la nation » au Bundestag a essentiellement porté sur les relations interallemandes et les rapports de Bonn avec ses alliés occidentaux et l’Europe de l’Est. Le Gouvernement, conscient de la volonté accrue de cloisonnement de la part de la République démocratique allemande (RDA), estime qu’il n’existe pas d’autre solution que la politique de détente, alors que l’opposition parlementaire considère qu’elle accentue le clivage entre les deux Allemagne.

En définitive, le souci du Chancelier Schmidt de ménager l’URSS et la RDA, sans écarter les doutes croissants sur leur bonne volonté, altère quelque peu la capacité de persuasion de son message.

Espagne : le programme de réformes de M. Arias Navarro

Deux mois après le couronnement de Juan Carlos Ier, M. Arias Navarro, reconduit dans ses fonctions de Premier ministre, a présenté aux Cortes, le 28 janvier, le programme des réformes visant à instaurer en Espagne dans les seize prochains mois une démocratie de type « Europe occidentale ».

Les mesures proposées se rangent en deux catégories, celles dont l’étude est entreprise au niveau gouvernemental et celles pour lesquelles l’initiative est laissée aux intéressés eux-mêmes : réforme régionale et élaboration du droit syndical.

Parmi les premières, les plus importantes concernent :

– la mise en place d’un système parlementaire bicaméral avec une Chambre basse, élue au suffrage universel et un Sénat constitué à partir du Conseil national. Les modalités du choix des sénateurs n’ont pas été précisées ;

– l’élaboration d’un droit d’association, de réunion et de manifestation, devant déboucher sur la création de partis politiques dont le Gouvernement entend limiter le nombre aux grandes tendances naturelles. N’en seraient exclus que les anarchistes, les communistes et les séparatistes ;

– la révision de la loi électorale pour les élections qui auront lieu au suffrage universel et dont la première s’appliquera à la désignation de la moitié des conseillers municipaux en novembre prochain. Le choix n’a pas encore été fait entre un système de type britannique et une représentation proportionnelle ;

– la refonte du Code pénal, pour atténuer les dispositions du décret-loi anti-terroriste du 25 août 1975 et notamment supprimer la procédure dite « expéditive » et les tribunaux d’exception.

Deux autres mesures très importantes seront prises sur propositions des parties intéressées. Il s’agit :

– de la réforme régionale qui doit aboutir à la création d’organisations institutionnelles. Quelques mesures ont déjà été prises : l’emploi des langues régionales est désormais autorisé et un régime administratif spécial est à l’étude pour deux des provinces basques. Mais il est entendu que ni le régionalisme ni l’autonomie ne doivent déboucher sur une quelconque forme de séparatisme ;

– de la réforme syndicale. Dans ce domaine, le Premier ministre a simplement indiqué qu’il revenait au Congrès syndical, instance unique issue du franquisme, de proposer les modifications correspondant aux changements survenus dans la société espagnole.

Ce programme de réformes ne semble avoir enthousiasmé ni les tenants du franquisme ni les opposants. Les premiers n’ont applaudi que fort parcimonieusement, conscients de la portée de certaines mesures. Les réactions des seconds sont tout à fait défavorables. Les observateurs, cependant, et la presse madrilène en particulier, considèrent comme exagérées les critiques de l’opposition et retiennent dans les mesures proposées nombre d’éléments acceptables.

C’est avec une très grande prudence que M. Arias Navarro s’est adressé aux Cortes dont il recherche la nécessaire collaboration pour faire disparaître un régime auquel la grande majorité des Procurateurs restent attachés. Mais c’est aussi pour tenir compte des réserves du Haut Commandement et des conseils de M. Kissinger que le Premier ministre s’est prononcé de cette manière. À l’opposition de gauche il s’est efforcé de faire comprendre qu’il était décidé à mener son action de libéralisation sans se laisser arrêter. Mais il sait très bien qu’il doit se hâter afin de faire aboutir les réformes avant que cette opposition, actuellement très divisée, n’ait trouvé sa cohésion.

Portugal : tensions séparatistes aux Açores

L’hostilité du peuple açoréen qui s’est développée pendant l’été 1975 face à la mainmise communiste sur l’appareil de l’État portugais a sensiblement accru le caractère séparatiste de la tendance traditionnelle vers l’autonomie. L’effacement relatif du Parti communiste portugais (PCP) à la suite de l’avènement du Gouvernement Pinheiro de Azevedo et l’adoption d’une ligne politique modérée après le 25 novembre 1975 ont contribué à un certain apaisement de la tension, et cela d’autant plus que, courant décembre, un statut d’autonomie pour l’archipel était mis à l’étude.

L’accalmie n’a cependant été que de courte durée et le regain d’activité séparatiste préoccupe les responsables politiques portugais.

Un incident mineur – la mort de quelques vaches tailladées à coups de couteau, dans l’île de Terceira – a été à l’origine, vers la mi-janvier, de la résurgence d’un climat de tension. Les fermiers ont accusé les « marxistes » d’être les auteurs de cet acte de vandalisme et ont appelé la population à organiser sa propre défense. Le FLA (6) s’est emparé de l’incident et a lancé par voie de tracts, manifestations et en recourant à une station de radio clandestine, une violente campagne anticommuniste. Il a mis en demeure les autorités d’arrêter les éléments progressistes notamment des militants de la LAPA (Ligue d’action patriotique des Açores), a dénoncé ces autorités comme étant de connivence avec les « marxistes » et a annoncé qu’il rendrait justice par ses propres moyens. Il a obstrué par des barrages les accès à la base aérienne de Lajes (Terceira) pour obtenir l’expulsion de cadres suspectés de sentiments anti-açoréens et a considéré que « l’heure avait sonné pour l’indépendance des Açores et la libération du peuple açoréen ». Enfin, début février, M. Mário Soares, secrétaire général du Parti socialiste, qui, tout en défendant une large autonomie des pouvoirs, a déclaré son hostilité à l’indépendance, a été contraint de renoncer à tenir une réunion à São Miguel tant le tumulte déclenché par les sympathisants du FLA était grand.

Face à cette situation dans laquelle le FLA a presque droit de cité, le président de la République [NDLR 2026 : Francisco da Costa Gomes] et le Premier ministre envisagent de se rendre prochainement dans l’archipel pour tenter de détendre le climat avant les prochaines élections législatives.

Mais en attendant l’octroi d’un statut d’autonomie qui devra être aussi large que possible pour tempérer les aspirations séparatistes, le général Altino de Magalhaes, gouverneur général et président de la junte régionale, un modéré jouissant de l’estime d’une large fraction de la population, apparaît comme le seul élément modérateur susceptible d’éviter une détérioration grave de la situation.

Par suite des maladresses et de l’incompréhension de Lisbonne, le mouvement, d’autonomiste au départ, est devenu franchement séparatiste. Selon un sondage, 45 % des habitants seraient favorables à l’indépendance. Sans retenir toutefois ce pourcentage qui paraît élevé, il convient d’observer qu’il constitue un indice révélateur de la force du courant sécessionniste.

Soutenu financièrement et idéologiquement par les associations d’émigrés açoréens établis aux États-Unis et au Canada (7), les mouvements séparatistes sont, en outre, appuyés en sous-main par les deux partis modérés, Parti populaire démocratique (PPD) et Centre démocratique social (CDS) (8).

L’éloignement de la menace de prise de pouvoir par le parti communiste au Portugal conduit à s’interroger sur les raisons de cette recrudescence des tensions autonomistes et séparatistes. Ces raisons semblent procéder :

– du désir de faire pression sur les instances gouvernementales et politiques afin de les persuader de s’opposer à tout retour en force des communistes au pouvoir et d’obtenir un statut d’autonomie aux conditions les plus favorables au moment où celui-ci est en discussion ;
– de l’intention du PPD et du CDS de renforcer leur position sur l’échiquier politique portugais en vue de récupérer le mouvement, le moment venu ;
– de la prise de conscience de sa force par ce mouvement « nationaliste » qui paraît dans certains cas être entraîné par sa propre dynamique.

Jacques Tilhère


(1) Cette escale avait notamment pour but de recueillir des informations sur le congrès des partis socialistes d’Elseneur.
(2) La récente polémique relative aux « violations de SALT I » avait mis l’accent sur le fait que M. Kissinger avait négocié les accords de Vladivostok sans la moindre participation sur le terrain de spécialistes du secrétariat à la Défense.
(3) Y compris une aide culturelle de 35 M $ (dons).
(4) « The Permanent Challenge of Peace: United States Policy toward the Soviet Union ».
(5) On compte pour l’année 1975 entre 25 et 30 visites des dirigeants allemands à des pays en voie de développement. De plus, un effort d’aide économique a porté cette même année sur une cinquantaine de pays du Tiers-Monde.
(6) Front de Libération des Açores, principale organisation séparatiste jouissant d’une large audience dans les îles les plus importantes : São Miguel et Terceira.
(7) Environ 700 000 émigrés des Açores vivent dans ces deux pays alors que la population de l’archipel est de l’ordre de 300 000 habitants.
(8) Le PPD détient cinq des six sièges de députés à l’Assemblée constituante contre un au PS. Le CDS a fortement étendu son influence au cours des derniers mois.

Sénégal, SALT, Kissinger, Argentine, Malouines/Falkland, RFA, Allemagne, Helmut Schmidt, Espagne, Portugal, Açores

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Avril 2026
n° 889

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La Revue Défense Nationale est éditée par le Comité d’études de défense nationale (association loi de 1901)

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