Institutions internationales - Un nouveau système international - La fin de la « Grande Angleterre » - La crise monétaire et l'Europe - Incompréhensions interatlantiques
Le souvenir de la crise des années 1930 hante les esprits, à l’heure où une nouvelle « guerre des monnaies » incite chaque pays à se replier sur soi, et où la concertation n’est parfois qu’une confrontation d’égoïsmes. La situation n’est toutefois pas la même, et d’ailleurs l’histoire ne se répète jamais. Alors qu’en 1930 la crise était née à New York, aujourd’hui les États-Unis ne sont pas touchés par l’ébranlement de certaines monnaies européennes. Alors que tous les pays du Vieux Continent avaient été submergés par la crise, aujourd’hui l’Allemagne fédérale (RFA) et la Suisse constituent des pôles de résistance. Il n’en demeure pas moins que l’on peut s’inquiéter du déferlement de l’inflation et de l’éclatement de la solidarité monétaire qui devait constituer l’un des ciments de l’Europe, de l’ébranlement enfin de sa construction politique.
Un nouveau système international
Ce sentiment est d’autant plus vif que l’on ne peut manquer d’être frappé par les difficultés qu’éprouvent certains États à maintenir leur cohésion, tout se passant comme si les États multinationaux ou, pour employer un néologisme, multi-ethniques, ne répondaient pas aux aspirations des populations. L’Irlande reste une blessure au flanc de la Grande-Bretagne, qui vient par ailleurs d’accorder des droits « régionaux » à l’Écosse. La guerre du Bangladesh n’est pas oubliée. Bon nombre des tensions interafricaines résultent d’antagonismes ethniques. La Belgique ne parvient pas à trouver une solution au problème Wallonie-Flandre. Une tentation régionaliste, voire parfois séparatiste apparaît dans des provinces qui souhaiteraient que leur personnalité trouve une expression politique. Comme s’il fallait une nouvelle illustration à cet état de choses, la guerre civile libanaise ne paraît pouvoir aboutir qu’à la dissociation d’un État qui était fondé sur la coexistence de deux ensembles humains possédant chacun sa personnalité raciale et religieuse. Cette situation met peut-être en lumière l’échec de la solution de l’État centralisé conçu comme cadre à l’intérieur duquel pouvaient s’harmoniser, par le jeu d’un intérêt et d’un civisme communs, les aspirations de groupes humains différents. Comme la solution fédéraliste, pour séduisante qu’elle paraisse à beaucoup, ne paraît pas devoir être opportune, c’est l’existence même de l’État, en tant que concept juridique, qui se trouve mise en cause par certains des conflits présents.
Par ailleurs, de nouveaux problèmes s’imposent régulièrement à l’attention. Alors que celle-ci se portait sur les développements de la coexistence pacifique, la crise pétrolière déclenchée au lendemain de la guerre du Kippour s’est amplifiée jusqu’à affecter les économies industrielles, à imposer une révision des relations entre nations riches et nations pauvres, à réviser nos vues relatives aux grands clivages du monde en fonction des critères du développement alors que l’on avait tendance à se contenter de références politiques. La nouvelle conférence mondiale sur le « droit de la mer », qui s’est ouverte à New York le 15 mars, fait apparaître de nouveaux clivages, dictés par des intérêts spécifiques et non plus par l’appartenance géographique ou les idéologies traditionnelles, encore que l’opposition entre puissances industrialisées et pays du Tiers-Monde reste très nette. Les États-Unis et l’Union soviétique cherchent surtout à préserver leur liberté d’action en mer, ce qui ne va pas sans compliquer leurs relations avec les « États archipels ». Les Pays en voie de développement (PVD), notamment les 110 États du groupe dit des « 77 », cherchent au contraire à restreindre la zone où s’exercent les activités des Grands. Aussi bien cette conférence marque-t-elle une nouvelle étape de la mutation du système international, dont le dialogue Nord-Sud est une autre illustration. L’absence de décisions concrètes, en ce domaine comme en d’autres, n’éclipse pas l’importance de l’entrée massive des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine dans des sphères où les États industrialisés avaient non seulement la réalité du pouvoir – ils l’ont encore dans une très grande mesure – mais le quasi-monopole du verbe, ce qu’ils ont irrémédiablement perdu.
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