Le pivotement américain vers l’Asie a créé les conditions d’un nouvel espace stratégique Indo-Asie-Pacifique dans lequel la France est impliquée comme puissance, à la fois basée au Nord et riveraine au Sud, de l’océan Indien.
La posture française dans l’océan Indien à l’heure « Indo-Pacifique »
The French position in the Indian Ocean at the “Indo-Pacific” hour
The U.S. pivot toward Asia has created the conditions for a new strategic Indo-Asia-Pacific area in which France is involved as a power, based both in the North and the waterfront in the South, the Indian Ocean.
Publié en mai 2013, le Livre blanc se fait, dès son introduction, l’écho de la stratégie du « pivot » vers l’Asie annoncé par les États-Unis en 2010. Tout au long du document, les enjeux pour la France des évolutions de la zone Asie-Pacifique sont rappelés. La place de l’Inde dans la stratégie française est également soulignée. Or l’Inde met en avant, depuis peu, le concept « Indo-Pacifique » pour souligner qu’elle est bien partie prenante du dynamisme de l’Asie et des enjeux stratégiques qui y sont liés, tandis que le département de la Défense américain parle désormais d’espace « Indo-Asie-Pacifique ». Ce contexte invite à s’interroger sur les implications des rééquilibrages en cours pour la France ultramarine.
Parmi les dispositifs des forces françaises prépositionnées Outre-Mer, certaines sont concernées sans ambiguïté, telles les forces de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française. D’autres, relevant du monde atlantique, sont en dehors du champ. Restent celles basées dans le Golfe et dans l’océan Indien, qui méritent une attention particulière (1).
De l’Asie-Pacifique à l’Indo-Pacifique
Annoncé par Hillary Clinton dès 2010, confirmé par le Département de la Défense début 2012, le « pivot » vers l’Asie de la présidence Obama, rebaptisé « rééquilibrage », a fait couler beaucoup d’encre. Jean-Loup Samaan, du Collège de défense de l’Otan, en a explicité la genèse et analysé les objectifs, en appelant à distinguer « les effets d’annonce des tendances de fond » (2). Alors que le retrait d’Irak est opéré et que se prépare celui d’Afghanistan, il s’agit pour Washington de « réaffirmer la puissance américaine vis-à-vis de la Chine et réassurer les alliés régionaux du soutien de Washington, tant politique que militaire ». Sur le plan diplomatique, le « pivot » agrège « l’ensemble des relations bilatérales entretenues par les États-Unis avec les pays asiatiques ». Sur le plan économique, le Partenariat Trans-Pacifique (TTP) en négociation ne fait que développer des projets antérieurs, en laissant la Chine à l’écart. Sur le plan militaire, il s’agit plus d’un renforcement des forces du Pacifique que d’un retournement stratégique. Au total, nous dit Samaan, « le “pivot” semble avoir été un habillage élégant d’une série d’initiatives bilatérales et régionales qui avaient été engagées par les précédentes administrations ».
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