Le sous-marin nucléaire change les conditions de cette lutte, en raison de sa vitesse en plongée, de son autonomie d'action, de la portée et de la puissance de ses missiles anti-forces. Ses qualités confèrent des dimensions nouvelles au champ de la lutte anti-sous-marine dont la « guerre acoustique » est la forme principale. Celle-ci requiert la mise en œuvre de multiples moyens dont la coordination est une affaire complexe.
Au moment où vient d'être lancé le premier des sous-marins nucléaires d'attaque français, la Provence, cet article fait prendre conscience de la mutation qui est en train de s'opérer dans un domaine qui est capital aussi bien pour le maintien de la crédibilité de notre dissuasion que de la capacité de notre appareil militaire à faire face à certaines menaces surgissant de la mer. Cet article est tiré d'une conférence faite à Nice en juin dernier au 7e Colloque sur le traitement du signal et ses applications.
L’histoire et la géographie telles qu’on les enseigne en France donnent de bonnes notions de stratégie et quelques idées tactiques. Aussi tout un chacun a-t-il son idée de l’art militaire. Du moins tant que la manœuvre s’effectue à pieds secs… Il en va autrement dès que le théâtre d’opérations empiète sur le domaine maritime. La guerre sur mer paraît bien échapper à l’entendement de la majorité de nos concitoyens. Il faudrait, pour que cela change, commencer sans doute par enseigner à nos écoliers notre passé maritime et le milieu marin. Pourquoi pas ? En attendant, il n’est pas facile d’intéresser un auditoire français à l’art militaire quand il s’exerce en mer. A fortiori s’il s’agit de la lutte contre les sous-marins, lutte qui apparaît souvent, aux yeux des marins eux-mêmes lorsqu’ils ne sont pas spécialistes, comme très mystérieuse, voire un peu ésotérique.
L’ambition de cet exposé est de contribuer à démystifier cette forme très moderne de la guerre sur mer qu’est la lutte anti-sous-marine (lutte ASM) tout en soulignant certains de ses aspects très nouveaux et susceptibles de modifier sensiblement la balance des forces sur mer. Que le lecteur veuille bien oublier quelques instants toute idée a priori qu’il pourrait avoir et qu’il fasse plutôt appel à ses connaissances de chasse, car la lutte ASM se présente comme une chasse, tantôt à courre, tantôt à l’affût, parfois même au piège… et qui est ouverte tous les jours, quel que soit le niveau de crise.
Les éléments utilisés pour cet exposé sont disponibles dans la littérature ouverte. Ils sont rassemblés et ordonnés pour les besoins d’une démonstration simple : le sous-marin, conçu aux origines comme une canonnière originale qui utiliserait la troisième dimension pour se soustraire à la riposte, est devenu dans les dernières décennies, ou va devenir le capital ship, c’est-à-dire la clé de voûte des forces maritimes. En combat singulier, il surclasse tous ses adversaires, les contraignant à se grouper et à user de stratagèmes. Les progrès acquis, ou sur le point de l’être, par le sous-marin nous condamnent à l’imagination dans le domaine de la tactique comme dans celui de la technique. L’exposé qui suit se limitera d’ailleurs à ce dernier domaine.
Introduction
Évolution du sous-marin : 1980, échec aux forces aéronavales ASM
Les grandes étapes de l’histoire des sous-marins
Que nous réserve la prochaine décennie ?
Les défauts de la cuirasse
Analyse critique du « système ASM » : la guerre acoustique
Le milieu environnant
Détection – classification – armes
Les plates-formes ASM et la protection des bâtiments précieux
Conclusion
SNA, SNLE, menaces, ASM, détection, guerre acoustique