Politique et diplomatie - Réflexions sur le monde de demain
Depuis 1945, le système mondial est articulé autour de la rivalité des deux superpuissances. Cela ne signifie pas, bien entendu, que cette rivalité ait déterminé à elle seule le cours des événements. D’autres antagonismes jouaient leur rôle dans l’histoire, un rôle plus ou moins décisif à l’échelle des péripéties nationales ou régionales. Ainsi discute-t-on encore de l’influence qu’a pu avoir la divergence de vues et d’intérêts entre Paris et Washington à la fin et au lendemain de la deuxième guerre mondiale sur le sort de l’Indochine. L’obstruction américaine au retour de la France dans son ancienne colonie a-t-elle ou non influé sur les succès des partis anticolonialistes et le triomphe in fine du Vietminh ? Ainsi également subsiste-t-il encore un doute sur le degré de responsabilité qu’il convient d’attribuer à l’URSS dans le déclenchement en 1950 de la guerre de Corée. Contrairement à ce qu’il était – et est encore – tentant de penser, les événements qui paraissent changer le cours de l’histoire sont le plus souvent le résultat de tensions internes ou de circonstances internationales « périphériques » qui, vues des « centres », sont volontiers considérées comme provinciales. La révolution iranienne illustre l’importance des tensions internes qui, en modifiant l’assiette du pouvoir étatique dans un pays, ont pour effet de modifier l’équilibre des forces dans la région sans pour autant, selon moi, modifier le système – ou l’équilibre – global, qui repose sur des piliers autrement plus solides que le Shah d’Iran.
Ces réflexions initiales trop rapides ont pour objet d’examiner cette proposition que le système global au sein duquel se situent les faits et les relations internationales est resté depuis trente ans le même, malgré les changements qui en ont affecté les éléments. Ceci afin de nous interroger sur les perspectives de modifications à venir du système international actuel.
Les caractéristiques du système international qui s’est instauré depuis plus de trente ans sont les suivantes : À l’échelle mondiale, la guerre et la paix sont du ressort – et du ressort exclusif – des deux superpuissances. Par guerre mondiale, j’entends une guerre mettant aux prises l’ensemble du monde industrialisé, telle que les deux guerres « mondiales » qui s’ouvrirent en 1914 et en 1939. À elles, et à elles seules, incombe aujourd’hui pareille responsabilité. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies – et ses membres permanents en particulier – ont une responsabilité juridique dans le maintien ou le rétablissement de la paix. Seuls les États-Unis et l’Union Soviétique détiennent la responsabilité de fait du maintien, voire du rétablissement de la paix. Seuls ils peuvent prendre la responsabilité de déclencher une troisième guerre mondiale.
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