Les conflits actuels utilisent l’IA à des fins de déstabilisation de nos sociétés via le biais de la guerre cognitive. Il s’agit désormais d’altérer les processus décisionnels en manipulant le vrai. Le projet SPREADS de l’Agence de l’innovation de Défense (AID) vise à étudier ces mécanismes pour mieux les comprendre et donc contrer ces menaces nouvelles.
Défendre la connaissance à l’ère des intelligences hybrides : le projet SPREADS et l’hypothèse de la guerre cognitive totale
Defending Knowledge in the Era of Hybrid Intelligence: The SPREADS Project and the Hypothesis of Total Cognitive War
In current conflicts use is made of AI to destabilise our societies through cognitive warfare—distorting decisional processes and manipulating the truth. The Defence Innovation Agency (Agence de l’innovation de Défense—AID) is backing the SPREADS [Scenarios of Potential Risks Evolution through Algorithms and Data in Sciences] project, which is aimed at studying these mechanisms to understand them better, therefore to be in a better position to counter new threats.
La multiplication des conflits informationnels a replacé la cognition au cœur des affrontements contemporains. Avec la généralisation du numérique et l’essor des intelligences artificielles, les menaces ne visent plus seulement à influencer les opinions : elles cherchent désormais à altérer les mécanismes mêmes par lesquels une société produit, valide et partage ses connaissances. Cette extension radicale du champ d’action – que nous décrivons comme une guerre cognitive totale – rend crédible l’hypothèse d’attaques ciblant non seulement les individus, mais les infrastructures scientifiques, techniques et organisationnelles qui soutiennent la décision collective.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet SPREADS (Scenarios of Potential Risks Evolution Through Algorithms and Data in Sciences), financé par l’Agence d’innovation de Défense (AID). Son ambition est d’examiner comment les systèmes hybridés de production du savoir, associant humains et IA, peuvent devenir des cibles stratégiques. En mobilisant des outils prospectifs et fictionnels, SPREADS propose de mettre en jeu ces vulnérabilités dans des environnements simulés afin de mieux comprendre, anticiper, éprouver et contrer ces formes émergentes de désorganisation cognitive.
La guerre cognitive : des attaques par la connaissance à l’ingénierie cognitive
Le concept de « guerre cognitive » n’est pas nouveau, mais il suscite aujourd’hui un regain d’intérêt, tant dans les milieux académiques que doctrinaux. Ses premières tentatives de théorisation dans le champ civil ont émergé en France au début des années 2000, au sein de l’École de guerre économique, sous l’impulsion de Christian Harbulot et Didier Lucas (1), experts en intelligence économique. Plus récemment, la guerre cognitive a fait l’objet d’un réinvestissement, notamment par l’Otan et l’École nationale supérieure de cognitique (ENSC) de Bordeaux (2), et a été placée au cœur d’un appel à projet publié par l’AID en 2022 (3).
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