La Chine utilise abondamment l’Intelligence artificielle (IA) dans une perspective de guerre cognitive favorable à ses intérêts. Des entreprises privées participent directement à la mise en œuvre de la politique de Pékin en cherchant à mieux cibler ses campagnes de désinformation en diffusant des récits calibrés. Ces évolutions rapides ne peuvent être ignorées.
De la massification à l’individualisation : comment l’IA promet de transformer la guerre cognitive. Le cas GoLaxy
From Massification to Individualisation: How AI Promises to Transform Cognitive Warfare. The Case of GoLaxy
China is making considerable use of artificial intelligence (AI) as it looks ahead to a cognitive war which would favour its own interests. Private companies are participating directly in putting Beijing’s policy into effect by better targeting of its disinformation campaigns through spreading suitably tailored reports and stories. Such rapid developments cannot be ignored.
Dès 1997, à la suite des États-Unis, le major général chinois Dai Qingmin, de l’Armée populaire de libération (APL), théorisa le concept de guerre de l’information, dans laquelle « la domination informationnelle sur l’ennemi est la clé de la victoire » (1). Faisant suite à l’évolution de ce concept et au rapprochement des acteurs étatiques et privés dans plusieurs domaines stratégiques, le président Xi Jinping invita, en 2019, les entités privées à « explorer l’utilisation de l’intelligence artificielle » dans la collecte et la production de contenus, notamment à des fins de diffusion d’un récit favorable à la Chine (2).
Une récente fuite de données (leaks) (3) mise en ligne par deux chercheurs de l’université Vanderbilt (États-Unis) jette un jour nouveau sur cette ambition. Elle révèle qu’une entreprise chinoise, Zhongke Tianji Data Technology Co., Ltd., ou GoLaxy, propose d’utiliser l’IA, tant générative que dans des applications d’apprentissage profond, au service de la guerre cognitive menée par Pékin. Selon Bernard Claverie, professeur émérite de sciences cognitives à l’Institut polytechnique de Bordeaux (INP), ce concept regroupe « les opérations cherchant à altérer ou annihiler les mécanismes de pensée de l’adversaire » par des moyens technologiques et numériques (4).
L’objectif affiché de l’entreprise, créée en 2009, est de mobiliser l’IA pour dépasser le stade de la massification, c’est-à-dire la création et la diffusion de milliers de contenus peu ou mal ciblés (5). GoLaxy considère que, grâce à ses outils dopés à l’IA, ses clients seront en mesure d’influencer les bonnes personnes (citant même le seuil critique de « 3,5 % » (6) (7) des populations ciblées), de la bonne manière, au bon moment. Un Cambridge Analytica sous stéroïdes, en quelque sorte. Cependant, une incertitude demeure quant aux capacités réelles de GoLaxy. Peut-elle concrétiser la vision de campagnes d’influences à la fois automatisées et mieux ciblées, s’appuyant sur des bots (comptes automatisés) se coordonnant pour infiltrer des communautés afin d’infléchir le ton d’un récit (8) ? Ou bien surestime-t-on encore les pouvoirs persuasifs de l’IA ?
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