L’information ou plutôt la désinformation sont devenues des armes d’usage courant utilisées sans vergogne par nos compétiteurs stratégiques. Cela oblige à développer une stratégie de la vigilance institutionnelle pour pouvoir anticiper et a minima limiter les effets néfastes dans le champ informationnel. Cela exige beaucoup de lucidité et d’adaptabilité.
L’alerte toxique : quand la vigilance informationnelle se retourne contre elle-même
Enjeux stratégiques de la contre-désinformation à l’ère de la guerre cognitive
The Toxic Alert: When Informational Vigilance Backfires
The Strategic Risks of Countering Disinformation in the Era of Cognitive Warfare
Information, or perhaps disinformation, has become an everyday weapon used shamelessly by our strategic competitors. It calls on us to develop a strategy for institutional vigilance so we might anticipate and, at the very least, limit any harmful effects in the field of information. It will require much clarity and adaptability.
Dans le contexte actuel de guerre cognitive où les démocraties occidentales font face à des campagnes de désinformation d’une ampleur inédite (1), les dispositifs de vigilance informationnelle – signalements citoyens, fact-checking, analyses de Renseignement de source ouverte (OSINT) – constituent apparemment la première ligne de défense de la sphère publique. Pourtant, l’observation des dynamiques informationnelles contemporaines révèle un paradoxe troublant : ces mécanismes de protection peuvent parfois amplifier les menaces qu’ils visent à neutraliser.
Ce phénomène, que nous proposons de désigner sous le terme d’« alerte toxique », interroge fondamentalement l’efficacité des stratégies de défense contre les ingérences informationnelles. Au moment où la France renforce ses capacités de résilience cognitive, notamment à travers les missions de Viginum (2) et les orientations du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), il apparaît crucial d’analyser ces effets pervers et d’adapter nos stratégies en conséquence.
L’alerte toxique se définit comme une action de vigilance informationnelle qui, malgré son intention corrective ou préventive, produit un effet mesurable d’amplification du contenu qu’elle visait à neutraliser. Cette toxicité ne résulte ni d’une erreur technique ni d’une intention malveillante, mais constitue un effet secondaire systémique lié à la structure même de l’environnement informationnel contemporain.
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