Revisiter l’art de la guerre selon Turenne, revient à comprendre la révolution militaire que le maréchal sut introduire. La manœuvre, par la combinaison des armes, devait amener à la bataille tactique et donc à la victoire stratégique. Cette capacité à réfléchir l’action a profondément inspiré le comte de Guibert comme théoricien de la guerre, puis Napoléon, fervent admirateur.
Histoire militaire - Le maréchal de Turenne et l’art de la guerre
Military History—Marshal de Turenne and the Art of War
Taking a new look at Turenne’s vision of the art of war requires an understanding of the military revolution that the Marshal set in motion. By combining arms, a manoeuvre should lead to a tactical battle thence to strategic victory. His ability to think through an action greatly inspired Comte de Guibert as a theorist on warfare and, later, Napoleon, who was a fervent admirer.
Si Napoléon lui-même considérait le maréchal de Turenne (1611-1675) comme l’un de ses maîtres en matière d’art militaire, il convient de se poser la question de savoir pourquoi. La raison en est, qu’à une époque où la science de la guerre se trouvait dominée par la guerre de siège conduite par des armées indissociables, Turenne, au même titre que Condé (1621-1686) d’ailleurs, son perpétuel rival, a réhabilité la manœuvre par la combinaison des armes. Toutefois, si Condé s’est affirmé comme un remarquable tacticien dans la bataille, il faut savoir que le génie de Turenne lui était supérieur, car il s’exerçait à un niveau plus élevé que celui de la seule bataille, art que Napoléon dénommait la « grande tactique ». Pour Turenne, en contrepied total et complet avec les idées de son époque, la bataille tactique devait être l’aboutissement qui couronnait une manœuvre stratégique.
Cette révolution de l’art de la guerre prônée et conduite par Turenne devait être éphémère, puisqu’après sa disparition et celle de Condé, survenue onze ans plus tard, la puissance tyrannique du feu fixe fortifié conduira ses successeurs, et même le plus brillant d’entre eux, le Maréchal de Villars (1653-1714), à revenir aux errements antérieurs. Si la manœuvre de Turenne a dominé les opérations liées à la guerre de Hollande (1672-1678), celles de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713), conduites au crépuscule du règne de Louis XIV, ont constitué un retour à la guerre de siège. Il faudra attendre le XVIIIe siècle et les Lumières, mouvement intellectuel majeur dominé au plan militaire par la « querelle des ordres » – l’ordre mince, ou la ligne, privilégiant le feu, opposé à l’ordre profond, ou la colonne, avantageant le mouvement, pour redécouvrir l’art de la manœuvre, combinaison des deux. Ce retour – définitif cette fois – de la manœuvre a été permis grâce au maréchal de Saxe (1696-1750) et codifié par l’Essai général de tactique (1772), du comte de Guibert (1743-1790), véritable Clausewitz français et surtout, maître intellectuel de Napoléon, qui l’a d’ailleurs reconnu. Il existe donc dans la pensée militaire française une filiation directe entre Turenne et Napoléon, filiation qui passe par Maurice de Saxe et le comte de Guibert.
Avant de développer le génie manœuvrier de Turenne en explicitant la plus brillante de ses manœuvres, sa campagne d’Alsace de l’hiver 1675, il convient d’abord d’exposer les fondements de la science militaire de l’époque, la guerre de siège, incarnée par la « ceinture de fer » fortifiée dont Vauban (1633-1707) a voulu protéger le « pré carré » royal avant de terminer par la postérité militaire de Turenne en termes d’art de la guerre. On verra que les analogies historiques peuvent être poussées assez loin.
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