L'utilisation tactique de la bombe atomique
Le problème se trouva pratiquement posé dès le lendemain d’Hiroshima. Peut-être se souvient-on des anticipations hardies de certains militaires qui, dès cette époque, évoquaient le futur « revolver » atomique, capable de décimer des divisions entières, sous la seule condition que l’on sache débiter « en pilules » la fameuse énergie atomique, à l’instar de nos énergies chimiques ordinaires. Or, sept ans après les événements de 1945, il semble que le problème reste entier. Du moins les déclarations officielles faites au début de 1952 par le Département d’État américain semblent avoir apporté une légère déception : alors que l’on avait précédemment fait état de réels progrès pour une utilisation tactique de la bombe atomique, d’aucuns croyaient à la véritable bombe de poche. Nous savons qu’il n’en est rien, la tactique atomique vue par les États-Unis semblant essentiellement consister dans le transport et le lancement possible de bombes à partir de chars lourds, capables certes d’amener la bombe sur le champ de bataille, mais le progrès résiderait bien plutôt dans le mode de transport de la bombe que dans le conditionnement de celle-ci.
Une énergie trop puissante
Le principe de la bombe atomique est en lui-même trop connu pour que nous nous appesantissions sur son analyse. On sait que toute bombe atomique comporte comme matière première une substance parfaitement fissible, savoir l’uranium 235, ou le plutonium. L’uranium 235 s’isole à partir de l’uranium naturel dans lequel il est contenu selon la proportion de 0,7 % : cette séparation est de toute manière une opération extrêmement fastidieuse. Elle s’opérait naguère au moyen du spectrogramme de masse ; aujourd’hui, les Américains semblent employer systématiquement à cet effet un appareil spécial, dérivé du principe des accélérateurs de particules, et appelé isotron. Quant au plutonium, c’est un sous-produit naturel de la pile atomique, étant entendu qu’une pile de 1 000 kW de puissance, fournit sensiblement un gramme de plutonium par jour (indiquons pour mémoire que la puissance atomique actuellement installée aux États-Unis semble largement dépasser 1 million de kW).
Ces métaux fissibles voient leurs noyaux exploser lorsqu’ils sont heurtés par des neutrons. Le noyau de plutonium par exemple se « fissera » lorsqu’il sera touché par un neutron incident, phénomène au cours duquel on observe une brisure de ce noyau selon deux ou plusieurs noyaux plus petits, tandis que des neutrons secondaires — 2 ou 3 en moyenne — sont éjectés, ces neutrons secondaires étant évidemment capables d’aller frapper d’autres noyaux selon le principe bien connu de la fameuse réaction en chaîne. Si tous ces neutrons étaient actifs la réaction s’emballerait évidemment quelle que soit la masse de plutonium considérée. Mais en fait, une certaine partie d’entre eux (nous supposons qu’il n’y a, à l’intérieur de la bombe, aucune impureté qui risquerait d’absorber des neutrons) s’échapperont par la surface extérieure : nous aurons tout de suite une idée de l’importance de cette proportion sachant que le libre parcours moyen d’un neutron dans le plutonium — c’est-à-dire le chemin qu’il doit parcourir en moyenne avant de rencontrer un noyau — est de 2 à 3 cm. Et on devra évidemment considérer comme actifs les seuls neutrons qui ont rencontré des noyaux, le rapport entre ces neutrons actifs et le nombre de fissions d’où sont nés les neutrons secondaires constituant le facteur de multiplication de la réaction. On le désigne communément par K, la condition nécessaire et suffisante pour l’obtention d’une explosion atomique étant que K soit largement supérieur à l’unité.
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