L’homme est un démiurge, car il crée. Certes, il ne crée pas de matière vivante, en dehors de ses enfants. Mais il crée des concepts, des organisations, des machines, et il cherche à les perfectionner sans cesse, pour réaliser un but lointain dont la finalité elle-même bien souvent lui échappe. On peut par exemple se demander légitimement si la recherche d’une vitesse de déplacement de plus en plus grande est un élément de bonheur, un « progrès ». Quoi qu’il en soit, l’homme crée. Comme le démiurge, il procède par tâtonnements, par multiples essais successifs. Il n’est donc pas étonnant qu’on puisse retrouver dans l’histoire de l’évolution biologique dont nous connaissons maintenant assez bien les lois, des ressemblances frappantes avec l’évolution des créations humaines. Loin d’être stérile, une telle recherche nous amènera à des constatations intéressantes et nous éclairera puissamment sur nos limites et sur nos erreurs. Lire les premières lignes
Le problème se trouva pratiquement posé dès le lendemain d’Hiroshima. Peut-être se souvient-on des anticipations hardies de certains militaires qui, dès cette époque, évoquaient le futur « revolver » atomique, capable de décimer des divisions entières, sous la seule condition que l’on sache débiter « en pilules » la fameuse énergie atomique, à l’instar de nos énergies chimiques ordinaires. Or, sept ans après les événements de 1945, il semble que le problème reste entier. Du moins les déclarations officielles faites au début de 1952 par le Département d’État américain semblent avoir apporté une légère déception : alors que l’on avait précédemment fait état de réels progrès pour une utilisation tactique de la bombe atomique, d’aucuns croyaient à la véritable bombe de poche. Nous savons qu’il n’en est rien, la tactique atomique vue par les États-Unis semblant essentiellement consister dans le transport et le lancement possible de bombes à partir de chars lourds, capables certes d’amener la bombe sur le champ de bataille, mais le progrès résiderait bien plutôt dans le mode de transport de la bombe que dans le conditionnement de celle-ci. Lire les premières lignes
Le 2 septembre 1945, le Viet-Minh, après s’être emparé du pouvoir, proclame l’indépendance de l’Indochine et rompt brutalement les liens qui la rattachaient à la France. « Les Français, déclare-t-il, nous ont dans le domaine politique privés de toute liberté, ils ont réduit notre peuple à la plus noire misère et saccagé impitoyablement le pays… Notre peuple a brisé toutes les chaînes qui ont pesé sur nous depuis près de cent ans ». Lire les premières lignes
Dans les semaines qui ont précédé le débarquement en Normandie, le Haut Commandement allié, en dressant les plans minutieux de l’invasion de la France, fut amené à envisager l’action de la Résistance sur les opérations militaires. À Londres, la France libre avait établi, dès le mois d’avril 1944, un plan d’emploi des Forces françaises de l’intérieur, en liaison avec les armées anglo-américaines. Ni les Américains, ni les Anglais n’avaient grande confiance dans l’efficacité des Forces françaises de l’intérieur. Ils craignaient que la Résistance fût plus politique que militaire. Que ce soit dans la phase du débarquement proprement dit comprenant une ou plusieurs têtes de pont, que ce soit dans la phase de l’exploitation stratégique, le Haut Commandement anglo-américain se montrait très réservé envers la France libre et la Résistance. Lire les premières lignes
La formation d’une Europe unie en un seul corps politique est le problème sur lequel on se penche aujourd’hui avec une sollicitude ignorée des générations précédentes. De tout temps, mais à présent avec une force accrue, l’homme a désiré ces biens suprêmes : la paix, l’ordre, la liberté ; il se berce de l’illusion qu’en supprimant les frontières il se rapproche de la fraternité universelle. Que les conflits entre nations européennes soient qualifiés de « guerres civiles », la remarque ne date pas d’hier ; Napoléon, réduit à méditer sur son récif de Sainte-Hélène, l’exprimait déjà. Mais jamais les diverses opinions publiques ne l’ont imaginé comme elles le font depuis les deux dernières guerres mondiales. Devant la menace d’une totale destruction des richesses matérielles, artistiques, intellectuelles et morales acquises au cours d’une civilisation presque trois fois millénaire, l’Europe paraît décidée à réagir. Si le recours à un groupement supérieur aux nations existantes n’élimine pas avec certitude toute chance de guerre, du moins aura-t-il l’avantage d’en réduire les occasions, celles précisément de ces « guerres civiles » dont on vient de parler. L’évolution est d’ailleurs acquise qui pousse les sociétés humaines vers une croissance continue : elle les a successivement élevées de la famille à la tribu, puis à la cité, à la province, à la nation, toute la gamme des réalisations atteintes avec la perspective du continent pour finir à l’humanité entière. Vue généreuse de l’esprit et peut-être trop théorique. Des mouvements de régression n’ont pas manqué de contrarier le développement régulier de ces transformations pour le contenir et voire les détruire : « Nous savons maintenant, rappelait naguère Paul Valéry, que les civilisations sont mortelles »… Lire les premières lignes
Chroniques
Le 11 août 1952, le général Ridgway s’adressa aux journalistes accrédités du Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) et dressa le bilan de ses premières impressions de Commandant suprême (SACEUR), comme suite à ses visites d’inspection dans la plupart des pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (NATO) et de ses contacts avec les divers services de son état-major du SHAPE. Lire les premières lignes
Le 16 juillet 1952, le vice-amiral Barjot prit effectivement le commandement de la zone stratégique de l’océan Indien, poste pour lequel il avait été désigné quelques mois plus tôt. Cette prise de commandement nous permet de rappeler l’importance de cette zone délimitée ainsi par le décret du 3 juillet 1951 : à l’ouest, par le 30e méridien de longitude ouest, c’est-à-dire le méridien du Caire ; à l’est, par le 90e méridien de longitude est, c’est-à-dire le méridien de Calcutta ; au nord, parle 90e parallèle de latitude nord, c’est-à-dire le parallèle de Bassorah et Abadan ; au sud, par l’Antarctique. Lire les premières lignes
L’Assemblée mondiale de la jeunesse, appelée aussi WAY (World Assembly of Youth) a tenu pour la première fois ses assises dans un territoire de l’Union française. Les représentants des jeunes de 24 pays se sont réunis à Dakar du 3 au 13 août 1952 et des observateurs de l’ONU, de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et de l’Office mondial de la Santé (OMS) ont participé aux travaux des commissions. Lire les premières lignes
La crise égyptienne – au moins la crise politique – a trouvé une solution brutale. Le 26 juillet 1952, le général Neguib [Naguib], dont la renommée n’avait pas jusqu’alors franchi les frontières de l’Égypte, adressa un ultimatum au roi Farouk, après que ses troupes eurent pris position aux points stratégiques du Caire. Le Foreign Office fit savoir que l’on considérait à Londres le conflit ouvert entre le Roi et l’Armée comme une affaire purement intérieure, et que la garnison britannique de la zone du canal n’interviendrait pas. Sommé d’abdiquer et de quitter l’Égypte, Farouk se soumit aux conditions de son vainqueur et s’embarqua pour l’Europe, discrètement salué par Ali Maher, chef du nouveau gouvernement égyptien, par M. Jefferson Caffery, ambassadeur des États-Unis au Caire et par le général Neguib. Le trône reviendra au seul fils de Farouk, le jeune Fouad, que sa mère a emmené dans l’exil. Jusqu’à sa majorité, un Conseil de Régence exercera les pouvoirs royaux. Nommé, d’abord, à titre provisoire, en l’absence d’un Parlement – le précédent ayant été dissous – le Conseil de Régence sera ensuite constitutionnellement désigné par les Chambres, dont l’élection est prévue en février 1953. Lire les premières lignes
Bibliographie
L’auteur, ancien officier de Marine, s’est occupé de radio dès le début de sa carrière. Il est donc qualifié pour présenter un historique des faits et des hommes qui ont amené la radio au point où elle se trouve actuellement. Rendant hommage aux savants et aux ingénieurs, il montre la lutte entre les différents pays pour s’assurer une place prépondérante dans l’utilisation des ondes. En France, au début, la radio fut étudiée par l’armée – et le général Ferrié en fut le grand animateur – mais que de progrès depuis les postes à galène, alternateurs musicaux : ondes entretenues, alternateurs à haute fréquence, hétérodyne, lampes à trois électrodes, circuit à réaction et enfin utilisation de la triode comme émetteur. Lire la suite
Les Français attendaient ce livre. Il fallait enfin dégager le « spectre de 1940 » des légendes qui l’entouraient, éclairer les avenues de la critique, rendre justice à tous et faire la « cure » nécessaire de notre moral. Le général André Laffargue s’y consacre dans une remarquable et impartiale étude. Il ressuscite l’armée de 1940, telle qu’elle était et non point telle qu’un décor de désastre a prétendu la montrer. Cette tardive mise au point ne décevra pas. Mieux : elle apporte à la grande phalange, victime silencieuse du drame, justice et apaisement et aux Français l’explication qu’ils cherchaient en vain. Car tous les actes qui concoururent à la défaite sont ici rigoureusement criblés, analysés et mesurés, sans complaisance ni passion : il fallait prouver et non innocenter. Lire la suite
Livre qui devait être écrit : toute l’Armée de l’air française doit remercier son auteur. Cette œuvre devrait permettre de faire justice des affirmations déplorables qui ont voulu faire croire que l’on ne s’était pas battu dans le ciel en 1940. Or, comme le démontre si bien le général d’Astier, « l’aviation s’est bien et utilement battue et pourtant son rôle sera méconnu délibérément, car elle a été choisie comme bouc émissaire de la défaite… Sa présence, ajoute l’auteur, marquée, de jour comme de nuit, par ses engagements, ses pertes et souvent ses victoires, est efficace malgré l’incompétence du haut commandement, son peu de génie et, à certains moments, son énervement… Quand, déjà, les unités des autres armes coulent entre les doigts de leurs chefs, elle reste cohérente et disciplinée à sa place de combat. Quand les routes de France ne sont plus que les chemins de la déroute, elle continue à se battre jusqu’au moment où elle se trouve privée de ravitaillement, devant un champ de bataille déserté par l’infanterie… Et pourtant… les lacunes de son matériel ne sont pas plus graves que celles du matériel des armées terrestres ; au moins sera-t-il bien employé. » Lire la suite
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