Défense nationale et santé publique
Depuis la fin de la dernière Guerre mondiale, les Pouvoirs publics paraissent avoir compris la nécessité de donner une orientation nouvelle à l’organisation de la Défense nationale en tentant de réaliser la répartition des ressources en personnel et matériel de la Nation, entre tous les Ministères civils et militaires. Sans entrer dans le détail des organismes chargés d’assurer cette répartition des ressources nationales, nous rappellerons seulement — qu’à notre connaissance — la seule réalisation pratiquée dans le domaine sanitaire paraît avoir été la fusion des Services de Santé de l’Armée, de la Marine et de l’Air, en une Direction unique du Service de Santé de la Défense nationale. Laissant aux Corps de Santé des trois Armes, le soin de commenter l’opportunité d’une pareille mesure, nous estimons qu’on a, jusqu’ici, complètement méconnu le problème de la protection sanitaire de la population civile en temps de guerre. Nous nous garderons de traiter cette question sur le plan national car nous n’ignorons pas que d’âpres concurrences sont en jeu entre différents départements ministériels qui prétendent, les uns et les autres et pour des raisons diverses, s’assurer le monopole de la Sécurité publique. Bornons-nous simplement à esquisser, dans le cadre limité du département qui constitue l’entité administrative française, le point de vue d’un administrateur, qui ne doit pas être très éloigné de la façon de voir du médecin praticien auquel cet article est destiné.
La période s’étendant de 1935 à 1945 a mis en évidence le fait que la conduite de la guerre est totale, dans les buts qu’elle s’assigne et dans les fins qu’elle recherche. Totale, par l’étendue des ressources qu’elle sollicite sur le plan national pour la poursuite de la lutte (ressources humaines, économiques, financières) ; totale aussi par les destructions qu’elle entraîne pour tous ceux qui concourent à la lutte sous quelque forme que ce soit. En conséquence, la population civile, quelle que soit la valeur des engagements internationaux, ne peut se prétendre à l’abri des risques de guerre. Les bombardements aériens de la Luftwaffe contre les villes anglaises, les raids stratégiques alliés contre les villes allemandes, ne constituent malheureusement qu’un prélude à cette nouvelle façon de concevoir et de conduire les hostilités. C’est un fait que, pendant cette période, les nations faisant partie du théâtre aérien des opérations ont subi des pertes sensiblement plus élevées parmi les populations civiles que dans leurs Forces armées. Et s’il nous est permis de regretter les temps anciens où les guerres se faisaient par gens de métier, et dont « le métier consistait à la faire », il ne nous est pas possible, désormais, de méconnaître les conséquences effroyables qu’entraînerait, pour la population civile, le développement d’une nouvelle conflagration.
Quels sont donc les aspects, qu’en nos connaissances actuelles, pourrait revêtir un éventuel conflit ?
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