Donald Trump va arriver au sommet de l’Otan d’Ankara sûr de ses « victoires » et méprisant envers l’Otan et l’Union européenne. Les Européens ont augmenté leurs budgets défense mais craignent une dépendance aux industriels américains. La priorité américaine se situe en Asie, tandis que la Russie menace l’Europe. Le sommet d’Ankara pourrait marquer un tournant dans le désengagement américain, avec Volodymyr Zelensky en observateur et Donald Trump en mode « deal maker », malgré son relatif échec en Iran.
Éditorial – Ankara : le sommet de tous les doutes (T 1844)
Le président Donald Trump prononce un discours à l'amphithéâtre Burning Hills de Medora, dans le Dakota du Nord, le 1er juillet 2026 (© Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok / Flickr)
Editorial —Ankara: the summit fraught with doubt
Donald Trump will arrive at the Ankara NATO summit confident in his "victories" and disdainful of both NATO and the European Union. While Europeans have increased their defense budgets, they fear becoming dependent on American defense manufacturers. U.S. priorities lie in Asia, whereas Russia poses a threat to Europe. The Ankara summit could mark a turning point in the U.S. disengagement, featuring Volodymyr Zelensky as an observer and Donald Trump in "deal-maker" mode—despite his relative lack of success regarding Iran.
Après son autocélébration à Washington, à l’occasion des 250 ans de l’indépendance des États-Unis, Donald Trump va arriver à Ankara pour le sommet de l’Otan. Sûr de ses victoires au Venezuela et en Iran (ça se discute…), il veut, là encore, imposer sans aucun ménagement son peu d’intérêt pour l’Otan et son mépris pour les Européens. Déjà, lors de son premier mandat, le président américain avait affiché ostensiblement son dédain à l’égard de ses alliés leur reprochant – à juste titre – de ne pas assez dépenser pour leur défense. Toutefois, depuis le 24 février 2022, le vent a tourné et les Européens ont pris conscience de leurs fragilités et ont commencé à réinvestir massivement dans leurs budgets militaires.
Si la barre des 3,5 % du PIB n’a pas été atteinte par tous les pays membres, la plupart ont déjà rejoint les 2 % et les perspectives de progression ont été clairement affichées. Avec cependant une inquiétude : à qui vont profiter les hausses ? À la Base industrielle et technologique de défense européenne ou aux industriels américains ? Donald Trump ne pense qu’à la seconde option, avec des achats massifs d’armements aux États-Unis dont notamment le F 35. Des alliés subordonnés et clients, telle est son approche.
Les Européens ont bien compris que le centre de gravité de l’effort militaire américain s’était déplacé vers l’Asie et l’Indo-Pacifique et ce, depuis l’administration Obama. Or, la Russie est devenue la puissance agressive et menaçante, non seulement avec la guerre de haute intensité menée contre l’Ukraine et la guerre hybride conduite contre l’Union européenne, ses institutions mais aussi les États la composant. La liste des actions téléguidées par Moscou ne cesse de s’allonger, allant des drones survolant des zones d’intérêt militaire jusqu’à la désinformation via les réseaux sociaux et certains médias sous influence. Là encore, la pression américaine décidée à défendre à tout prix les GAFAM ne facilite pas la réplique, en l’absence de géants européens de la Tech ; l’une des nombreuses fragilités à combler de toute urgence dans la compétition entre les États-Unis et la Chine.
Certes, le Sommet du G7 à Évian, sous la présidence française, a été un succès. Cependant, avec le président américain, rien n’est acquis définitivement et Ankara pourrait être un point d’inflexion sérieux, même si le secrétaire général de l’Otan, le Néerlandais Mark Rutte, va tout faire pour amadouer le locataire de la Maison Blanche. Il va falloir observer avec la plus grande attention la rencontre avec Volodymyr Zelensky. L’Ukraine tient le choc et met en échec un Vladimir Poutine fébrile, bien obligé d’admettre des difficultés touchant désormais ses concitoyens dans leur vie quotidienne, avec les pénuries de carburant dans les stations-service. Bien sûr, pour le président russe, sa responsabilité n’est pas engagée et le narratif de sa propagande est d’assurer son opinion publique que tout se déroule comme prévu dans le plan et que c’est la faute de l’Ukraine et de l’Otan, obligeant la Russie à se défendre. Une inversion accusatoire facile mais qui ne dupe personne, sauf peut-être Donald Trump. Celui-ci souhaite toujours imposer sa paix pour se présenter comme le meilleur deal maker de l’histoire des États-Unis… en oubliant l’échec stratégique avec l’Iran dont le régime a su habilement exploiter la date symbolique du 4 juillet avec le début des obsèques de l’ancien Guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, tué le 28 février lors du déclenchement de la guerre.
Ankara va donc être un moment intense pour l’Otan et une nouvelle étape du retrait partiel des États-Unis, avec le risque d’une présidence américaine plutôt hostile mais avide de conserver le contrôle sur les décideurs européens. ♦
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