Marine - États-Unis : abordage en Méditerranée ; forces sous-marines américaine et soviétique - France : budget de la Marine pour 1976 ; exercice Îles d'or - Otan : exercice Ocean Safari - URSS : construction d'un 3e porte-aéronefs
États-Unis
Abordage en Méditerranée
Deux bâtiments de la 6e Flotte, le porte-avions John F. Kennedy et le croiseur lance-missiles Belknap se sont heurtés au cours de manœuvres aviation dans la nuit du 22 au 23 novembre. La collision qui a eu lieu à 70 nautiques dans l’Est de la Sicile, a fait 5 morts et 13 blessés. En outre, 3 marins sont portés disparus sur les 55 que le choc a précipités à la mer. Le feu a pris sur les deux bâtiments : rapidement maîtrisé sur le pont d’envol du Kennedy, il n’a pu être circonscrit qu’au bout de 2 heures sur le Belknap du fait de l’explosion de munitions et de dégâts importants dans les superstructures (fortement endommagées au contact des encorbellements du porte-avions).
Le J.F. Kennedy n’a pas interrompu ses activités opérationnelles mais le Belknap a dû être remorqué jusqu’à Augusta (Sicile). Une enquête a été ordonnée sur les circonstances de cet abordage.
Forces sous-marines américaine et soviétique
L’amiral Hyman G. Rickover qui vient à l’âge de 76 ans d’être maintenu pour deux ans encore et pour la septième fois consécutive, à la tête de la division Propulsion nucléaire du Bureau of Ships au sein du Navy Department, a récemment dressé devant le Comité Defence Appropriations de la Chambre des Représentants un tableau comparatif des forces sous-marines américaine et soviétique. Il ressort de ce tableau, reproduit ci-contre, que les Soviétiques disposent d’un nombre impressionnant de sous-marins, triple de celui que possèdent les Américains. De plus, selon l’amiral, l’URSS consacre 40 % de son budget Marine aux sous-marins alors que l’US Navy ne leur affecte que 20 % de ses crédits. Les chantiers soviétiques peuvent construire trois fois plus de sous-marins que les chantiers américains.
À titre d’exemple, l’amiral a déclaré que depuis janvier 1974, les Soviétiques avaient construit quinze sous-marins et les Américains seulement quatre. Il existe cinq grands chantiers spécialisés en URSS (Severodvinsk, Gorki, Komsomolsk sur l’Amour et deux autres à Leningrad) contre deux aux États-Unis (Newport News et General Dynamics à Groton).
Toujours, selon l’amiral, sur les 52 sous-marins nucléaires lance-missiles stratégiques soviétiques actuellement en service, 34 appartiennent à la classe Y (Yankee) et 6 au type D (Delta) ; 8 D seraient en construction.
Rappelons pour nos lecteurs les caractéristiques de ces sous-marins :
Yankee :
– Déplacement : 7 900/9 500 t.
– Dimensions : 128 x 11,50 x 9 m.
– Vitesse : 25/30 nœuds.
– Armement : 16 missiles de 1 300 nautiques de portée portant une Charge militaire (CM) nucléaire de l’ordre de la mégatonne. Il existe une version plus récente de 1 600 Nq de portée et munie d’une charge pouvant être lancée en grappe (MRV).
Delta :
– Déplacement : 9 500/11 000 t.
– Dimensions : 134 x 12 x 9,50 m.
– Vitesse : 25/30 nœuds.
– Armement : 12 missiles de 4 200 Nq de portée avec une CM d’une mégatonne.
Les Delta sont les équivalents, précise l’amiral, des SNLE type Trident de l’US Navy dont le premier ne sortira qu’en 1979. Notons que 10 unités de ce type sont prévues et qu’il s’agira de sous-marins dont le déplacement en plongée atteindra 18 000 t et qui seront porteurs de 24 missiles de 4 000 Nq de portée avec 14 têtes du type MIRV.
D’autre part, outre les efforts de modernisation et d’amélioration de leurs bâtiments les plus anciens, les Soviétiques ont, selon l’amiral Rickover, réalisé depuis 1968, huit nouveaux projets de sous-marins alors que les Américains n’en auraient produit que deux.
Ce bilan numérique pessimiste mais qui doit être assez proche de la réalité, compte tenu de la position de l’amiral au sein du Navy Department, mérite cependant d’être, selon nous, nuancé.
S’il est vrai que la force sous-marine soviétique est plus nombreuse que celle des Américains, y compris dans la catégorie des SNLE et des Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), il ne semble pas que ces bâtiments soient aussi perfectionnés que ceux de l’US Navy. Sans parler de leurs équipages que la marine soviétique aurait du mal à recruter, ne dit-on pas que ces bâtiments auraient un certain retard technique à combler, notamment au plan de la détection, de la fiabilité et de la discrétion ?
Les missiles des Delta ont certes une portée plus grande que celle des Polaris et autres Poseidon américains, mais ils ne sont pas encore dotés de têtes « mirvées » à trajectoire indépendante.
Il est un domaine, par contre, où les Soviétiques paraissent avoir acquis une certaine avance : c’est celui du missile tactique antisurface lançable en plongée à partir d’un SNA. Ce type de missile représente un très grave danger car il peut être lancé sur l’adversaire hors de la portée de ses propres moyens de détection. L’US Navy ne rattrapera son retard qu’avec la mise en service d’un engin analogue : le Sub Harpoon qui a reçu un haut degré de priorité.
Comparaison entre les forces sous-marines américaine et soviétique
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(Type) |
Soviétiques - janvier 1975 |
États-Unis - juin 1976 |
|
Attaque : |
|
|
|
nucléaire |
38 |
65 |
|
non nucléaire |
160 |
12 |
|
Lance-missiles balistiques : |
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|
|
nucléaire |
52 |
41 |
|
non nucléaire |
20 |
0 |
|
Lance-missiles tactiques aérodynamiques : |
|
|
|
nucléaire |
40 |
0 |
|
non nucléaire |
25 |
0 |
|
Total partiel |
|
|
|
nucléaire |
130 |
106 |
|
non nucléaire |
205 |
12 |
|
Total général |
335 |
118 |
France
Budget de la Marine pour 1976
Le budget de la Marine pour l’exercice 1976 prévoit 7 967 millions de francs de Crédits de paiement (CP) pour l’ensemble des titres III (Fonctionnement) et V (Dépenses en capital) contre 7 107 MF en 1975, ce qui représente une progression de 11,2 %. Le titre V est doté de 5 160 MF d’Autorisations de programme (AP).
En 1976, les ressources de la marine, c’est-à-dire les CP, se répartiront en gros comme suit en MF :
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|
1976 |
1975 |
|
Titre III |
4 125,60 |
3 811,30 |
|
Titre V |
3 514,3 |
3 592,70 |
Cet ensemble représente environ 16,2 % du budget des armées. Ce pourcentage qui reste constant depuis quelques années, continue à être le plus faible des trois armées et à être de moitié inférieur à celui que d’autres pays consacrent à leur marine :
– États-Unis : 33 %
– URSS : 30 %
– Grande-Bretagne : 28 %
– Pays-Bas : 24 %
– Italie : 17 %
Les CP du titre III qui représentent 52 % du budget de la Marine, se répartissent comme suit par grandes masses et en MF :
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|
1976 |
1975 |
|
– personnel, rémunérations, charges sociales |
2 286 |
1 839,6 |
|
– matériel et fonctionnement des armes et services |
1 814,6 |
1 699,7 |
Le chapitre Personnel augmente de 26 % par rapport à 1975 et il représente environ 55 % du titre III. C’est qu’il tient compte de la revalorisation de la condition matérielle des personnels militaires décidée par le Gouvernement et votée par le Parlement.
Le chapitre Matériel et Fonctionnement représente 45 % du titre III. Il progresse de 8,1 % par rapport à 1975 mais avec l’érosion monétaire, il se traduira en fait par une diminution en 1976 du pouvoir d’achat de la Marine. Les sommes prévues pour l’acquisition de combustibles, notamment, sont inférieures à celles de 1975, ce qui avec la hausse des prix aboutira à une diminution des stocks à la fin de 1976.
Le chapitre Entretien de la Flotte, malgré une augmentation de 5,5 % sur celui de l’exercice 1975, sera en réalité, du fait de l’inflation, amputé de 6 %. Ceci aurait inéluctablement conduit à un défaut d’entretien de la flotte, si le plan de soutien à l’économie de septembre dernier, n’était venu entre-temps atténuer en partie cet inconvénient.
Comme il a été dit plus haut, les dépenses en capital (titre V) s’élèveront en 1976 à 3 811,3 MF de CP contre 3 592,7 MF en 1975, ce qui représentera une augmentation de 6 %.
Les 5 160 MF d’autorisations de programme seront répartis comme suit :
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Études, recherches, prototypes |
723,6 |
14 % |
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Fabrications |
4 214,30 |
81,7 % |
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Infrastructure |
222,7 |
4,3 % |
Ces AP sont de 6 % supérieures à celles accordées en 1975, mais cette augmentation n’est qu’apparente en raison du coût croissant des matériels qui a abouti à une baisse du volume des investissements de l’ordre de 5 %, ce qui a évidemment entraîné un étalement des programmes.
Dans le chapitre Fabrications, la Force océanique stratégique (Fost) recevra 1 259 MF d’AP, ce qui permettra de poursuivre le programme des SNLE.
Les AP pour les constructions neuves, soit 1 136 MF, permettront de continuer les constructions en cours, soit :
– 3 corvettes C70 type Georges Leygues ;
– 14 avisos A69 ;
– 4 sous-marins type Agosta ;
– 4 patrouilleurs rapides type Glaive ;
– le pétrolier ravitailleur La Durance ;
– le bâtiment-atelier Jules Verne.
En 1976, en dehors du second pétrolier ravitailleur type La Durance dont la construction a été décidée dans le cadre du plan de soutien à l’économie, seront mis sur cale le prototype (1) du Chasseur de mines tripartites (CMT) belgo-franco-néerlandais dont nous avons parlé dans notre chronique d’août-septembre 1975 et, en fin d’année, notre premier SNA.
Les caractéristiques de ce sous-marin seront les suivantes :
– Déplacement : 2 265 t (Genève), 2 385 t (surface), 2 670 t (plongée).
– Dimensions : 72,10 x 7,60 x 6,40 m.
– Propulsion : Une chaufferie nucléaire constituée par un ensemble « réacteur-échangeur » intégré capable d’une puissance continue de 48 MW thermiques fournissant la vapeur à 2 turbo-alternateurs. Un seul moteur électrique principal entraînant une seule ligne d’arbre. Un groupe Diesel-générateur permet en cas d’indisponibilité prolongée de la chaufferie nucléaire d’assurer une propulsion de secours.
– Vitesse supérieure à : 25 nœuds.
– Armement : 4 tubes lance-torpilles de 533 mm, 14 torpilles ou mines.
Toujours dans le chapitre Fabrications, les AP pour l’aéronautique navale, soit 1 021 MF, faciliteront la poursuite des Super-Étendard (commande de 6 nouveaux appareils et achèvement du financement des 30 premiers) et WG.13 (commande de 8 nouveaux hélicoptères et poursuite du financement des 18 premiers) mais ne permettront pas d’entreprendre des études sur le successeur de l’Atlantic MK1.
En résumé, le budget de la Marine sera en 1976, et pour ce qui concerne les investissements, principalement consacré à la poursuite des opérations du 3e Plan qui ont dû, à cause de l’inflation et des prix, être étalées dans le temps. Dans ce domaine, le budget, peut-on dire, constitue donc la 6e année du 3e Plan quinquennal 1970-1975.
Exercice Îles d’Or
Cet important exercice aéronaval s’est déroulé en Méditerranée occidentale du 5 au 8 novembre dernier sous la direction du vice-amiral d’escadre Bourdais, Préfet maritime de la 3e Région et Commandant en chef (CEC) pour la Méditerranée. Il a mis en œuvre 35 bâtiments de guerre et de nombreux aéronefs des marines américaine, britannique, française, italienne, grecque et néerlandaise. Il a permis d’éprouver le commandement, les transmissions et le comportement des forces aéronavales de différentes nations dans le déroulement d’une crise d’intensité croissante s’achevant par des hostilités.
Les navires de la marine nationale ayant participé à Îles d’Or sont :
– Frégate lance-missiles : Suffren.
– Escorteurs d’escadre anti-sous-marins (ASM) : Duperré, La Galissonnière.
– Escorteur d’escadre lance-missiles : Du Chayla.
– Escorteurs d’escadre : Tartu, Jaureguiberry, La Bourdonnais.
– Escorteurs rapides : Le Provençal, L’Agenais, L’Alsacien.
– Escorteur côtier : L’Ardent.
– Pétroliers ravitailleurs : La Seine, L’Isère.
– Sous-marins : Diane, Junon, Galatée, Ariane.
Otan : Exercice Ocean Safari
Cet exercice aéronaval, le plus important de l’année 1975, s’est déroulé en mer de Norvège entre le 10 et le 20 novembre. Il avait pour but d’éprouver le soutien que pouvaient apporter des forces aéronavales et amphibies à un pays de l’Alliance Atlantique soumis à des pressions politiques et militaires.
Plus de 60 bâtiments et 17 000 marins appartenant à 8 nations y ont participé dont les porte-avions Indépendance de l’US Navy et Ark Royal de la Royal Navy. Deux navires dont le Colbert et un avion de patrouille maritime appartenant à l’Escadre de l’Atlantique, ont également pris part à Ocean Safari.
Cet exercice a été d’autant plus réaliste qu’il a été maintes fois survolé par des avions à long rayon d’action et suivi de très près par plusieurs bâtiments soviétiques dont 2 croiseurs lance-missiles. Ocean Safari avait été précédé par un exercice ASM baptisé Moby Dick qui s’était déroulé en mer d’Irlande et auquel participèrent une vingtaine de navires appartenant au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada.
URSS : Construction d’un 3e porte-aéronefs
Selon des informations de presse américaine, un 3e porte-aéronefs du type Kiev (ou dérivé) serait en construction à Leningrad. Le seul chantier de ce port en mesure de construire un bâtiment de ce tonnage est celui dit de « la Baltique » qui, depuis la construction des croiseurs type Sverdlov, s’était uniquement consacré à des bâtiments marchands ou à des auxiliaires.
La décision de construire également à Leningrad un porte-avions de ce type pourrait indiquer que la série des Kiev pourrait être assez importante puisque jusque-là la construction de ces bâtiments avait été confiée aux seuls chantiers de Nikolaiev en mer Noire.
Présentement, le Kiev serait en essais et son sistership, le Minsk en achèvement. D’après les quelques informations publiées dans la presse ou les documents spécialisés, il s’agit de navires d’environ 40 000 t dont la silhouette rappellerait celle de nos Clemenceau. Ils auraient une piste oblique inclinée à 5° environ par rapport à l’axe du navire, 2 ascenseurs mais pas de catapultes ni de brins d’arrêt. Leur groupe aérien comprendrait 2 douzaines d’avions à décollage court ou vertical du type Yak-36 et autant d’hélicoptères ASM. Leur armement comporterait des missiles antiaériens à courte et moyenne portée ainsi que des missiles antisurface et ASM. ♦
(1) Ce bâtiment pourrait n’être mis en chantier qu’au début de 1977.







