Institutions internationales - Les Européens en quête de moyens d'action - L'Europe dit « Oui » à la Grèce - Tensions entre membres de l'Otan - L'ONU et le Droit de la Mer - Riches et pauvres à l'ONU
À peine la situation paraît-elle se stabiliser en une région du monde qu’elle se détériore dans une autre. Voici quelques semaines, la guerre civile qui ensanglantait le Liban paraissait devoir rallumer l’incendie au Moyen-Orient. Aujourd’hui, l’attention se porte sur le Sahara occidental, sur la tension qui règne à Djibouti, sur la nouvelle lutte pour le pouvoir qui s’est engagée à Pékin, sur les suites de la victoire du MPLA en Angola… Il ne s’agit pas là d’événements qui peuvent être jugés indépendamment les uns des autres. Certes, il ne convient pas de réduire toutes les causes à l’antagonisme russo-américain (lequel prend parfois d’ailleurs la forme d’un accord plus ou moins explicite, justifiant la formule de Raymond Aron : « Les grands frères ennemis »). Mais il n’est pas moins vrai que les relations entre Washington et Moscou restent un facteur prépondérant d’explication des problèmes qui ne concernent pas directement les deux super-Grands.
La conquête du Sud-Vietnam par les armées de Hanoï, il va y avoir un an dans quelques semaines, après la démission de Richard Nixon, provoqua aux États-Unis un mouvement qui s’exprime par la formule « pas d’autre Vietnam ! ». Inévitable ou non, la victoire militaire du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) a revêtu une valeur symbolique que les membres du Congrès, dans leur humeur actuelle, paraissent incapables de saisir. Cette victoire consacre l’expansion de l’Union soviétique. En 1955, dix ans après la fin de la guerre, l’URSS avait fait son entrée sur la scène du Moyen-Orient et conclu les premiers accords de livraisons d’armes à l’Égypte de Nasser. Vingt ans plus tard, elle possède une flotte qui, porte-avions mis à part, n’a plus grand-chose à envier à la flotte américaine, et elle dispose de nombreuses bases au Moyen-Orient, en mer Rouge et dans l’océan Indien. Elle acquiert aujourd’hui, en Afrique occidentale, un point d’appui qui s’ajoutera à celui qu’elle possède en Guinée. En d’autres termes, on assiste non pas tant au développement d’un néocolonialisme – formule équivoque à l’Est comme à l’Ouest – qu’à l’expansion militaire d’une superpuissance.
La longue résistance du Portugal salazariste, la liquidation précipitée de l’empire lusitanien par les révolutionnaires de Lisbonne ont favorisé l’accession au pouvoir en Mozambique, puis en Angola, de nationalistes qui se servent d’un langage marxiste et qui peut-être agiront en accord avec l’Union soviétique. Certains des collaborateurs de M. Kissinger lui avaient conseillé de ne pas intervenir en Angola parce qu’ils tenaient la victoire du MPLA pour acquise à l’avance. Même si ce conseil était judicieux, le rôle des Cubains, le veto du Congrès, la réaction du secrétaire d’État ont révélé au monde le désarroi de la puissance qui, il y a quelques années encore, était psychologiquement et politiquement assez forte pour pratiquer la politique de l’« endiguement ». Du coup, les Européens se demandent à juste titre si le moment n’est pas venu, pour eux, de remonter sur la grande scène du monde. Mais le peuvent-ils ? Et si oui, en acceptent-ils les contraintes ?
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