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États-Unis : le plan quinquennal de la Marine
Dans l’exposé des motifs qui accompagne le budget que demande la Navy pour l’exercice 1976-1977, M. William Middendorf, le secrétaire à la Marine, met l’accent sur le développement de la flotte soviétique. L’énorme effort que cette dernière a accompli dans le domaine des constructions navales au cours de la décennie 1964-1974 lui a permis de rattraper puis de dépasser quantitativement la marine américaine.
« Aujourd’hui, précise M. Middendorf, la marine soviétique est numériquement la plus grande du monde avec 325 sous-marins dont plus de 130 à propulsion nucléaire, 227 bâtiments de combat de surface, 85 navires amphibies et plus de 1 700 auxiliaires et petites unités de combat. La capacité offensive de cette flotte est considérable. La force stratégique comprend plus de 70 Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) » (1). Le gros de cette flotte est, comme on sait, constitué par les 34 unités du type Yankee équipées de 16 missiles SS-N-6 de 1 500 à 1 600 nautiques de portée. À ces sous-marins, dont la construction s’est étendue de 1967 à 1974, a succédé une nouvelle classe de bâtiments appelée Delta qui met en œuvre 12 engins balistiques type SS-N-8 de 4 200 nautiques de portée. Ce type de sous-marin, construit à une dizaine d’exemplaires, fait place maintenant à un Super-Delta porteur de 16 missiles SS-N-8. Avec son déplacement de 14 000 tonnes, ce sous-marin est le plus gros présentement en service.
L’US Navy ne rattrapera son retard qu’en 1979 lorsque l’Ohio, premier SNLE équipé du Trident I, ralliera la flotte. Cet Ohio, prototype d’une classe d’au moins 10 navires, atteindra 18 000 t en plongée (16 800 t selon certaines informations) et sera porteur de 24 missiles pouvant atteindre une ou plusieurs cibles situées à plus de 4 000 nautiques. Ce Trident I sera en effet porteur d’une ogive nucléaire à 14, voire 17 corps de rentrée à trajectoire indépendante.
M. Middendorf précise dans son rapport que le Kiev, premier d’une nouvelle classe de porte-aéronefs, devrait être opérationnel dès cette année, que le deuxième, le Minsk, a été lancé et qu’un troisième est en construction [NDLR 2024 : le Novorossiisk]. Les intercepteurs du type à décollage court ou vertical (Adac/Adav) devant constituer avec des hélicoptères anti-sous-marins (ASM) les groupes aériens qui seront embarqués sur ces bâtiments entrent maintenant en service. Mais ces navires – et ceci est l’opinion du chroniqueur – ne peuvent être en aucune façon comparés aux grands porte-avions de l’US Navy, de 80 000 à 90 000 t, et notamment au dernier né, le Nimitz, à propulsion nucléaire. Les Kiev sont plutôt – et c’est d’ailleurs sous ce terme qu’ils sont désignés par les Soviétiques – des croiseurs lourds ASM. Leur déplacement est évalué à 40 000 t et leur longueur maximale à plus de 270 m. Leur coque se relève à l’avant comme celles des récents croiseurs de la classe Kara. Le pont d’envol n’occupe qu’une partie de la longueur du navire et est à bâbord doté d’une piste oblique. Comme sur les porte-avions classiques, les passerelles et la cheminée sont situées à tribord. Il n’y a ni catapulte ni brins d’arrêt. On sait peu de choses sur les avions Adac/Adav du type Yak-36 ou dérivés de cet appareil, que ces porte-aéronefs seraient appelés à mettre en œuvre. Si l’on évoque le temps qu’il a fallu aux Britanniques pour développer le Hawker Siddeley Harrier, on peut avancer que ces appareils ne sont pas près d’être opérationnels, au sens tout au moins que nous donnons en France à ce terme. Les Kiev ne paraissent pas destinés à amorcer la réalisation d’une force de porte-avions comparable à celle de l’US Navy. Mais grâce à leurs avions Adac/Adav, ils donneront aux forces navales de l’URSS une certaine capacité de défense aérienne embarquée qui leur fait présentement défaut et constitue une indéniable faiblesse, les missiles antiaériens ne pouvant remplacer la chasse embarquée, même si celle-ci est dotée d’appareils manquant d’autonomie, comme les Adac/Adav.
Pour en revenir aux dires de M. Middendorf, « plus de 470 sous-marins, navires de surface et aéronefs de la flotte soviétique (il s’agit des bombardiers basés à terre) sont équipés de missiles anti-surface, avec un nombre de lanceurs sur ces plateformes supérieur à 1 500. De nouveaux types de missiles balistiques de portée supérieure à 3 000 nautiques vont remplacer, sur les SNLE de la classe Yankee, les engins de portée moitié moindre dont ils sont présentement équipés ».
« Parallèlement à leur effort de constructions neuves, les Soviétiques déploient aujourd’hui des forces navales partout dans le monde. Leurs unités en Méditerranée et dans l’océan Indien sont supérieures en nombre aux forces américaines. En avril 1975, la marine soviétique a effectué un exercice qui s’est déroulé simultanément sur les quatre océans. 200 bâtiments de surface, 400 aéronefs et de très nombreux sous-marins répartis dans des zones aussi diverses que la mer de Norvège, les approches du golfe Persique, les côtes du Japon et tous les points stratégiques mondiaux, y ont participé. L’ensemble était coordonné à partir de l’état-major principal de la marine à Moscou grâce à un réseau mondial de transmissions très élaboré comprenant notamment des satellites. Tout dernièrement, ajoute M. Middendorf, nous avons assisté à un emploi accru de bâtiments de surface et amphibies transportant des unités d’infanterie de marine dans tous les points chauds du monde ».
Les Soviétiques font donc un énorme effort pour rejoindre l’US Navy. Ils la surpassent déjà dans le domaine des missiles anti-surface. Mais par ailleurs, ils seraient, semble-t-il, en retard dans des domaines aussi importants que la détection sous-marine et aérienne. l’entraînement et la valeur technique des équipages. C’est que s’il est relativement facile – c’est une question d’argent et de volonté – de construire une flotte, il est beaucoup plus long de se créer ce qu’on peut appeler une vraie marine équilibrée, au matériel comme au personnel. Mais les Américains prennent conscience que le temps travaille pour les marins soviétiques et qu’il est grand temps d’accorder aux constructions neuves davantage de crédits que ces dernières années s’ils veulent que leur Navy conserve son avance actuelle et continue à demeurer la première du monde dans tous les domaines. C’est pourquoi, en avril 1975, l’US Navy avait été invitée par la Commission des forces armées du Congrès à mettre sur pied un plan quinquennal de constructions neuves, cette méthode présentant par ailleurs l’avantage d’une bonne répartition des crédits dans le temps. Précédé d’un avant-projet en mai 1975 (voir Défense Nationale, août-septembre 1975), ce programme vient d’être définitivement mis au point par l’amiral Molloway, le « Chief of Naval Operations » (équivalent du Chef d’état-major de la Marine nationale). Il prévoit de commander 111 bâtiments de 1977 à 1981 pour un coût total supérieur à 35 milliards de dollars, calculé en dollars courants.
Le tableau ci-dessous résume ce programme
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FY.77 |
FY.78 |
FY.79 |
FY.80 |
FY.81 |
Total FY.77 à FY.81 |
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SNLE Trident (classe Ohio) |
1 |
2 |
1 |
2 |
1 |
7 |
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Porte-avions nucléaires |
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1 |
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1 |
2 |
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Porte-avions légers |
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1 |
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1 |
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Croiseurs CSGN |
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1 |
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1 |
2 |
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Destroyers (Cl. DDG 47) |
1 |
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2 |
3 |
2 |
8 |
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Frégates FFG (ex-« Patrol Frigates ») |
8 |
8 |
8 |
8 |
8 |
40 |
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SNA (Cl. Los Angeles) |
3 |
2 |
2 |
2 |
2 |
11 |
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Bâtiments de guerre des mines |
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1 |
3 |
6 |
10 |
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Amphibies |
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1 |
1 |
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Auxiliaires |
3 |
7 |
4 |
6 |
9 |
29 |
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Total |
16 |
20 |
19 |
25 |
31 |
111 |
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Coût en milliards de dollars |
6,3 |
5,8 |
6,5 |
7,4 |
9,4 |
35,4 |
Rappelons que le Congrès avait, au titre de la Fiscal Year 1976, autorisé la construction de 1 SNLE type Ohio, 9 frégates, 2 Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et 6 auxiliaires, pour un total de 3,9 milliards de dollars.
Nous avons vu dans notre précédente chronique que trois projets étaient en discussion pour ce qui concerne les caractéristiques à donner aux futurs porte-avions nucléaires.
Avec le porte-avions léger qui figure au plan, la Navy revient à son projet de Sea Control Ship que le Congrès s’est jusqu’à présent toujours refusé d’accepter. Mais il s’agit d’un bâtiment beaucoup plus élaboré avec de bonnes capacités, y compris en lutte ASM et en lutte antiaérienne. Plusieurs concepts d’un tonnage de 20 000 à 30 000 t sont à l’étude avec propulsion soit par turbines à gaz, soit par turbines classiques. Mais la marine risque une fois encore de voir ce projet repoussé étant donné que le Congrès s’est affirmé résolu à refuser tout crédit pour un bâtiment de tonnage significatif qui ne serait pas doté de la propulsion nucléaire. Il pourrait en être de même pour le DDG47 qui n’est pas autre chose que la version antiaérienne des grands destroyers ASM de la classe Spruance qui sont dotés de turbines à gaz. Mais la marine, qui a de bons arguments à présenter, espère avoir finalement gain de cause.
Quelques informations ont été données à la commission ad hoc de la Chambre des Représentants par le contre-amiral Road, responsable des programmes navals au Navy Department, sur les caractéristiques du DDG47 et du « Strike Cruiser » CSGN.
Comme les Spruance dont il est dérivé, le DDG47 sera propulsé par quatre turbines à gaz développant au total 80 000 chevaux, ce qui lui donnera une vitesse maximale de 32 nœuds. Son armement antisurface sera essentiellement constitué par 2 affûts quadruples de missiles Harpoon. Le système de combat centralisé Aegis avec sa pièce maîtresse que constitue le radar multifonctions SPY-1 à faces planes lui fournira des capacités de défense aérienne pour sa propre protection et lui permettra aussi d’entrer en action avec d’autres navires de la force navale contre des attaques d’avions ou de missiles antinavires, et ceci dans un environnement de guerre électronique très poussé. L’arme principale de DCA sera le missile Standard dans sa version la plus récente SM-2. Deux tourelles simples de 127 automatiques et 2 systèmes Phalanx (canons de 20 mm à très grande cadence de tir) compléteront cet armement antiaérien et antimissiles. Deux hélicoptères et des tubes lance-torpilles (TLT) liés à un système de détection sous-marine du type le plus récent lui donneront en outre de bonnes capacités contre les sous-marins. Le projet de budget de la FY.77 prévoit 859 millions de dollars pour la construction du prototype de ces bâtiments ainsi que les études afférentes.
Quant au CSGN, ce sera un croiseur de 12 000 à 13 500 t, propulsé par 2 réacteurs type DG2 de la General Electric. L’armement offensif comprendra 3 systèmes Tomahawk en affûts doubles, 2 systèmes Harpoon (affûts quadruples), une tourelle simple de 203 automatique (12 coups/minute) ainsi que 2 avions Adac/Adav. La DCA et l’armement ASM seront identiques à ceux du DDG47. Le Tomahawk mis en œuvre par le CSGN sera la version tactique (portée max. 350 nautiques) du « Cruise missile » SLCM (Sea Launched Cruise Missile).
Allemagne fédérale : nouvelles frégates pour la Bundesmarine
Après quinze mois d’hésitations, la Commission de défense du Bundestag a finalement adopté, le 28 janvier 1976, le projet de frégate dite « 122 » présenté par le ministère fédéral de la Défense.
Ces frégates sont destinées à remplacer 4 destroyers ex-américains tout à fait hors d’âge et les 6 unités du type Köln assez récentes mais dont les caractéristiques ne répondent plus aux besoins actuels. Elles sont prévues pour opérer principalement en mer du Nord où elles seront affectées à la protection des convois de renfort et de ravitaillement.
Un crédit de 2,5 milliards de DM (1 DM = 1,725 francs) est prévu pour une première tranche de 6 bâtiments dont le premier pourrait entrer en service à partir de 1981. Une seconde tranche d’égale importance pourrait être autorisée vers 1985.
La frégate type 122 s’inspire fortement de la frégate type Kortenaer de la marine royale néerlandaise, mais elle en diffère par le mode de propulsion, qui n’est pas constitué par des turbines à gaz de vitesse et de croisière mais comprend à la place de ces dernières des diesels.
Les caractéristiques actuellement annoncées sont les suivantes :
– Déplacement : 3 700 t pleine charge (tpc).
– Dimensions : 128 x 14,4 x 6 m.
– Distance franchissable : 4 000 Nq sur les diesels.
– Vitesse max. : 32 nœuds.
– Armement : missiles mer-mer Harpoon ; missiles antiaériens, peut-être le Sea Sparrow ; canons de 76 italiens ; torpilles Hélicoptères : 2 (lutte ASM et antisurface). ♦
(1) Le secrétaire à la Marine compte certainement, dans ce total, les unités en construction.





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