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  • Revue n° 364 Mars 1977
  • L'Afrique du Sud sait qu'elle ne peut compter que sur elle-même

L'Afrique du Sud sait qu'elle ne peut compter que sur elle-même

Louis Alexandre Pienaar, Bernard Guillerez, « L'Afrique du Sud sait qu'elle ne peut compter que sur elle-même  » Revue n° 364 Mars 1977 - p. 21-26

L'Afrique australe est en pleine mutation. Les problèmes les plus aigus se posent ou vont se poser dans cette région. Après avoir connu bien des revers en Afrique, l'Union soviétique y a, ces derniers temps, marqué des points. La prudence du Kremlin qui prévalait depuis la chute de Nkrumah n'est plus de mise. Après la Somalie, les visées soviétiques ont atteint le Mozambique et l'Angola. Le pouvoir blanc en Rhodésie est sur la trappe, mais il parait bien évident que l'objectif final est l'Afrique du Sud. Aussi nous a-t-il paru opportun d'aller demander en janvier 1977 à Son Excellence M. Louis Alexandre Pienaar comment son pays envisageait l'évolution des événements et de quelle manière il entendait y faire face. Une phrase du cardinal de Retz pourrait résumer cette interview : « Je pris le parti de me pourvoir de moi-même ». Mais dans quelles limites, avec quelles méthodes et quelle efficacité ?

Réponse : La République d’Afrique du Sud ne se fait pas d’illusions sur les changements rapides qui interviennent sur la scène en Afrique australe et l’importance que revêt cette partie du monde, tant du point de vue stratégique que politique, pour les deux grandes puissances mondiales, les États-Unis et la Russie. L’ingérence dans les affaires de l’Afrique australe est une évidence et tout le monde peut la constater ; nous nous rendons compte que nous devons rester très vigilants pour contrecarrer la menace d’agression qui plane sur la liberté des peuples d’Afrique australe, qu’il s’agisse d’une attaque conventionnelle ou de la menace constituée par la forme de guerre du terrorisme.

Question : Pour le monde libre l’Afrique du Sud constitue un bastion. Quelque 25 000 navires empruntent chaque année la route du Cap et la moitié d’entre eux font relâche dans un port sud-africain. Ne parlons pas des ressources minérales. Et pourtant les puissances occidentales se désolidarisent de plus en plus fréquemment des autorités de Pretoria. La déception pourrait-elle conduire le gouvernement sud-africain à une sorte de renversement des alliances, ou tout au moins à une politique plus nuancée envers l’Union soviétique ?

Réponse : L’Afrique du Sud, après l’expérience de l’Angola et devant la montée de l’offensive diplomatique menée contre elle sur les forums internationaux, sent de plus en plus qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour se défendre. Dans le message qu’il a récemment adressé au pays à l’occasion du Nouvel An, le Premier Ministre a déclaré que, dans l’éventualité d’une offensive communiste dirigée contre l’Afrique du Sud, il ne fallait pas compter sur le soutien des puissances occidentales. De plus en plus conscients de cette situation, les Sud-Africains doivent naturellement commencer à se poser la question de savoir s’il ne faudrait pas réviser la politique adoptée dans le passé par l’Afrique du Sud, qui consistait à s’aligner sur les pays et les intérêts occidentaux. En effet, le ministre sud-africain de la Défense a déclaré il y a quelques semaines que l’Afrique du Sud en avait peut-être trop fait jusqu’à présent pour assurer l’Occident de son soutien. Une attitude manifestant un plus haut degré d’indépendance par rapport à celui-ci n’est pas une éventualité à exclure…

Question : Les pays occidentaux et Israël n’ont guère cessé d’être les interlocuteurs privilégiés de l’Afrique du Sud. Et pourtant vous ne faites partie d’aucune alliance militaire. L’évolution des événements vous amènerait-elle à suggérer la constitution d’une organisation du genre OTAN ou OTASE ?

Réponse : L’Afrique du Sud a réclamé à plusieurs reprises une prise de position commune contre l’expansionnisme communiste. L’Histoire a démontré que l’impérialisme communiste, comme l’expansionnisme britannique de la fin du siècle dernier, choisit ses victimes, les isole de leurs alliés naturels et, une fois seuls, les fait passer à la zone d’influence soviétique au détriment des puissances du monde libre qui restent sans intervenir. La seule manière de faire face à cet assujettissement pièce à pièce du monde serait une action commune et concertée des nations africaines et européennes qui restent attachées aux principes de la liberté et de la libre entreprise (1). Et puisque l’Afrique australe est maintenant la nouvelle scène de l’affrontement est-ouest, une alliance du type de celle que vous évoquez est plus que dépassée.

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Plan de l'article

Question : Monsieur l’Ambassadeur, on assiste depuis quelque temps à d’importantes mutations en Afrique australe : il y a eu l’indépendance du Mozambique, à Genève on prépare celle de la Rhodésie, les Nations Unies exigent celle du Sud-ouest africain et la conférence de Windhoek, de son côté, vient de préconiser la mise sur pied d’un gouvernement intérimaire dans les six mois… Dans ces conditions la République d’Afrique du Sud se sent-elle directement menacée ? Redoute-t-elle que l’influence soviétique fasse tache d’huile dans la région ?

Question : Pour le monde libre l’Afrique du Sud constitue un bastion. Quelque 25 000 navires empruntent chaque année la route du Cap et la moitié d’entre eux font relâche dans un port sud-africain. Ne parlons pas des ressources minérales. Et pourtant les puissances occidentales se désolidarisent de plus en plus fréquemment des autorités de Pretoria. La déception pourrait-elle conduire le gouvernement sud-africain à une sorte de renversement des alliances, ou tout au moins à une politique plus nuancée envers l’Union soviétique ?

Question : Les pays occidentaux et Israël n’ont guère cessé d’être les interlocuteurs privilégiés de l’Afrique du Sud. Et pourtant vous ne faites partie d’aucune alliance militaire. L’évolution des événements vous amènerait-elle à suggérer la constitution d’une organisation du genre OTAN ou OTASE ?

Question : Sinon, envisageriez-vous de multiplier des accords bilatéraux comme celui de Simonstown, signé en 1955 avec la Grande-Bretagne ?

Question : Faute de tels accords ou à défaut d’une alliance défensive, la République d’Afrique du Sud, une fois perdus les glacis qui la couronnaient au nord, n’aurait-elle pas l’impression d’être enfermée dans un kraal (2) ? N’en reviendrait-elle pas à la politique des Voortrekkers (3) qui a marqué ses origines ?

Question : Sa puissance militaire est-elle jugée suffisante pour assurer la protection de ses propres intérêts ? Pourrait-elle assumer de plus amples charges en cas de déstabilisation dans la région ?

Question : La politique des bantoustans ne risque-t-elle pas d’offrir le flanc à la subversion et dès lors de rendre l’Afrique du Sud encore plus vulnérable ?

Question : En définitive, la République d’Afrique du Sud n’a-t-elle pas le sentiment d’être progressivement isolée ? Ou bien sa position-clef à la jonction de deux océans lui confère-t-elle une maîtrise stratégique dont elle n’a rien à redouter ?

 
 

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Afrique du Sud, indépendance, Rhodésie, Sud-ouest africain, communiste, Bantoustans

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