S'attaquer aux causes, plutôt qu'aux effets, suppose de bien connaître le risque mafieux. Xavier Raufer analyse ici Cosa Nostra , qui prolifère aux États-Unis, et ailleurs, malgré les annonces répétées de sa disparition.
Les mafias, grave facteur de risque
La littérature portant sur l’argent criminel répond d’abord aux besoins du monde financier. Ces textes exposent les techniques de blanchiment connues des experts, les failles permettant aux narco-devises d’infiltrer la finance légitime. Comment blanchir l’argent est ainsi, légitimement, le sujet d’intérêt majeur des financiers. Qui sont les blanchisseurs semble, en revanche, les soucier bien moins. Au-delà de considérations moralisantes, on ne trouve en fait rien dans ces textes qui dépeigne en profondeur la nature et l’activité des acteurs du blanchiment. Or répondre à la question « qui sont les blanchisseurs et que font-ils vraiment ? » est l’amorce cruciale de toute lutte antiblanchiment. Aussi décisive que le diagnostic médical devant la maladie, elle seule permet de comprendre précocement, à temps, l’action même de blanchir. L’éluder condamne à la réaction tardive — donc à la proverbiale « guerre de retard ». Car en matière de lutte antiterroriste et anticriminelle, l’avenir est au décèlement précoce, doctrine analogue à la médecine préventive. Agissant tôt, moins délabrante et moins chère, celle-ci est finalement plus efficace que la médecine curative.
Depuis leur surgissement à la fin du XIXe siècle, on étudiait le terrorisme et la criminalité organisée dans un champ conceptuel étroit. Le terrorisme était considéré comme un phénomène isolé, restreint et finalement, mesurable et maîtrisable. La vieille criminologie faisait du crime un phénomène individuel, psychologiquement ou sociologiquement explicable — voire excusable. Or, depuis l’abolition de l’ordre bipolaire du monde, le terrorisme comme le crime organisé ont connu une mutation, une mondialisation, des hybridations telles qu’ils débordent largement du cadre étriqué, statique et rétrospectif où naguère, on les étudiait. Le champ plus vaste des menaces, criminelles ou terroristes, pesant sur la société humaine depuis l’abolition de l’ordre bipolaire ; une approche dynamique, géopolitique et anticipative forment désormais le cadre conceptuel le plus apte à cerner ces menaces, à les penser. Dans ce nouvel environnement, la lutte contre le blanchiment d’argent passe forcément d’une logique réactive à une posture « pro-active ». La connaissance experte du blanchisseur (« connais ton ennemi »), la « micro-économie criminelle », deviennent ici les facteurs décisifs.
Qui blanchit ?
Ainsi, qui blanchit ? Pensons par catégories.
Il reste 93 % de l'article à lire
Plan de l'article







