Devant l’impossibilité de construire une Europe politique à vingt-cinq et face à la politique étrangère des États-Unis, l’heure de vérité sonne pour l’Europe. Deux alternatives s’offrent à elle : l’Europe-Puissance passant par un noyau dur « carolingien » ou l’Europe-Marché, zone de libre-échange sous protectorat stratégique d’un tiers. Pour l’Europe-Puissance, la relance par un noyau dur et la coopération entre l’Union européenne et la Russie vont de pair et doivent converger vers la maîtrise des technologies de souveraineté.
« Fortuna et Europe-Puissance »
L’Europe est à la croisée des chemins ; si ses dirigeants font preuve de virtù, elle peut saisir l’occasion offerte par la nouvelle donne internationale issue de la chute du mur et maîtriser la fortuna. La virtù n’est pas la vertu, mais la vaillance, une qualité propre au prince, savoir saisir l’occasion. Machiavel dans ses Épîtres en vers, définit ainsi l’occasion : « Je suis l’occasion… je ramène devant moi tous mes cheveux flottants et je dérobe sous eux ma gorge et mon visage pour qu’ils ne me reconnaissent pas quand je me présente. Derrière ma tête, pas un cheveu ne flotte et celui qui m’aurait laissé passer ou devant lequel je me serais détourné se fatiguerait en vain à me rattraper » (1). Saisir l’occasion dépend du coup d’œil de l’homme vertueux (virtuoso).
En septembre 2001, à la veille de l’élection présidentielle française, j’ai commencé la rédaction d’un livre (2) inspiré par le vieux rêve d’union continentale dont l’occasion reparaît régulièrement dans les périodes charnières, d’Alexandre au général de Gaulle. Je me suis approprié la déclinaison opérationnelle d’actualité de cette ambition : Paris-Berlin-Moscou. Tous les pays de notre continent sont ici concernés, l’Allemagne, la France, et la Russie, de par leur masse critique, leur histoire et leur position stratégique, n’étant que les initiateurs d’une coopération stratégique continentale. Moins d’un an après la parution de ce livre (avril 2002), la France, l’Allemagne et la Russie adoptaient des positions communes lors de la crise iraquienne.
Il en a été de même de l’élargissement à l’Espagne (3) de la troïka : Madrid est la continuation naturelle à l’ouest de l’axe Paris-Berlin-Moscou. Depuis la Seconde Guerre mondiale et pour la première fois de leur histoire, les pays européens ne sont plus un acteur principal des relations internationales. Or, la coopération stratégique continentale leur permettrait d’avoir prise sur leurs intérêts vitaux, de ne plus dépendre d’un tiers, et de participer activement à l’équilibre d’un monde redevenu multipolaire. Deux événements issus de la chute du mur sont riches en opportunités : la difficulté, voire l’impossibilité de construire une Europe politique à vingt-cinq et la politique extérieure des États-Unis.
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