Derrière les « révolutions de velours », serbe, géorgienne, ukrainienne et kirghize, se profile la volonté des États-Unis de démocratiser les pays en transition et d’élargir leur zone d’influence. Pour ce faire, Washington s’est appuyé sur les ONG et fondations privées américaines. Celles-ci ont constitué des relais indispensables pour créer, financer et former des mouvements de jeunesse, devenues forces motrices des révolutions démocratiques : Otpor en Serbie, Kmara en Géorgie, Pora en Ukraine, Kel-Kel et Birgué au Kirghizstan.
Les nouveaux révolutionnaires
The new revolutionaries
The clear desire of the United States to aid the establishment of democracy in countries in transition, whilst at the same time broadening its sphere of influence, lies closely behind the ‘velvet revolutions’ in Serbia, Georgia, Ukraine and Kyrgyzstan. In putting this policy into effect, Washington has called upon NGOs and private American foundations to provide the essential links needed to create, finance and train the youth movements which have become the driving force behind the democratic revolutions known as Otpor in Serbia, Kmara in Georgia, Pora in Ukraine and Kel-Kel and Birge in Kyrgyzstan.
Largement médiatisée en Occident, la « révolution orange » a provoqué un véritable séisme géopolitique dans l’espace post-soviétique. Toutefois, il ne s’agissait que d’une des « révolutions de velours » qui s’étaient succédé à une cadence de plus en plus rapide, d’abord en Slovaquie en 1998, en Serbie en 2000, en Géorgie en 2003 pendant la « révolution de la rose », en Ukraine en 2004 durant la « révolution orange », et enfin au Kirghizstan en 2005 au cours de la « révolution des tulipes ». Si les leaders des révolutions démocratiques sont connus du public occidental — Vojislav Kostunica, Mikhaïl Saakachvili, Viktor Iouchtchenko et Kourmanbek Bakiev — leurs forces motrices sont restées généralement dans l’ombre.
On ignore presque tout de ces mouvements de jeunesse, résultant de la synergie de l’action des ONG occidentales et du désir de changements dans ces pays en transition. Pourtant, ils ont été particulièrement actifs à la préparation et la mise en œuvre des révolutions de velours : le mouvement serbe Otpor (Résistance), le géorgien Kmara (Assez), l’ukrainien Pora (C’est le moment) et les kirghizes Birgué (Ensemble) et Kel-Kel (Lève-toi). Tous ces mouvements ont émergé rapidement, sur fond de l’immobilisme post-soviétique, et ont réussi à mobiliser sans difficulté la société civile pendant les élections.
Gene Sharp, l’inspirateur des « révolutionnaires de velours »
Fondées sur la résistance non-violente, leurs méthodes se ressemblent. Elles puisent dans les écrits du professeur américain Gene Sharp de l’Institut Albert Einstein, considéré comme l’expert mondial de la démocratisation non-violente de régimes autoritaires. Au début des années 80, l’institut a lancé un impressionnant programme de démocratisation, en inspirant les mouvements d’opposition démocratique ou même en intervenant directement dans des pays pourtant très différents comme la Birmanie, la Pologne (Solidarnosc) et la Lituanie (Sajudis). À la fin des années 80, le professeur Sharp s’est installé en Suède d’où il conseillait les mouvements indépendantistes baltes.
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