L’Europe est une spectatrice impuissante des crises mondiales. Entre l’enlèvement de Nicolas Maduro, les menaces sur le Groenland et la crise iranienne, l’Europe peine à s’imposer face à l’arrogance américaine et aux manœuvres russes. La France, désormais absorbée par ses élections municipales, doit éviter de se laisser distraire : l’international influence le local. Une prise de conscience urgente s’impose pour peser dans ce chaos géopolitique.
Éditorial – Mais où est l’Europe ? (T 1795)
Editorial —But where is Europe?
Europe is a powerless spectator to global crises. Between the kidnapping of Nicolás Maduro, the threats to Greenland, and the Iranian crisis, Europe is struggling to assert itself against American arrogance and Russian maneuvers. France, now preoccupied with its municipal elections, must avoid being distracted: international affairs influence local ones. An urgent awakening is needed to have any real impact in this geopolitical chaos.
Depuis début janvier, les crises se sont succédé au même rythme que les dépressions océaniques venant de l’Atlantique : au moins une par semaine. Le Vénézuéla avec une opération spectaculaire d’enlèvement du président Nicolas Maduro et de son épouse, mais sans aucun changement de régime, une tentative d’annexion du Groenland où la réaction européenne a été suffisamment déterminante et rapide pour éviter le pire, un Forum du monde économique de Davos où les Américains se sont crus en terre conquise et se sont moqués des Européens avec un pathétique « conseil pour la Paix » (Board of Peace, reprenant le vocable des grandes entreprises) et enfin, une crise majeure avec l’Iran centrée sur le nucléaire militaire – passant sous silence l’atroce répression des manifestants par un régime totalitaire aux abois.
Si l’Europe a su répondre aux provocations de Donald Trump sur le Groenland et ne pas donner sa caution au conseil pour la paix, celle-ci semble bien absente autour du bras de fer entre Washington et Téhéran. Il y a, certes, des appels pour que l’Iran négocie enfin sérieusement, mais force est de constater que la voix de l’Europe compte fort peu dans cette période si tendue.
Sans oublier que, très habilement, le maître du Kremlin se propose comme médiateur autour du nucléaire militaire iranien et donc comme intermédiaire avec Washington : autant de temps gagné pour poursuivre la guerre d’agression contre l’Ukraine, avec une fausse trêve dans les bombardements sur les sites énergétiques ukrainiens ce week-end et en bombardant une maternité ainsi qu’un car transportant des mineurs de charbon. Ces deux événements tragiques étant pratiquement passés sous les radars médiatiques, tous tournés vers le Moyen-Orient.
En ce début de semaine, une certaine baisse de la tension est perceptible, Washington se disant prêt à discuter avec Téhéran. Comme avec Moscou, la question demeure sur la réelle volonté des Mollahs et des Gardiens de la révolution de négocier, notamment sur le nucléaire et les missiles balistiques. La diplomatie iranienne, très aguerrie, sait négocier pour d’abord gagner du temps ; et quelques gestes humanitaires permettent d’occulter la poursuite de la répression. Téhéran sait pratiquer ce jeu d’échecs depuis toujours.
La pression militaire va cependant demeurer et c’est notamment l’un des avantages de la présence du groupe aéronaval autour du porte-avions USS Abraham Lincoln. Celui-ci peut rester en mer d’Arabie pendant des semaines, telle une épée de Damoclès prête à servir à tout instant.
L’Europe, dans ce maelstrom géopolitique, semble bien dépourvue et peine à s’affirmer. Certes, il y a eu une réaction forte de soutien au Danemark et au Groenland, mais il y a toujours le risque de revenir à la gestion des affaires courantes – si confortable intellectuellement. La France, vraisemblablement pourvue d’un budget 2026 dans les heures qui viennent, va plonger dans la campagne des élections municipales – avec le risque que nos candidats oublient que, désormais, l’international pèse sur le local. Cela sera encore plus le cas dans la perspective de l’échéance de 2027. La responsabilité de nos dirigeants devra se mesurer à l’aune de cette prise de conscience indispensable. ♦
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