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Juin 2017 - n° 801

L’enjeu stratégique russe

« La Russie est un rébus enveloppé de mystère au sein d'une énigme »

Winston Churchill

La France a choisi début mai une voie clairement tournée vers l’ouverture et l’Europe. Une voie résolue où le président de la République a très vite et très clairement démontré qu’il endossait la tenue de chef des Armées. Avec gravité et responsabilité, alors même que les menaces se sont encore accrues avec les récents attentats, notamment à Manchester. Lire la suite

 

L’enjeu stratégique russe

Le quatrième cycle de la « Chaire grands enjeux stratégiques contemporains » porte sur la Russie. Celle-ci est redevenue un acteur majeur de la scène internationale avec des positions souvent contestées. Le dialogue avec Moscou reste indispensable en cette période de tensions mais celui-ci doit se faire sans complaisance.

 

La leçon inaugurale de la Chaire est l’opportunité de proposer une lecture globale des grands enjeux pour la France et l’Europe à travers l’analyse des défis posés et du rôle complexe de la Russie dans le désordre international. De l’habilité à gérer les crises en découlera l’avenir de la démocratie.

 

La société russe a beaucoup évolué mais reste profondément attachée à l’Europe, même si les conceptions de part et d’autre semblent aujourd’hui très divergentes, notamment sur la nature de la relation entre la Russie et les pays de l’UE. La Russie se doit ainsi d’être lucide sur elle-même pour mieux préparer l’avenir.

 

La Russie a fait évoluer sa politique étrangère depuis quelques années. Celle-ci se caractérise par un durcissement croissant vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe, s’inscrivant davantage dans un cadre de confrontation plutôt que de coopération. Il est urgent de retrouver une confiance mutuelle.

 

La stratégie nucléaire russe s’inscrit dans le prolongement de la doctrine soviétique. Une confusion sciemment entretenue montre que l’emploi d’armes nucléaires et conventionnelles n’est pas strictement encadré, engendrant une incertitude stratégique supplémentaire.

 

La politique étrangère russe est très liée au besoin de renforcer sans cesse la légitimité du président Poutine face à une opinion publique abreuvée de propagande nationaliste présentant les États-Unis et l’Otan, non comme des partenaires mais plutôt comme des adversaires potentiels

 

Les relations de l’Union européenne avec ses voisins de l’Est et la Russie ne sont pas simples, malgré la volonté de progresser et de ne pas créer une nouvelle division du continent européen. Ce n’est pas faute de proposer un dialogue constructif, encore faudrait-il que Moscou accepte de changer de ton.

 

La relation Russie-Otan est complexe, fragile et marquée par la méfiance. L’attitude de Moscou reste hostile avec un renforcement permanent de son dispositif et une utilisation intensive de la désinformation. L’Otan ne doit pas sur-réagir et, au contraire, trouver des opportunités de dialogue et de détente.

 

Le régime de Poutine a mis à bas les principes démocratiques en instaurant un système verrouillé autour de la personnalité du Président. Cette situation induit une attitude agressive et nationaliste du Kremlin, tout en marginalisant les élites éduquées du pays et en interférant dans les récentes campagnes électorales à l’Ouest.

 

À la suite du conflit en Géorgie, Moscou a entrepris de réviser sa doctrine militaire en la modernisant, tout en donnant aux armées de nouveaux moyens pour agir sur un éventail beaucoup plus large. Les dernières opérations confirment le bien-fondé des choix faits aux yeux du Kremlin.

 

La Russie pratique une désinformation à large échelle, utilisant toutes ses ressources pour déstabiliser à l’extérieur. Si certains pays ont pris la mesure du risque, il n’en est pas de même pour d’autres, devenant de véritables passoires aux fausses informations manipulées par Moscou.

 

Les relations entre l’Union européenne et ses membres avec la Russie se sont dégradées. Les querelles des pays d’Europe centrale et orientale avec Moscou ont un impact négatif au risque d’accentuer les divisions et d’accroître les risques de dérapage aux conséquences catastrophiques.

 

Les défis stratégiques des espaces sous-marins

Le sous-marin – de par ses capacités techniques – constitue désormais un outil à vocation stratégique. Au fil des progrès accélérés avec l’introduction de la propulsion nucléaire, le sous-marin est devenu indispensable. La politique soviétique puis russe en la matière, constitue un exemple d’une politique stratégique ambitieuse.

 

Les espaces sous-marins restent encore peu connus et constituent un monde à explorer sur le plan scientifique. Ce besoin de connaissances est indispensable, notamment à des fins stratégiques, pour assurer notre propre sécurité et notre indépendance face aux nouvelles menaces.

 

L’arme sous-marine est par essence de très haute technologie. Les compétences nécessaires sont multiples et nécessitent des investissements dans la durée. Le tissu industriel français dédié lui permet d’être un acteur international de premier rang et de conserver ses capacités d’innovation.

 

DCNS, héritier d’une longue histoire industrielle et navale, contribue directement à renforcer notre souveraineté nationale en développant des capacités industrielles spécifiques, bénéficiant à l’exportation de nos produits de défense et consolidant, dès lors, notre souveraineté économique au profit de notre défense.

 

Salon du Bourget

L’Armée de l’air est engagée dans des opérations extérieures tout en assurant en permanence depuis plus de 50 ans les missions de dissuasion nucléaire et de défense aérienne. Les aviateurs sont aussi mobilisés sur de nombreuses actions au profit de la Nation en collaboration avec les instances nationales, régionales et locales.

 

Depuis les origines, le fait aérien est intrinsèque aux opérations spéciales et en garantit l’efficacité. Pour conserver les avantages de la puissance aérienne, nécessité est de poursuivre le développement capacitaire de l’Armée de l’air notamment dans les domaines du C2, de l’ISR, de l’intervention et de la projection.

 

Le drone Patroller est dérivé d’un aéronef certifié. Sélectionné pour l’Armée de terre en 2016, son développement se poursuit en vue d’une mise en service opérationnelle à partir de 2019. Les choix ainsi faits depuis 2009 renforcent la filière française des drones de renseignement et d’observation.

 

Approches régionales

L’Europe des Balkans reste instable, en proie à de nombreuses incertitudes quant à son identité et à ses perspectives. Sur un fond de surenchère nationaliste, les États de la région – de nature fragile – semblent avoir du mal à dépasser leurs divergences pour proposer un projet global et fédérateur.

 

Repères - Opinions

Le porte-avions est-il toujours d’actualité ? Le débat mérite d’être posé d’autant plus que le coût d’un tel navire est important et qu’il convient de faire un choix posé et argumenté en considérant d’autres options.

 

L’ÉPIDE est un établissement original tant par son organisation que par sa finalité visant à permettre à des jeunes en difficulté de recevoir une formation et de s’insérer dans la vie professionnelle, tout en acquérant un savoir-être de citoyen responsable. Depuis 2005, l’ÉPIDE s’est adapté tout en conservant un esprit militaire pour resocialiser les jeunes « volontaires pour l’insertion ».

 

Sous la pression des attaques terroristes islamistes, les unités d’intervention européennes ont progressé dans le domaine de la coopération, même s’il reste encore de nombreuses pistes de progrès, en particulier dans la divergence d’appréciation de la menace et de la réponse à donner.

 

La question du nucléaire militaire se pose pour le Japon face à ses voisins aux ambitions croissantes. Si technologiquement Tokyo serait en mesure de se doter rapidement de l’arme atomique, politiquement les réticences sont très fortes. L’opinion japonaise y reste viscéralement hostile.

 

Chronique

 

Recensions

Olivier de Maison Rouge : Le droit du renseignement – Renseignement d’État – Renseignement économique  ; LexisNexis, 2016 ; 172 pages - Dorothée Lobry

L’auteur s’attache à bien distinguer deux types de renseignements. Le droit du renseignement d’État relève du service public qui a pour mission d’assurer notre sécurité nationale et la défense de nos intérêts ; à cet égard, c’est un droit d’exception. Le renseignement économique qui est essentiellement une activité privée relève, quant à lui exclusivement, des règles du droit commun. Pour autant, il est faux de croire qu’il n’existe pas de règle stricte régissant le droit du renseignement d’État. Lire la suite

 

Constance Colonna-Cesari : Dans les secrets de la diplomatie vaticane  ; Seuil, 2016 ; 396 pages - Eugène Berg

Journaliste spécialiste du Vatican, Constance Colonna-Cesari, notamment l’auteure de Benoît XVI – Les clés d’une vie (Philippe Rey, 2005) a nourri son ouvrage par des entretiens avec des diplomates français et autres, tant à Rome qu’à Paris ou diverses capitales. Elle met en valeur l’équilibre délicat entre continuité et rupture de la diplomatie de François. En effet, le Vatican agit sur la longue durée. Le cap ne change pas avec les papes et le Saint-Siège garde la même boussole pour son action internationale, à savoir la paix, les droits de l’homme, la liberté religieuse et la protection des catholiques. Lire la suite

 

Philippe Fabry : Atlas des guerres à venir – Les conflits du futur en 60 cartes  ; Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2017 ; 125 pages - Pierre Razoux

Philippe Fabry, historien du droit, nous livre un essai étonnant de prospective polémologique sur les conflits à venir dans le premier quart du XXIe siècle. Blogueur, essayiste, chargé d’enseignement à l’université Toulouse 1 Capitole, l’auteur est féru d’histoire antique. Son livre Rome, du libéralisme au socialisme lui avait valu en 2014 le prix Turgot du jeune talent. Lire la suite

 

Rémi Monaque : Une histoire de la marine de guerre française  ; Éditions Perrin, 2016 ; 524 pages - Lars Wedin

L’ouvrage raconte l’histoire, souvent tourmentée, de la marine française du Moyen-Âge jusqu’à nos jours. Il est évident que ce sujet est extrêmement vaste ; l’auteur l’a fort bien traité. Lire la suite

 

Michel Niqueux (dir.) : L’Occident vu de Russie - Anthologie de la pensée russe de Karamzine à Poutine  ; (préface de Georges Nivat) Institut d’Études Slaves, 2016 ; 790 pages - Serge Gadal

« Il est difficile de citer un penseur français, jusqu’aux plus récents et aux plus abstrus, qui n’ait été traduit en russe. Mais combien de penseurs russes, du XIXe siècle à nos jours, sont accessibles en français ? », remarque Michel Niqueux, professeur émérite de l’Université Caen-Normandie. Cette anthologie, publiée sous sa direction, remédie à cette lacune d’une manière définitive. Qu’on en juge : 365 textes de 140 auteurs différents, avec deux tiers de traductions inédites, soit près de 800 pages ! Lire les premières lignes

 

Revue Défense Nationale - Juin 2017 - n° 801

L’enjeu stratégique russe

Book reviews

Olivier de Maison Rouge : Le droit du renseignement – Renseignement d’État – Renseignement économique  ; LexisNexis, 2016 ; 172 pages - Dorothée Lobry

Constance Colonna-Cesari : Dans les secrets de la diplomatie vaticane  ; Seuil, 2016 ; 396 pages - Eugène Berg

Philippe Fabry : Atlas des guerres à venir – Les conflits du futur en 60 cartes  ; Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2017 ; 125 pages - Pierre Razoux

Rémi Monaque : Une histoire de la marine de guerre française  ; Éditions Perrin, 2016 ; 524 pages - Lars Wedin

Michel Niqueux (dir.) : L’Occident vu de Russie - Anthologie de la pensée russe de Karamzine à Poutine  ; (préface de Georges Nivat) Institut d’Études Slaves, 2016 ; 790 pages - Serge Gadal

Revue Défense Nationale - Juin 2017 - n° 801

L’enjeu stratégique russe

La France a choisi début mai une voie clairement tournée vers l’ouverture et l’Europe. Une voie résolue où le président de la République a très vite et très clairement démontré qu’il endossait la tenue de chef des Armées. Avec gravité et responsabilité, alors même que les menaces se sont encore accrues avec les récents attentats, notamment à Manchester.

La multipolarité agressive qui règle désormais les affaires mondiales est en effet une réalité qui n’accorde aucun délai, aucun état de grâce aux nouveaux élus. En quelques jours, notre partenaire allemand, nos forces engagées au Sahel, le Sommet de l’Otan, celui du G7 et enfin la rencontre à Versailles avec Vladimir Poutine, ont montré que la dimension internationale est bien du ressort du chef de l’État.

Si le terrorisme islamiste reste au cœur de l’agenda avec ses attaques où l’ubiquité est jumelée à la barbarie, il ne faut pas pour autant négliger d’autres questions stratégiques. La Chaire des Grands enjeux stratégiques de Paris Panthéon-Sorbonne a choisi pour sa quatrième saison de traiter principalement de la Russie, en évitant de tomber dans la passion et la « propagande ». La Russie est-elle une puissance européenne qui veut s’ignorer ? Y a-t-il un retour à la guerre froide que les plus jeunes n’ont désormais pas réellement connue ? Moscou est-il un acteur bienveillant ou mal intentionné en pratiquant une ingérence tous azimuts ? Le mérite des contributions ici rassemblées est de représenter des approches polymorphes y compris russes, permettant dès lors une meilleure compréhension des enjeux. Il en ressort notamment plusieurs enseignements : le besoin de dialoguer, le besoin de connaître et enfin, le besoin d’être vigilant, en n’oubliant jamais que le rapport de forces a toujours été une des clés du fonctionnement de la politique étrangère russe, des Tsars, en passant par l’URSS et jusqu’à Poutine inclus. Dès lors, les discussions peuvent commencer…

Le second sujet de la Chaire porte sur les espaces sous-marins. Ceux-ci font l’objet d’une compétition féroce et très silencieuse, loin des préoccupations quotidiennes. Or, une partie de notre avenir s’y joue, en tout cas de notre souveraineté. La France, avec la deuxième zone économique exclusive, ne peut l’oublier et la surveillance de ces espaces est plus que jamais indispensable, alors même que la concurrence s’accroît pour contrôler une partie du Globe encore très mal connue.

Ce numéro de juin, en attendant le numéro triple de l’été, clôture ainsi le cycle 2016-2017, marqué par une accélération des incertitudes stratégiques (Brexit, élections américaines, intransigeance russe, expansionnisme naval chinois, terrorisme islamiste…) auxquelles notre pays est confronté. Ce fut aussi le temps d’une élection présidentielle avec des projets très divergents tant dans le fond que la forme. Le choix fait le 7 mai est clair et démontre une volonté de renouvellement et d’ouverture. La défense n’a pas été absente du débat électoral, heureusement ! Mais il appartient maintenant de concrétiser le projet et de donner une perspective et des moyens pour que les missions à venir puissent être assumées avec succès par nos Armées.

 

Jérôme Pellistrandi

Avril 2019
n° 819

Relancer la défense de l’Europe

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